Et si les femmes étaient en train de prendre le pouvoir politique à La Réunion ?

À l’issue du ce premier tour des municipales, dimanche 15 mars, plusieurs femmes s’imposent ou confirment leur place à la tête de communes réunionnaises. De Saint-Denis à Saint-Louis en passant par l’Entre-Deux, une nouvelle génération d’élues s’installe durablement dans un paysage politique longtemps dominé par les hommes et une certaine forme de patriarcat culturel et institutionnalisé.
C'est une petite révolution, qui fait beaucoup de bruits. Pendant des décennies, la politique réunionnaise a été une affaire d’hommes. Dans les mairies comme dans les grands partis, les figures masculines dominaient presque sans partage la scène publique.
Mais au fil des scrutins, un basculement s’opère.
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À l’issue du premier tour des municipales, dimanche 15 mars, plusieurs femmes dirigent désormais des communes importantes de l’île. Certaines confirment leur implantation. D’autres font une entrée remarquée. Ensemble, elles participent à redessiner une carte politique longtemps figée dans des croyances institutionnalisée autour d'une certaine forme de patriarcat.
La victoire la plus spectaculaire reste celle d’Ericka Bareigts à Saint-Denis. La maire sortante est réélue dès le premier tour avec plus de 60 % des suffrages exprimés dans la capitale réunionnaise.
Un triomphe pour ce qui pourrait être la confirmation de la nouvelle femme providentielle. Et une candidate sérieuse à La Région Réunion accessoirement.
Confiance historique
Une performance surtout historique dans une ville réputée politiquement disputée.
Première femme élue maire de Saint-Denis en 2020, elle devient aussi la première à être reconduite dès le premier tour.
Face à ses militants dimanche 15 mars, elle a insisté sur le lien construit avec les habitants.
Ericka Bareigts : "Je voudrais remercier du fond du cœur tous les concitoyens dionysiennes et dionysiens qui sont venus glisser leurs bulletins massivement pour nous au premier tour. Ils sont venus parce qu’il y a de la confiance."
Dans un discours offensif, la maire a également taclé certains adversaires apparus tardivement dans la bataille électorale.
"Tous les apprentis sorciers qui sont sortis de leur caverne à la veille de l’élection se sont trompés. On les renvoie à leur apprentissage", a-t-elle commenté.
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Et dans une allusion à peine voilée aux attaques dont elle dit avoir été la cible, elle a aussi évoqué la place des femmes en politique. "C’est le résultat de beaucoup d’énergie et de beaucoup de coups qu’on prend. Surtout quand on est une femme."
Mais la dynamique dépasse largement les frontières du chef-lieu.
Nouveaux visages, nouvelles dynamiques
Dans le sud de l’île, Juliana M’Doihoma incarne depuis plusieurs années cette nouvelle génération d’élues locales. Élue maire de Saint-Louis également en 2020, elle avait alors expliqué vouloir replacer sa commune dans une trajectoire de développement plus large.
"Ce qui m’intéresse, c’est de représenter Saint-Louis dignement et faire respecter Saint-Louis dans le futur Grand Sud", a-t-elle martelé après sa réélection ce dimanche.
À l’Entre-Deux, dans les hauts de l’île, une autre femme vient d’accéder à la tête de la commune. Camille Clain a remporté l’élection municipale dès le premier tour avec un peu plus de 52 % des voix, battant le maire sortant Bachil Valy.
Une victoire qui marque l’arrivée d’un nouveau visage dans la vie politique locale.
Plus à l’est, à Salazie, la maire sortante Sidoleine Papaya confirme également son ancrage local avec un score très large au premier tour, dépassant les deux tiers des suffrages exprimés.
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Dans d’autres communes encore, les femmes s’installent durablement et sont en ballotage favorable.
À La Possession, la maire sortante Vanessa Miranville apparaît bien partie pour conserver son fauteuil.
À Sainte-Marie, Céline Sitouze aborde le second tour en position favorable, même si la bataille promet d'être disputée si les deux dinosaures de la politique que sont Lagourgue et Nirlo arrivent à s'entendre.
Peu à peu, ces trajectoires féminines modifient l’équilibre du pouvoir, le plus localement possible.
Anciennes figures masculines
La transformation reste cependant progressive. Sur l’ensemble de l’île, les hommes demeurent largement majoritaires à la tête des communes. Mais la présence de plusieurs femmes maires dans des villes importantes change la perception d’un univers politique longtemps décrit comme très masculin.
Car pendant longtemps, la vie politique réunionnaise a été structurée autour de grandes figures masculines, souvent installées au pouvoir pendant plusieurs décennies.
Une militante d'Ericka Bareigts : "Dans de nombreuses communes, la conquête d’une mairie restait un espace difficilement accessible pour les femmes, reflet d’un patriarcat culturel profondément ancré dans la société réunionnaise. L’élection puis la réélection de plusieurs femmes à la tête des municipalités viennent ainsi bousculer ces équilibres anciens et ouvrir une nouvelle page du pouvoir local dans l’île."
Au-delà des parcours individuels, cette évolution pourrait également traduire aussi un changement de génération et de culture politique.
Premier plan
De plus en plus visibles dans les exécutifs locaux, les femmes occupent désormais des postes de premier plan et se démarquent dans des scrutins souvent très disputés dans une île où la politique reste particulièrement vivante.
Derrière Bareigts, la candidate sans étiquette Gaëlle Lebon, anciennement encartée Reconquête et RN, fera notamment figure d'outsider lors des prochains scrutins, mais aussi au conseil municipal de la ville préfecture. "Nous sommes fiers d’être aujourd’hui la deuxième force politique de Saint-Denis", a-t-elle commenté via un communiqué.
La nouvelle vague ? Quatre femmes sont déjà assurées de diriger une des 24 communes de l'île (comme en 2020), quant deux autres sont en ballotage favorable. Sans oublier, à plus grande échelle encore, Huguette Bello, actuelle présidente de Région...


