Du Festival du Film de La Réunion à Amazon Prime : le retour gagnant de Fabienne Redt

Avec Ananda Road, Fabienne Redt fait son grand retour dans le monde cinématographique réunionnais sous une casquette bien différente de celle qu’on lui connaît. C’est en tant que réalisatrice que celle qui a créé et dirigé le Festival du Film de La Réunion revient pour mettre son île en bobine. Un film diffusé sur Amazon Prime et d’autres plateformes de streaming à travers le monde. Mais derrière les lumières de l’écran, ce sont toutes les coulisses qui méritent d’être racontées.
Pendant 10 ans, de 2005 à 2014, le Festival du Film de La Réunion a contribué à démocratiser le cinéma dans l’île, tout en contribuant à faire découvrir aux professionnels parisiens les trésors cachés que l’île recelait pour leurs tournages. Malgré le succès grandissant, le festival a pris fin en 2014, laissant sa créatrice, Fabienne Redt, en plein désarroi.
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« Quand le Festival du Film s’est arrêté, cela a été un grand moment de mélancolie », explique-t-elle. Dans cette période de doute et de questionnements, elle décide de partir au Québec et intègre une école de cinéma. C’est durant les longues soirées d’hiver canadiennes que lui vient l’idée d’Ananda Road. L’histoire d’une avocate parisienne qui vient à La Réunion pour échapper au burn-out vers lequel sa vie la dirige. Un voyage qui deviendra initiatique et vecteur de guérison pour elle.
« La genèse de cette histoire se situe dans mon âme. Ananda suit le cheminement que j’ai eu. Cette nécessité de partir pour se redécouvrir et se guérir », souligne Fabienne Redt. La réalité a d’ailleurs rattrapé la fiction puisque l’actrice principale, Justine Wascherger, a profité de son passage dans l’île pour « se soigner ».
Une idée et beaucoup de détermination
De retour à La Réunion avec son idée dans les valises, Fabienne Redt se met à l’écrire. Une fois le scénario bouclé, ce n’était pourtant que le début des galères. « Je n’ai eu aucune aide de la Région, sous l’ancienne mandature. C’est compliqué ensuite de pouvoir avoir les aides du CNC sans les aides régionales. »
Mais malgré cette déconvenue, elle ne compte pas abandonner. « Je me suis dit qu’on allait faire comme les Anglo-Saxons, en travaillant uniquement avec des fonds privés », explique-t-elle. Fabienne Redt finit par trouver une société de production en Irlande qui accepte de financer le projet.
Mais alors que le tournage devait débuter en 2020, le Covid met un stop à la production. Les acteurs américains engagés renoncent au projet, tout comme François Berléand, qui avait accepté un rôle. « Je n’ai jamais autant pleuré de ma vie », souligne Fabienne Redt.
Finalement, le tournage peut reprendre en 2022 et la réalisatrice parvient à trouver deux actrices américaines et un acteur israélien. À leurs côtés, Rocaya Paillet et son fils leur ont donné la réplique en anglais. Même si toute l’équipe était locale, le tournage s’est effectué en anglais, la seule langue que toute l’équipe parlait en commun. « C’était vraiment l’esprit de la tour de Babel. C’est une image qui colle bien à La Réunion. »
Un tournage magique et un happy-end hollywoodien
Le tournage a finalement lieu, mais malgré le peu de moyens financiers, Fabienne Redt a pu trouver des ressources inestimables avec la générosité des Réunionnais. Certains costumes ont été offerts par des associations, tandis que les religieux de l’île lui ont ouvert les portes de leurs temples. « L’aide locale a été exceptionnelle. C’est un vrai imam qui nous a ouvert les portes de sa mosquée et que l’on voit. Pareil, c’est un vrai prêtre hindou et un vrai curé que l’on voit dans le film. On n’a pas triché », indique la réalisatrice.
Une fois le tournage bouclé, Fabienne Redt a pris huit mois de pause avant de se lancer dans la post-production. Une fois le film achevé, elle s’est mise en quête d’un acheteur international qu’elle a fini par trouver à Los Angeles. C’est lui qui est parvenu à vendre le film à Amazon Prime et à Tubi, une plateforme de streaming aux États-Unis. Le film est également diffusé sur une plateforme indienne.
« Ce qui est dommage avec la diffusion sur des plateformes, c’est qu’on n’a pas le retour direct du public », souligne Fabienne Redt. C’est pourquoi elle a réussi à convaincre Yves Ethève de le diffuser dans ses salles de cinéma. Il sera donc projeté le 3 février au Ciné Lacaze, le 5 février au Ciné Cambaie et le 6 février au Ciné Grand Sud.
À présent, Fabienne Redt se consacre à son prochain projet. Elle prépare un film sur Aimée Pignolet de Fresnes, cette religieuse réunionnaise au parcours exceptionnel. À cette occasion, Fabienne Redt a découvert qu’il s’agissait de son arrière-arrière-grand-mère. De quoi la motiver encore plus à aller au bout de son nouveau rêve.


