Conduites addictives : sous alcool, sous stupéfiants, sans permis, et sous OQTF, mais toujours une excuse

Un homme de 38 ans comparaissait ce lundi 7 juillet devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis pour des faits en lien avec des infractions routières. Il a été interpellé par les gendarmes de la commune de Sainte-Marie suite à un accident de la circulation. Il conduisait sans permis, sans assurance, sous stupéfiants, le tout en état de récidive.
Damien L., né en 1984 en Belgique, fait partie de ces gens qui peinent à comprendre le sens d'une décision de justice. Le 30 mai dernier, il percute par l'arrière un véhicule en circulation à Sainte-Marie. Il s'arrête pour constater les dégâts mais la conductrice se rend compte qu'il est fortement alcoolisé. Comprenant qu'elle appelle les gendarmes, il ne trouve rien de mieux que de prendre la fuite. Les militaires arrivent et le voient revenir sur les lieux. Il est testé à un taux de 1,78 g/l d'alcool dans le sang. Il est placé en garde à vue. Compte tenu de problèmes de santé, la garde à vue est levée et, lui, transporté à l'hôpital pour des examens.
Il roule toujours sans permis, sans assurance, sous alcool
Il est reconvoqué par la gendarmerie mais ne se représente jamais pour être entendu sur les faits du 30 mai. Le 4 juillet dernier, les gendarmes interviennent sur un accident de la circulation à Sainte-Marie, le conducteur ne voulant pas faire de constat. Un choc entre deux véhicules dans un virage. Une conductrice est percutée, à petite vitesse, par un véhicule qui a tiré tout droit. Fruit du hasard pour les militaires, il s'agit encore de Damien L. Il roule toujours sans permis, sans assurance, sous alcool, mais pas délictuel, et sous stupéfiants. Il justifie l'accident en raison de la mauvaise qualité de ses pneus, "ils sont de mauvaise qualité, j'ai glissé".
Cette fois, direction la garde à vue pour s'expliquer sur les deux accidents. La répétition des infractions décide le parquet à le juger directement en comparution immédiate.
À la barre, il reconnait les faits à minima. Pour le permis, il jure qu'il ne savait pas qu'il fallait une conversion entre le permis belge et le français. Pour le reste, c'est factuel, il ne peut pas nier. Pourtant, il cherche à se justifier sur l'absence d'assurance qui est dû au mauvais état de la voiture qu'il a achetée il y a quelques semaines. "J'allais l'assurer mais il y avait beaucoup de réparations à faire", explique-t-il. Pour les faits du 30 mai, "c'est la faute de l'alcool", selon lui. Pour le délit de fuite, "ce n'en est pas un, je suis revenu de moi-même", avant d'avouer : "J'ai eu peur car j'étais alcoolisé".
Contrôlé le 4 juillet avec 0,3 g/l d'alcool dans le sang, mais positif aux stupéfiants, il soutient qu'il n'a fumé que du CBD, pas du cannabis. Il reconnait par ailleurs ses problèmes d'addictions, soutenant qu'il a "fait des efforts". En atteste, selon lui, "le faible taux d'alcool du 4 juillet".
"J'étais en colère qu'on me place en garde à vue"
Pour couronner le tout, il lui est également reproché des faits d'outrages à agents. "J'étais en colère qu'on me place en garde à vue", se justifie-t-il. "Vous savez que vous avez déjà une procédure en cours mais cela ne vous arrête pas ?", fustige la présidente en retour. Côté casier judiciaire, quatre mentions sont inscrites pour des faits de vol et de menaces, il est sous le coup d'un sursis probatoire. Côté administratif, il a déjà fait l'objet d'une OQTF, et vient de revenir à La Réunion. Il est d'ailleurs sous le coup d'un deuxième OQTF en date du 5 juillet dernier.
"Il a deux procédures suite à des accidents sous alcool et sous stupéfiants, mais pour lui, c'est la faute de ses pneus", tance la procureure, qui enfonce le clou : "Le problème, ce sont ses choix et ses addictions. Il veut échapper à ses responsabilités". La magistrate requiert une peine de 10 mois de prison avec maintien en détention, 300 euros d'amendes majorés à 50 %, ainsi qu'une interdiction de conduire de 10 mois. "Il n'était pas dans son état normal, il ne pouvait pas se souvenir qu'il était reconvoqué", tempère la défense qui reconnait "un comportement inapproprié". La robe noire insiste sur le fait qu'"il ne savait pas pour le permis français" et qu'"il est conscient de ses addictions". Elle plaide pour une peine aménageable.
Le prévenu est finalement relaxé pour le défaut de permis de conduire, mais condamné à 10 mois de prison ferme avec maintien en détention. Le tribunal prononce également une amende de 300 euros, plus des dommages et intérêts pour les gendarmes insultés.


