Deux records du monde pour le téléphérique St-Leu-Cilaos : Les contours d'un projet ambitieux

Nous sommes en 2014, le téléphérique reliant Saint-Leu à Cilaos est le plus long du monde, les 22 kilomètres du parcours sont avalés en 50 minutes. Projet génial ou insensé ? Pour en débattre, il faut d'abord s'imaginer quels seraient les bouleversements engendrés par ce nouveau mode de transport, tel qu'il est aujourd'hui conceptualisé par les porteurs du projet. Entre les deux gares de départ et d'arrivée, Saint-Leu ou Cilaos, trois autres stations permettraient de "sauter" dans le téléphérique et d'aller dans un sens ou dans un autre, un peu comme un métro aérien...
Le tronçon Grand Bénare-Cilaos, ferait tomber un autre record du monde, celui de la plus longue portée de câble avec 5.050 mètres. Néanmoins, évidemment, l'intérêt d'un tel projet ne réside pas dans les records battus. Les perspectives offertes par cet outil sont nombreuses et dépassent largement les aménagements prévus pour contribuer à la lutte contre les incendies dans cette zone [(lire ici : Incendies des hauts : Un téléphérique reliant Saint-Leu à Cilaos aurait-il permis d'éviter la catastrophe ?). ]url:http://www.zinfos974.com/Incendies-des-hauts-Un-telepherique-reliant-Saint-Leu-a-Cilaos-aurait-il-permis-d-eviter-la-catastrophe_a34342.html?com
Pour le tourisme, la plus-value est évidente. Tous les visiteurs pourraient accéder facilement à un spectacle unique, celui du patrimoine de l'humanité. Plus généralement, les installations prévues au Grand Bénare permettraient de démocratiser l'accès à "la plus belle vue de l'île", un panorama à 360° accessible à tous : "Cette vue est élitiste, une part infime de la population peut accéder à ce spectacle. Les personnes handicapées, les enfants, les personnes âgées, les non sportifs, une majorité de la population ne peut y parvenir, il faut plusieurs heures de marche", regrette Dominique Durand, qui représente la société civile pour la communication autour du projet.
Un téléphérique pour un ciel féerique...
Le Grand Bénare offre énormément de perspectives. Le site est particulièrement remarquable pour l'astronomie. Les concepteurs misent sur le développement d'un lieu de communication, de découverte, du ciel de l'hémisphère Sud et du patrimoine mondial de l’Unesco. En ce lieu particulièrement fragile, il s’agirait donc de créer un espace de restauration et d'hébergement, d’un côté, et un planétarium de l'autre. Ces installations permettraient, la nuit, d’observer au télescope les étoiles de nos nuits tropicales, sous la conduite d’un animateur scientifique et ce, dans un cadre didactique et interactif, un peu à l'image de ce qui se fait dans les Pyrénées au Pic du Midi, ou même chez nous, dans le projet de rénovation de la Maison du Volcan [(Lire ici : La Région présente la nouvelle Maison du volcan). ]url:http://www.zinfos974.com/La-Region-presente-la-nouvelle-Maison-du-volcan_a29360.html
Pour parvenir à relever le défi d'un tel équipement dans une zone où l'écosystème est particulièrement fragile, l'espace d’arrivée serait totalement fermé, garantissant ainsi la préservation du site. Les visiteurs seraient ainsi cantonnés dans un espace de contemplation ou de transit. "Les flux seraient gérés en fonction d’un protocole à définir et répondant aux normes de qualité ISO 9000", plaide Dominique Durand. Pour les porteurs du projet, ce site d’aménagement, sous contrôle, aurait une moindre incidence sur l'environnement que l'actuelle situation en libre accès pour les marcheurs.
Les aspects techniques et économiques
Techniquement, des sociétés spécialisées dans le transport par câble comme Leitner Ropeways ou Doppelmayr sont capables de construire un tel équipement, c'est-à-dire un des plus performants en la matière puisqu'il permettrait de faire débrayer les cabines. Pour l'heure, l'ensemble du projet est estimé à 150 millions d'euros. Il serait financé à 70 % (105 millions d'euros) par le groupe OFI InfraVia, une société de gestion spécialisée dans le secteur des infrastructures : transport, environnement, énergie... Les actionnaires et filiales de cette société d'investissement sont notamment des groupes d'assurances comme la MAAF, la MATMUT ou la MAIF...
Pour boucler le budget, le Groupement Téléphérique Réunion, qui porte le projet, compte sur les financements européens de la ligne budgétaire FEDER, à hauteur de 46 millions d'euros.
De nombreux défis à relever...
Contrairement à ce qui est souvent évoqué à ce propos, le projet n'est pas celui de Thierry Robert mais d'un partenariat entre sociétés privées et la société civile. Le maire de Saint-Leu ne s'y est pas trompé pour autant, il y porterait une attention particulière, tout comme la municipalité de Cilaos qui a récemment validé le projet en conseil municipal. Récemment, la DEAL, c'est-à-dire les services de l'Etat en matière d'environnement et d'aménagement, a rendu sa réponse sur le cadrage préalable pour l'aide à l'élaboration du cahier des charges du projet.
Pour qu'il se concrétise, il reste néanmoins de nombreux défis à relever et notamment la problématique du foncier pour les tronçons entre Saint-Leu et Trois Bassins. En outre, il faudra également obtenir la pleine collaboration du Parc National pour préserver l'environnement et obtenir le feu vert des différentes administrations. Protéger le Pétrel de Barau et la richesse endémique de l'île, boucler le budget, réduire l'impact visuel, déterminer la tarification pour les différents publics, il faudra répondre à de nombreuses questions, diverses et variées.
Vu les opportunités, pour le tourisme, le public scolaire, le transport facilité de nombreux secteurs comme le courrier ou les denrées périssables, le désenclavement de Cilaos, le risque réduit de ce mode de transport en comparaison avec la dangerosité de la route de Cilaos ou les perspectives pour le transport des travailleurs, les arguments ne manquent pas pour défendre ce projet ambitieux. C'est d'ailleurs la volonté de ceux qui militent en sa faveur, ils veulent en discuter et débattre des solutions qu'ils proposent, quitte à abandonner l'idée si les exigences pour préserver l'environnement étaient incompatibles. "Pa capab'lé mort sans essayer" ?



