Loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles : à La Réunion, les élus saluent une avancée, mais réclament des moyens

Adoptée à l’unanimité des 503 votants à l’Assemblée nationale, mardi 13 octobre, la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants est saluée par plusieurs responsables politiques réunionnais. Si tous soulignent l’importance de cette avancée, ils insistent sur la nécessité de renforcer les moyens consacrés à la protection et à l’accompagnement des victimes.
L’Assemblée nationale a adopté, mardi 13 octobre, en première lecture, la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, portée à l’initiative de la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez. Le texte, qui devra désormais être examiné par le Sénat, prévoit notamment la reconnaissance de l’inceste comme infraction autonome, un renforcement des sanctions et une meilleure protection des victimes.
À La Réunion, où les violences intrafamiliales constituent une préoccupation majeure, cette adoption suscite des réactions favorables, même si des réserves sont exprimées sur la portée du texte et les moyens prévus pour son application.
Ericka Bareigts salue une victoire pour les droits des femmes et des enfants
Première secrétaire fédérale de la Fédération réunionnaise du Parti socialiste, Ericka Bareigts salue une "victoire pour les droits des femmes et des enfants". Elle souligne le travail des parlementaires socialistes, mené en soutien à la Coalition féministe et enfantiste pour une loi-cadre intégrale contre les violences sexuelles.
La responsable socialiste met en avant plusieurs avancées, notamment la reconnaissance de l’inceste comme infraction autonome, le renforcement des sanctions et l’amélioration de la protection des victimes.
Elle rappelle également l’ampleur du phénomène sur le territoire : en 2025, 7.133 victimes de violences intrafamiliales ont été enregistrées à La Réunion, soit une hausse de 1,3 % par rapport à 2024, selon les chiffres qu’elle avance.
Pour Ericka Bareigts, l’adoption de la loi doit donc s’accompagner de moyens humains et financiers renforcés pour la prévention, la justice et l’accompagnement des victimes. Elle réaffirme que la défense des droits des femmes, l’égalité et la protection des enfants demeurent des priorités du Parti socialiste.
Les députés insoumis votent pour malgré leurs réserves
Jean-Hugues Ratenon et Perceval Gaillard, députés LFI-NFP de La Réunion, ont également voté en faveur du texte, contrairement à la position nationale de leur groupe, qui a choisi de s’abstenir.
Les deux élus regrettent notamment l’absence de budget dédié et certains reculs intervenus pendant les débats, concernant le congé des salariés victimes de violences et la protection des victimes étrangères. À leurs yeux, ces limites empêchent le texte d’être véritablement "intégral".
Ils expliquent toutefois avoir fait un choix différent en raison de la situation de La Réunion et des Outre-mer. "Dans nos territoires, où les violences sont plus importantes, chaque avancée législative, même imparfaite, peut constituer un point d’appui pour les victimes et les associations qui les accompagnent", soulignent-ils.
Les deux députés préviennent qu’ils resteront vigilants lors de l’examen au Sénat et sur la traduction des mesures dans le prochain budget. Ils estiment que la lutte contre les violences sexistes et sexuelles nécessite des moyens réels et une volonté politique durable.
Audrey Bélim attend des protections concrètes
Sénatrice de La Réunion et secrétaire du Sénat, Audrey Bélim salue une avancée législative issue d’un travail de longue haleine associant associations, professionnels et parlementaires. Elle souligne les perspectives ouvertes par le texte en matière de reconnaissance de l’inceste, d’enquêtes judiciaires et d’accompagnement des victimes.
Mais elle rappelle que la reconnaissance des violences ne suffit pas : encore faut-il que les dispositifs permettent une réponse rapide et efficace. À La Réunion, elle insiste sur le rôle des associations, notamment Stop VIF 974, et sur l’importance de coordonner les interventions pour éviter que les victimes ne se retrouvent seules dans leur parcours.
Lors de l’examen au Sénat, la sénatrice sera attentive à l’application concrète des mesures et aux moyens nécessaires, particulièrement dans les Outre-mer.
"Derrière chaque procédure, il y a une femme, un enfant, une vie à protéger et parfois à reconstruire", rappelle-t-elle.
Malgré des appréciations différentes sur les limites du texte, les élus réunionnais convergent sur un point : son adoption ne sera pleinement utile que si elle s’accompagne de moyens suffisants pour prévenir les violences, protéger les victimes et garantir leur accompagnement.


