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Diner entre élus ultramarins et Emmanuel Macron : La question du statut finalement peu abordée

Le diner qui s'est tenu hier soir à l'Elysée entre le président de la République et tous les élus d'outremer étant une réponse à l'"appel de Fort de France" dans lequel un certain nombre de présidents de région et de département souhaitaient explicitement une révision des liens entre la France et ses régions ultramarines, tous les observateurs politiques s'attendaient à ce que la question du statut, et notamment d'une éventuelle autonomie, soit au centre des débats. Il n'en a finalement rien été, selon un interlocuteur qui a participé au diner que nous avons pu joindre.
Ecrit par Pierrot Dupuy – le jeudi 8 septembre 2022 à 19H50

Le 16 mai dernier, les présidents de collectivités ultramarins réunis à Fort de France en Martinique à l'occasion du congrès sur les RUP, ont signé l'"appel de Fort de France" dans lequel ils appelaient à "ouvrir ensemble une nouvelle étape de l'Histoire des pays d'outre-mer au sein de la République". Ont signé cet appel : Huguette Bello, présidente de la Région Réunion, Ary Chalus, président du conseil régional de Guadeloupe, Serge Letchimy, président de la collectivité territoriale de Martinique, Guy Losbar, président du conseil départemental de Guadeloupe, Louis Mussington, président du conseil territorial de Saint-Martin, Gabriel Serville, président de la collectivité territoriale de Guyane, et Ben Issa Ousseni, président du conseil départemental de Mayotte.

Ces élus manifestaient le souhait d'une réunion de travail avec le président de la République pour en discuter.

En réponse, Emmanuel Macron a convié une cinquantaine d'élus à un diner hier soir à l'Elysée.

Etaient invités les présidents de régions, de départements, de collectivités territoriales, les parlementaires et les présidents des associations de maires.

Huguette Bello siégeait à la table présidentielle, à la droite d'Emmanuel Macron, tandis que Cyrille Melchior avait pris place à celle d'Elisabeth Borne, la Premier ministre. Et Jean-François Carenco s'était vu attribuer le rôle de Monsieur Loyal, celui qui passait la parole aux uns et aux autres.

La règle normalement était claire : 3 minutes par prise de parole, maximum. Et bien évidemment, certains n'ont pu s'empêcher de parler pendant 10 minutes, quand ce ne fut pas plus, ce qui fait que tout le monde n'a pas pu prendre la parole.

Bizarrement, contrairement à ce que tous les observateurs politiques attendaient, la question du statut et d'une évolution vers l'autonomie a été très peu abordée au cours des débats. Sans doute parce que le sujet avait été traité en amont lors des réunions préparatoires qui avaient eu lieu la veille entre le ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, Gérald Darmanin, et le ministre chargé des Outre-mer, Jean-François Carenco, et les élus des sept territoires signataires de l’Appel de Fort-de-France.

La Réunion doit être associée aux accords conclus par l’Europe ou la France dans l'océan Indien, pour Huguette Bello Dans son intervention, Huguette Bello a insisté sur son "ambition de bâtir une "nouvelle économie" pour nos territoires, c’est-à-dire une économie adaptée aux enjeux du 21ème siècle. Cela suppose que les obstacles qui entravent notre développement soient levés et que soient donc réglées concrètement un certain nombre de questions. En premier lieu , celle des formations adaptées aux axes de développement et la structuration de véritables filières (...). En second lieu, la question des normes : nombre d’entre elles sont inadaptées et ne tiennent pas compte des caractéristiques physiques, climatiques et géographiques de nos territoires (...). Le troisième levier, ce sont les moyens juridiques pour réussir enfin notre insertion dans nos environnements géo-économiques respectifs et pour y déployer nos stratégies de codéveloppement régional ; c’est notamment la capacité de conclure des accords commerciaux avec des pays voisins, et aussi d’être pleinement associés aux accords conclus par l’Europe ou la France. C’est un impératif évident dans le secteur de la pêche où nous ne devons plus assister passivement au pillage de nos ressources halieutiques. Il faut savoir qu’à La Réunion, plus de 98% des prises dans notre bassin maritime sont le fait de flottes extérieures à notre île…"

La nécessité de conserver un cadre institutionnel stabilisé, selon Cyrille Melchior
Cyrille Melchior quant à lui a mis en exergue la nécessité "d’un contrat de territoire co-construit par les 3 piliers que sont l’État, la Région et le Département ouvert aux autres acteurs institutionnels, économiques et associatifs. Pas d’avenir économique sans avenir social".
 
