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Disparition de René Payet, le"diable de prêtre"

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 9 septembre 2011 à 20H29
Le révérend père René Payet, qui se définissait égalemment comme "ti maoul" dans une autobiographie haute en couleur  et au titre choc, "Quel diable de prêtre", rédigée avec la participation de Brigitte Croisier, une ancienne de Témoignages Chrétien et compagne à la ville de Jean-Yves Langenier, est décédé jeudi. Retour sur l'itinéraire d'un prêtre qui, en entrenant des rapports difficiles avec son institution, et compliqués avec son Evêque, a conjugué engagement sacerdotal, journalisme et politique.
René Payet est né à la Rivière Saint-Louis, quartier qui donnera à l'Eglise catholique de très nombreux serviteurs, le 12 novembre 1922. Il  est le troisième enfant d'une famille qui en compte douze mais sera le seul garçon à survivre avec ses six soeurs. Nombreuse, la famille est  également miséreuse mais très pratiquante et profondément anti-communiste. Repéré par le curé de la paroisse comme enfant de choeur, le jeune René se retrouve, ses classes élementaires achevées, au Petit séminaire de Cilaos. C'est une bouche de moins à nourrir, une instruction assurée pour un des membres de la famille Payet, et une vocation de plus à confirmer pour la paroisse.

S'en suit un cursus qui l'amène, à la veille de la Seconde guerre mondiale, à embarquer pour la Drôme au séminaire des Missions pour poursuivre ses études. En 1942, il se retrouve, dans la France occupée, au Grand Séminaire colonial à Paris et échappe au Service du Travail Obligatoire en se faisant délivrer un certificat médical attestant son "métissage". La guerre terminée,les études achevées, il rejoint son ile natale où il est ordonné prêtre par Monseigneur Langavant, en sa cathédrale, le 29 juin 1948. 

Il est alors nommé professeur de lettres au Petit séminaire de Cilaos où il comptera parmi les nombreuses générations d'élèves fréquentant l'établissement deux, Alain Lorraine et Gilbert Aubry, qui infueront sur la suite de sa trajectoire. Au terme de dix ans de professorat, le Père  Payet se retouve  en France pour une année à se former aux organisations sociales de l'Eglise. Il est, à son retour, nommé à la Maison des oeuvres de l'Evêché et a en charge la direction de l'hebdomadaire catholique "Dieu et Patrie" dont il partage, par héritage familial et par conviction, l'anticommunisme affiché, mais dont il convient  néanmoins de moderniser le projet. 

Le Père René Payet  découvre alors avec passion le journalisme et accompagne la transformation de "Dieu et Patrie" en un  hebdomadaire plus moderne et surtout plus soucieux des questions sociales. C'est la naissance de "Croix Sud".

Sur le plan idéologique, alors que le climat politique dans le département est à l'hystérie dans cette décennie 60 qui voit s'opposer violemment partisans de la départementalisation et autonomistes, le Père Payet entame sa mue. S'il ne partage pas les idées des jeunes prêtres réunionnais qui, à leur arrivée dans leur ile, s'engagent dans le camp des autonomistes, voire au Parti communiste pour les plus radicaux d'entre eux, le Père Payet s'éloigne progressivement des franges les plus conservatrices du clergé local dont un des leaders est le Père Rochefeuille, qui, comme lui, est originaire de La Rivière Saint-Louis mais d'un milieu aisé.

Mais l'Eglise n'est pas divisée que par des conflits politiques à la fin de la décennie 60, elle est aussi  minée par des oppositions entre prêtres créoles et "zoreils". C'est dans ce contexte qu'il rencontre, à l'initiative de son ancien élève, Alain Lorraine, le Père Cardonnel qui va le conforter dans ses engagements, sociaux d'abord, politiques ensuite. Poussé en 1970, à la  démission de la direction de la Maison des oeuvres, le Père Payet retrouve une paroisse. Il abandonne également la direction de Croix Sud où lui succède un jeune prêtre, son ancien élève, Gilbert Aubry.

 
Curé de paroisse, le Père Payet s'inscrit  au parti socialiste, participe à ses instances et devient un des collaborateurs permanents de son bimensuel Combat Socialiste. Au sein du parti socialiste, le Père Payet est un fervent défenseur de l'union avec le PCR et plaide avec la foi du converti  la prééminence de son Secrétaire général, Paul Vergés dans la conduite de tout le  mouvement autonomiste. 

En 1975, épuisé par les divisions qui minent l'eglise, Monseigneur Guibert démissionne. C'est  alors que se joue une des opérations dont le PCR a le secret et qui éclairent les liens véritables de ce parti avec le Père Payet. Pour préparer la succession de l'évêque démissionnaire, Rome envoie en mission à Saint-Denis le nonce apostolique de Madagascar, à charge  de rencontrer le clergé et toute la communauté chrétienne pour proposer une issue à la crise que traverse l'Eglise dans le département. C'est là, que dans la plus grande discrétion, le PCR organise des déplacements en masse de ses militants pour aller déclarer au Nonce, lors des journées d'audiences programmées, que "le père Payet c'est un bon père c'est lui qui nous faut comme évêque". Une manipulation que va faire capoter le Pape nommant Gilbert Aubry comme évêque à la fureur du PCR  et à la grande déception du père René Payet qui ne s'en remettra jamais, tant pour des raisons idéologiques et pastorales qu'incontestablement personnelles, de ne pas avoir été choisi. Ici se nouent incontestablement les relations compliquées, faites à la fois de déception, de frustation, de défi et de contestation du Père Payet à son ancien élève devenu son successeur, puis son supéieur.
 

Une opération communiste qui en dit également long sur les relations véritables entre le PCR et le Père Payet. Aussi quant aux élections municipales de 1977 les socialistes  décident de voler de leurs propres ailes, le Père Payet se retire du parti socialiste et cesse sa collaboration avec leur journal. Il prend alors, à la demande notamment  d'Alain Lorraine, la présidence de Témoignages Chrétien et la la direction de son journal jusqu'à sa  disparition en 1981.
Le Père Payet conjugue alors responsabilités de paroisses, collaborations journalistiques et engagements de plus en plus déclarés aux côtés du PCR. On le retrouve tour à tour candidat aux élections municipales, législatives et sénatoriales pour le PCR, sous des appellations toujours masquées.

En 1987 il se fait embaucher comme journaliste à Témoignages. En  1992, il prend, à la demande du PCR, la présidence d'un Mouvement dont le secrétaire général est Paul Vergés, qui vise à élargir la base électorale des communistes. Si ce mouvement, au titre impossible capote, il sera un essai précieux pour la future "Alliance", Paul Vergés assurant cette fois directement la présidence.
 

Autant d'intiatives et de situations qui vont tendre sérieusement les relations entre le Père Payet et l'Evêque.

 
En 1995 c'est tout logiquement qu'on retrouve Père Payet à la présidence du "Collectif  contre les injustices de la justice" dont le seul objectif est de défendre Pierre Vergés, impliqué dans l'affaire du marché de l'endiguement de la Rivière des galets. Est-il besoin de rappeler que Pierre Vergés sorti de prison, on n'entendra plus parler de ce Comité?
Bien méritant du PCR, et de ses tactiques multiples, Père René Payet est fait "Zarboutan Nout Kiltir" en 2008 par feue la Mcur, alors qu'il s'était retiré depuis quelques temps déjà de la vie publique, rattrapé par l'âge et la maladie.

 

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