Désistements, duels et alliances de circonstance... Ces dix communes de La Réunion où tout peut encore basculer

De Sainte-Suzanne à Saint-Paul, du Tampon à Sainte-Marie, la tension monte d’un cran avant un second tour sous haute tension. Désistements surprise, unions de dernière minute, triangulaires piégeuses et rivalités féroces... Partout sur l’île, les cartes sont rebattues. Entre ambitions personnelles et stratégies de survie politique, chaque voix pourrait faire basculer des mairies clés ce dimanche 22 mars… et redessiner durablement le paysage politique réunionnais. On fait le point dans les dix communes où le scrutin reste ouvert.
C’est acté. Les candidats qualifiés pour le second tour des municipales, prévu ce dimanche 22 mars, ont fait leurs petites affaires au terme de longues heures de tractations et d’âpres discussions. Désistements, alliances de circonstance et maintiens stratégiques ont redessiné les rapports de force dans de nombreuses communes de l’île.
Lire aussi : Résultats, réactions et ambiance : revivez en direct le premier tour des élections municipales
De Saint-Leu à Saint-Paul, en passant par Le Tampon ou encore Sainte-Marie, les équilibres restent fragiles et les scénarios ouverts.
Entre duels serrés, triangulaires incertaines et électorats sans consigne claire, chaque camp affine sa stratégie pour convaincre. Dans ce contexte tendu, chaque voix comptera pour faire basculer l’issue du scrutin.
Thierry Robert face à Karim Juhoor pour la mairie de Saint-Leu
À Saint-Leu, la mairie se jouera entre Thierry Robert et Karim Juhoor, après le retrait du maire sortant Bruno Domen. La bataille électorale s’annonce intense et décisive pour l’avenir de la commune.
Karim Juhoor tire la sonnette d’alarme : "Il en ressort grandi car li la compri le dangé que peut représenter Thierry Robert pour Saint-Leu. Il faut que nou change l’histoire de Saint-Leu, il faut que nou change le destin de Saint-Leu."
Les deux candidats éliminés, Karine Nabénesa et Rahfick Badat, ne donnent pas de consigne de vote, laissant leurs électeurs libres de choisir.
Cilaos : duel attendu à gauche
Les électeurs du cirque ont à nouveau rendez-vous aux urnes ce dimanche 22 mars. Arrivé en première position, le maire sortant Jacques Técher obtenait 46.52% des voix, Laïla Nassibou recueillait 41,30% et Gaël Firmant fermait la marche avec 12.16% des voix.
Les trois challengers devaient donc rejouer le match, mais le désistement du dernier rebat finalement les cartes. Le fonctionnaire de police en disponibilité, entrepreneur dans le cirque, a fini par se désister ce mardi 17 mars.
Lire aussi : Municipales à Cilaos : Gaël Firmant se retire après le premier tour
Le candidat classé divers droite annonce que son “aventure électorale” s'arrête, mais ne donne en revanche pas de consigne de vote, laissant aux électeurs leur libre arbitre.
A peine 200 voix d'écart séparait à l'issue du premier tour les deux candidats de gauche. Laïla Nassibou, a commenté son score comme un “signal fort : celui d’une volonté de renouveau pour notre cirque”.
Pour le maire sortant, Jacques Técher, la victoire semble “assurée” au bout de cette campagne qui s'est déroulée sous tension.
Triangulaire confirmée au Tampon : Thien-Ah-Koon favori face à Chaussalet et Bassire
Au Tampon, Patrice Thien-Ah-Koon, le maire sortant arrivé largement en tête au premier tour avec 40.92% des voix, affrontera Alexis Chaussalet, le candidat LFI soutenu par Huguette Bello qui a obtenu 28.95% des suffrages, et Nathalie Bassire, ancienne députée qui a récolté 22.35% des voix.
Il y aura donc bien une triangulaire et ce, malgré l’appel de Nathalie Bassire au désistement d’Alexis Chaussalet qui l’a pourtant devancée au premier tour.