Il a insisté sur la nécessité de "conserver un cadre institutionnel stabilisé qui nous offre déjà des possibilités d’adaptations et d’expérimentations".
 
"Quatre grands principes doivent guider notre contrat de territoire, selon le président du Département : la cohérence dans les idées, pour bâtir une vision partagée ; la constance dans nos actions afin d’inscrire cet engagement dans la durée ; la coordination dans une logique de bien travailler ensemble ; la contractualisation sur les moyens à engager pour des résultats évalués régulièrement".

Les élus des autres régions ont pour leur part beaucoup insisté sur la montée de la délinquance, que l'on retrouve de façon très inquiétante à la Martinique, devenue selon son président "une plaque tournante du trafic d'héroïne", mais aussi en Guyane et à Mayotte. Il a beaucoup été question également de la chlordécone aux Antilles.

Des élus globalement satisfaits

Selon le site Outremer360 qui a pu recueillir leurs réactions à la sortie du diner, les élus se sont tous déclarés satisfaits de ces entretiens.

Par exemple, Serge Letchimy, le président de la Collectivité territoriale de Martinique, s'est déclaré "très agréablement surpris de l'esprit d'ouverture" qui avait régné pendant la réunion de travail, estimant que le chef de l'État avait "répondu de manière claire à l'appel de Fort-de-France". "J’ai le sentiment que notre appel a été entendu" a également reconnu Gabriel Serville, dont les propos sont rapportés par Outremer360, estimant que "le président reconnaît que nous sommes arrivés au bout d’un cycle et qu’il va falloir changer de logiciel".
Concernant l'évolution du statut, c'est Serge Letchimy qui a été le plus clair : "Il y a une fenêtre qui s'ouvre au niveau constitutionnel liée à la question de la Nouvelle-Calédonie. C'est à nous d'arriver à des propositions extrêmement concrètes dans le cadre de notre congrès de façon à ce qu'on puisse écrire à deux mains, État et collectivités, (...) et qu'on puisse être prêts pour la réforme constitutionnelle prévue fin 2023, début 2024 si les choses avancent normalement".

Pas de tabou, pour Emmanuel Macron

Emmanuel Macron en réponse, a répété qu'il n'y avait pour lui "pas de tabou", évoquant la possibilité d’inscrire le sujet à l’ordre du jour de la commission trans-partisane sur les institutions, qui doit "réfléchir collectivement à l’avenir et aux évolutions de nos institutions", comme l'avait expliqué la Première ministre lors de son discours de politique générale le 6 juillet dernier. Seul pré-requis pour le président, selon Outremer360 : que la finalité de ces évolutions réponde aux attentes des populations.

En ce qui concerne La Réunion, on sait mieux ce qu'il en retourne depuis le sondage publié ce matin révélant que 89% des Réunionnais souhaitent conserver le statut actuel.

Ce diner de travail se prolongera par "un comité interministériel des Outre-mer (CIOM) d’ici six mois" sous la présidence de la Premier ministre, "pour acter sur cette base une première série de décisions", a indiqué l’Élysée dans un communiqué.

"Cette réunion de travail a posé le premier jalon d’un "renouveau de l’Outre-mer". La démarche volontariste engagée par le gouvernement et les élus dès les prochaines semaines aura pour mission d’identifier les mesures législatives et réglementaires, nationales comme locales, susceptibles de rendre plus efficace l’action des collectivités, dans le respect des compétences de chacun et en tenant compte des spécificités propres à chaque territoire". Et "une feuille de route sur un calendrier, des actions concrètes et des investissements par territoire sera bâtie sur cette base", a conclu le communiqué.

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