Sainte-Marie : Richard Nirlo se maintient, vers une triangulaire favorable à Céline Sitouze

Une triangulaire favorable à Céline Sitouze, la candidate divers gauche arrivée en tête au premier tour à Sainte-Marie, se profile pour le deuxième tour des municipales avec en toile de fond la guerre fratricide que se livrent le maire sortant Richard Nirlo et son mentor en politique Jean-Louis Lagourgue, ancien sénateur-maire de la ville.
La profonde déchirure entre les deux hommes forts de la droite locale à Sainte-Marie, et les cicatrices encore bien apparentes laissées par la lutte sans merci qu’ils se livrent depuis maintenant plusieurs années, semblent empêcher toute forme de réconciliation entre Jean-Louis Lagourgue et le maire sortant, Richard Nirlo. L’ancien sénateur-maire de Sainte-Marie a annoncé la couleur dès dimanche soir. Dès qu’il a eu en main les résultats définitifs des votes, il a plaidé pour « un désistement républicain de Richard Nirlo » fort de 86 bulletins de plus sur sa personne. Une décision qu’il a prise de manière unilatérale et semble-t-il de façon irrévocable.
Ses militants, réunis en nombre à ses côtés, l’ont acclamé avec force et détermination dans un élan qui avait un arrière-goût de revanche. D’ailleurs, beaucoup n’ont pas hésité à dire que Richard Nirlo devait s’écarter au profit de « Jean-Louis » que certains appelaient « patron » sur un ton paternaliste. En regard de cette démonstration de force en faveur de son ex-mentor en politique, Richard Nirlo a donné l’image d’un maire sortant abattu.
« Leur faute à tous les deux »
A l’heure où les cris de joie et de victoire, peut-être à venir, déchiraient le silence de la nuit aux abords de la permanence de Jean-Louis Lagourgue, celle du maire sortant avait déjà tiré les rideaux. Seule la lueur d’une lumière blafarde emplissait une pièce bien vide à l’étage de son QG.
Aujourd’hui, le réveil a été difficile pour les militants de droite et les employés communaux qui n’en croyaient toujours pas leurs oreilles. Il y a d’abord ceux qui estiment que s’il « n’y avait pas eu d’embrouille entre eux, il y aurait déjà un maire de droite à la tête de Sainte-Marie ». Ce qui n’est pas faux. D’autres disent à bas mots que « c’est leur faute à tous les deux, sans pour autant souhaiter que ça soit l’un plutôt que l’autre ». D’autres ne comprennent pas « les raisons de leur division ».
« Il est impossible d’imaginer les réunir dans la même pièce »
Pour mémoire, sitôt élu sénateur, Jean-Louis Lagourgue avait offert son écharpe de maire à son fidèle premier adjoint, Richard Nirlo, en janvier 2018. Leurs relations, longtemps au beau fixe, ont commencé à se ternir quand les affaires sont remontées à la surface à la veille du premier tour des municipales de 2020. Les gardes à vue successives de Richard Nirlo sont passées par là. « Il a toujours dit qu’il assumerait ce qu’il a fait mais il a reproché à Jean-Louis Lagourgue de ne pas en faire autant, tout en rejetant la faute sur lui », raconte un cadre municipal.
Les embrouilles ont commencé et les choses sont allées de mal en pis entre les deux hommes jusqu’à ce que le propre fils de Jean-Louis Lagourgue et quelques fidèles élus y ont mis leur grain de sel, lâchant la majorité et claquant la porte pour basculer dans l’opposition de droite. Piques et attaques – rarement à fleuret moucheté – se sont multipliées avec un tel degré de violence parfois que les deux hommes se détestent aujourd’hui cordialement. Viscéralement, peut-on même dire. « Il est impossible d’imaginer les réunir dans la même pièce », commente un observateur avisé.
« Sainte-Marie est à droite et doit le rester »
Effectivement, les deux hommes ne se sont même pas parlés au téléphone depuis les résultats du premier tour. Leurs staffs respectifs, qui se détestent cordialement à l’image de leur leader respectif, n’ont pas davantage communiqué entre eux. Du côté de Jean-Louis Lagourgue, on campe sur ses positions. Celui-ci, comme annoncé à ses troupes dimanche soir, est déjà reparti en campagne sur le théâtre des opérations. Sans regarder derrière lui et sans esquisser un signe vers le camp Nirlo.
La stratégie de Jean-Louis Lagourgue est de convaincre les employés communaux et les militants de Richard Nirlo de se rallier à sa cause pour faire barrage à Céline Sitouze, la candidate de gauche toute diabolisée. Ils se sentent comme investis d’une mission dont le sacro-saint principe consiste à dire que « Sainte-Marie est à la droite et doit le rester ». Point barre. Leur calcul repose sur un ralliement, le plus massif possible, des électeurs de Richard Nirlo. Là où il a fait un score honorable comme sur le secteur d’Espérance par exemple.
« Personne n’avait vu venir Céline Sitouze »
Sur ce point, les employés communaux et les militants de droite semblent assez d’accord même si certains, sentant le vent tourner, auraient déjà fait savoir qu’ils étaient prêts à rejoindre la candidate divers gauche. D’autres au contraire « redoutent l’arrivée de Céline Sitouze à la tête de la mairie ». Peur d’une chasse aux sorcières, peur aussi d’essuyer une réorganisation des services avec des consignes plus strictes qui offriraient moins de marges de manœuvre au quotidien. Quoi qu’il en soit, tout le monde s’accorde sur un point : « Personne n’avait vu venir Céline Sitouze en dépit de la machine régionale dont elle a pu bénéficier. »
Pour sa part, Richard Nirlo ne semble pas disposer à donner un chèque en blanc à Jean-Louis Lagourgue en le laissant faire cavalier seul dans la course aux municipales. Selon nos informations, il n’a pas digéré l’idée d’un désistement républicain au profit de son adversaire de droite pour 68 petites voix d’écart, estimant que cela ne justifie en rien son retrait en vue du deuxième tour. D’autant que Richard Nirlo ne se leurre pas. Il sait parfaitement que cet échec le conduirait à dire adieu à sa carrière politique en quittant la scène par la petite porte.
Richard Nirlo, clé de l’élection à Sainte-Marie
Idem pour quelques élus de sa liste, accrochés à la politique comme des moules à leur rocher. Pour certains membres de sa garde rapprochée, la sortie de Richard Nirlo serait également synonyme de traversée du désert. Ce qui aurait pour effet de les inciter, coûte que coûte, à privilégier son maintien au deuxième tour.
Et c'est le cas ce soir. Richard Nirlo estime qu'il est le "représentant légitime de la droite à Sainte-Marie" et que Jean-Louis Lagourgue a été envoyé par Huguette Bello pour soutenir indirectement Céline Sitouze. "Sa candidature est une candidature parasite pour diviser les voix de la droite, comme celle de Didier Robert à Saint-Paul", selon sa garde rapprochée.