Lire aussi : Pierrot Dupuy - Municipales 2026 : 14 maires élus ou réélus au premier tour et quelques surprises
Antoine Fontaine et Alfredo Fontaine, crédités respectivement de 4.78% et 3%, ne peuvent prétendre à une fusion des listes, n’ayant pas franchi la barre des 5%. Aucune consigne de vote n’a été donnée par Alfredo Fontaine. Concernant Antoine Fontaine, il a prévu d’annoncer son choix dans les prochaines heures.
Sainte-Marie : un second tour à couteaux tirés
A Sainte-Marie, Céline Sitouze semble bien partie pour l’emporter dans une triangulaire inédite où une candidate de gauche, sortie en tête au premier tour, affronte deux figures de la droite, le maire sortant Richard Nirlo, et l’ex sénateur maire, Jean-Louis Lagourgue.
Plus que jamais à couteaux tirés, ces deux-là se tiraillent pour rallier à eux les quelques 700 électeurs de la candidate du Rassemblement national, Valérie Legros. Un exercice a priori favorable au camp Lagourgue.
Les bureaux des écoles de Beaumont, de l’Espérance, de Desbassayns, d’Yves Barau, de l’Ecole Le Verger ou encore de la mairie annexe de la Grande Montée, du centre social de la Rivière-des-Pluies et de la salle polyvalente de Duparc devraient retenir l’attention des équipes du sénateur-maire, sachant que Richard Nirlo y a totalisé un beau paquet de voix au premier tour.
Lire aussi : Sainte-Marie : Richard Nirlo se maintient, vers une triangulaire favorable à Céline Sitouze
Pour grapiller des bulletins et tenter de faire mieux que son ancien mentor en politique, le maire sortant devra, quant à lui, concentrer ses efforts sur les écoles de Gaspard, de terrain Elisa, de la Ravine des Chèvres et de Bois Rouge. Tout en conservant celles totalisées dimanche dernier sous son nom.
Mais dans le meilleur des mondes possibles, cet exercice périlleux, et même kamikaze, ne pourra conduire les deux candidats de la droite locale, âgés de 76 et 78 ans, qu’à se faire hara-kiri au plan politique.
Face à ce spectacle, Céline Sitouze tente de se frayer un chemin dans les écarts de Sainte-Marie où elle a pris du retard au premier tour, comme dans les bureaux des écoles de Beaumont, de l’Espérance, du Verger et de Gaspard ou encore de la salle des fêtes de La Mare et de la salle polyvalente de Duparc.
La candidate divers gauche, qui semble avoir un boulevard devant elle au point d’avoir balayé d’un revers de manche la main tendue de Christian Annette, boit donc du petit lait en se disant sans doute qu’il n’y a plus très loin de la coupe aux lèvres.
Choc Séraphin contre Melchior à Saint-Paul
Après le désistement et le ralliement de Didier Robert (11,17%) en faveur de Cyrille Melchior (34,17%), ce dernier semble avoir réuni toutes les conditions pour maximiser ses chances de victoire face au maire sortant de gauche Emmanuel Séraphin, arrivé largement en tête au 1er tour (47,16%).
Depuis lundi 16 mars, les candidats battus avaient déjà fait part de leur soutien à Cyrille Melchior, adoubé aussi par LR. C’est le cas de Jean-Yves Morel, le candidat du RN (5,95%), qui avait accueilli à sa permanence le président du Département pour faire passer la pilule à ses militants. Mais aussi celui de Maxime Hoarau (1,56%), qui voit en Cyrille Melchior "une lueur d’espoir" pour "faire briller Saint-Paul", selon un communiqué de presse lyrique envoyé mardi 17 mars.
Lire aussi : Didier Robert renonce et rallie Cyrille Melchior, la course à la mairie de Saint-Paul totalement relancée ?
Pour Emmanuel Séraphin, la marge de progression reste importante, malgré un score déjà très élevé de 20.325 voix au 1er tour, si l’on considère les 26.000 suffrages obtenus par Huguette Bello lors de sa reconquête de la mairie en 2020, en pleine crise Covid.
Le maire sortant devra convaincre son réservoir d’abstentionnistes sympathisants de gauche d’aller voter dimanche 22 mars, tandis que son rival devra parier sur une union qui demande à faire ses preuves.
La liste d’union d’Erick Fontaine défie la maire sortante Vanessa Miranville
À La Possession, le second tour des municipales se jouera entre la maire sortante Vanessa Miranville et Erick Fontaine, autour duquel s’est constituée une liste d’union. Erick Fontaine, Philippe Robert et Vincent Rivière ont officialisé la fusion de leurs listes pour présenter une alternative politique claire.
Lire aussi : La Possession : une liste d’union autour d’Erick Fontaine pour le second tour
"Cette union traduit une dynamique de changement et répond aux attentes des Possessionnais", souligne Erick Fontaine. L’objectif : rassembler au‑delà des clivages du premier tour et offrir une trajectoire nouvelle pour la commune. Chaque voix comptera pour déterminer l’avenir de La Possession.
Tout reste ouvert à Sainte-Suzanne
À quelques jours du second tour des municipales à Sainte-Suzanne, le paysage politique se précise. Au premier tour, cinq listes sur onze avaient franchi le seuil de maintien : Frédéric Maillot (24,77 %, 2.887 voix), Alexandre Laï-Kane-Cheong (19,74 %, 2.300 voix), Eddy Balbine (15,09 %, 1.758 voix), Daniel Alamélou (14,36 %, 1.574 voix) et Nadia Ramassamy (10,43 %, 1.215 voix).
Depuis, Frédéric Maillot et Daniel Alamélou ont officialisé l’union de leurs listes pour le second tour. Nadia Ramassamy maintient sa candidature, tandis que les discussions entre Alexandre Laï-Kane-Cheong et Eddy Balbine n’ont pas abouti. Sauf retournement de situation, le scrutin devrait se jouer dans une quadrangulaire.
Au premier tour, Pierrot Partal, Johann Idame, Louis Eddie Richard, Max Rayepin, Ramata Touré et Eddy Adekalom avaient été éliminés.
Duel à Trois‑Bassins, trois candidats s’unissent contre Daniel Pausé
À Trois‑Bassins, le second tour se jouera entre Daniel Pausé, maire sortant, et Fabien Aure, autour duquel se sont ralliés Jacques Dennemont et Roland Ramakistin. "Aujourd'hui, c'est l'union qui fait notre force", affirme Fabien Aure.
Jacques Dennemont ajoute : "Tout est jouable", rappelant que la somme des trois listes peut inverser la donne. Pendant ce temps, Daniel Pausé poursuit sa campagne, défendant sa vision pour cette commune rurale
L’opposition échoue à s’unir, Lorion en position de force à Saint-Pierre
À quelques jours du second tour des municipales, la dynamique semble clairement pencher en faveur du maire sortant David Lorion, après l’échec des négociations entre ses deux principaux adversaires, Émeline K/Bidi et Jean-Gaël Anda Sita.
Arrivé largement en tête du premier tour avec 44,33 % des suffrages, l’édile aborde l’entre-deux tours en position de force, misant sur une stratégie de rassemblement élargi pour conforter son avance . Dans son camp, la confiance domine, nourrie par l’absence d’un front commun en face.
Car les discussions engagées entre la députée K/Bidi, arrivée deuxième, et le candidat Anda Sita ont rapidement achoppé. Chacun renvoie à l’autre la responsabilité de l’échec, évoquant des exigences jugées incompatibles, tant sur la tête de liste que sur la composition d’une éventuelle fusion . L’une dénonce des conditions « incompréhensibles », l’autre un accord déséquilibré, révélant des divergences profondes.
Lire aussi : Municipales à Saint-Pierre : union impossible entre K/Bidi et Anda Sita, avantage confirmé pour Lorion
Faute d’entente, la perspective d’une triangulaire se confirme, fragmentant l’électorat d’opposition. Une configuration qui, dans un scrutin municipal, favorise mécaniquement le candidat en tête, en limitant les reports de voix.
Dans ce contexte, David Lorion observe ses adversaires divisés sans avoir à forcer son positionnement. L’enjeu semble désormais moins résider dans l’issue du scrutin que dans l’ampleur de la victoire potentielle du maire sortant, sauf retournement de situation d’ici dimanche.
Saint-André : Les Virapoullé font l’union face à Joé Bédier
C’est fait. Finalement, il n’y aura pas de triangulaire à Saint-André. Au terme de longues négociations, Jean-Marie et Laurent Virapoullé ont trouvé un accord et fusionné leurs listes.
“Nous allons reconstruire Saint-André dès dimanche”, a lancé Laurent Virapoullé lors d’un meeting organisé mardi 17 mars, côte à côte avec son frère à Ravine-Creuse, là où les deux frères ont réalisé leur meilleur score dimanche 15 mars. “Une union démocratique choisie par le peuple qui nous a donné une responsabilité, nous avons tenté d’être à la hauteur”, a poursuivi le candidat tête de liste.
En scrutant la liste fusionnée déposée in extremis à la préfecture mardi soir, l’accord a bien été respecté avec 12 personnes de la liste de Jean-Marie Virapoullé figurant en position éligible, c’est-à-dire dans les 34 premières places. Du côté de Jean-Marie Virapoullé, en 5ème position, on note la “disparition” de Marie-Lise Chane-To, Alain Sinaretty ou Viviane Payet Ben Hamida.
On note aussi l’absence de Sylvie Moutoucomorapoullé, qui avait rejoint Jean-Marie Virapoullé. Selon Laurent Virapoullé, plusieurs de ses colistiers auraient spontanément laissé leur place pour faciliter l’union. Il a remercié hier soir “nos amis qui se sont sacrifiés”. “Notre programme ne va pas changer, mais s’enrichir”, assure-t-il.
Pourquoi l’intérêt commun ne suffit jamais à faire taire les ambitions ?
Entre les deux tours des municipales, l’appel à l’union s’est imposé comme une évidence dans les discours. Pourtant, sur le terrain, les désistements ont demeuré l’exception. L’intérêt commun, invoqué comme un principe supérieur, s'est heurté à une réalité politique plus complexe. Pourquoi ?
Car se retirer, pour un candidat, ce n’est pas seulement faire preuve de responsabilité, c’est aussi accepter de disparaître d’un rapport de force, de perdre une visibilité et de fragiliser une trajectoire construite parfois sur plusieurs années. Dans un scrutin local, où l’ancrage et la notoriété sont déterminants, renoncer revient à s’effacer durablement.
Lire aussi : Et si les femmes étaient en train de prendre le pouvoir politique à La Réunion ?
À cette logique individuelle s’ajoute une dimension collective. Derrière chaque candidature, il y a une équipe, des soutiens, des équilibres internes. Se désister, c’est aussi décevoir, voire fracturer un socle militant. L’intérêt commun devient alors une notion disputée, chacun estimant en être le meilleur dépositaire.
Dès lors, l’union ne dépend plus seulement d’un calcul électoral, mais d’une alchimie fragile entre ego, loyautés et visions du pouvoir. Entre deux tours, ce paradoxe atteint son paroxysme. L’unité apparaît nécessaire pour gagner, mais trop coûteuse pour être réellement acceptée.
Dans cet espace de tension, la politique retrouve sa nature la plus humaine, faite d’arbitrages, de renoncements difficiles et, souvent, d’impossibles compromis. Même parfois au sein du même bord politique, parfois au sein de la famille...


