Disparition de René Payet, le"diable de prêtre"

S'en suit un cursus qui l'amène, à la veille de la Seconde guerre mondiale, à embarquer pour la Drôme au séminaire des Missions pour poursuivre ses études. En 1942, il se retrouve, dans la France occupée, au Grand Séminaire colonial à Paris et échappe au Service du Travail Obligatoire en se faisant délivrer un certificat médical attestant son "métissage". La guerre terminée,les études achevées, il rejoint son ile natale où il est ordonné prêtre par Monseigneur Langavant, en sa cathédrale, le 29 juin 1948.
Il est alors nommé professeur de lettres au Petit séminaire de Cilaos où il comptera parmi les nombreuses générations d'élèves fréquentant l'établissement deux, Alain Lorraine et Gilbert Aubry, qui infueront sur la suite de sa trajectoire.
Au terme de dix ans de professorat, le Père Payet se retouve en France pour une année à se former aux organisations sociales de l'Eglise. Il est, à son retour, nommé à la Maison des oeuvres de l'Evêché et a en charge la direction de l'hebdomadaire catholique "Dieu et Patrie" dont il partage, par héritage familial et par conviction, l'anticommunisme affiché, mais dont il convient néanmoins de moderniser le projet.Le Père René Payet découvre alors avec passion le journalisme et accompagne la transformation de "Dieu et Patrie" en un hebdomadaire plus moderne et surtout plus soucieux des questions sociales. C'est la naissance de "Croix Sud".
Sur le plan idéologique, alors que le climat politique dans le département est à l'hystérie dans cette décennie 60 qui voit s'opposer violemment partisans de la départementalisation et autonomistes, le Père Payet entame sa mue. S'il ne partage pas les idées des jeunes prêtres réunionnais qui, à leur arrivée dans leur ile, s'engagent dans le camp des autonomistes, voire au Parti communiste pour les plus radicaux d'entre eux, le Père Payet s'éloigne
Mais l'Eglise n'est pas divisée que par des conflits politiques à la fin de la décennie 60, elle est aussi minée par des oppositions entre prêtres créoles et "zoreils". C'est dans ce contexte qu'il rencontre, à l'initiative de son ancien élève, Alain Lorraine, le Père Cardonnel qui va le conforter dans ses engagements, sociaux d'abord, politiques ensuite. Poussé en 1970, à la démission de la direction de la Maison des oeuvres, le Père Payet retrouve une paroisse. Il abandonne également la direction de Croix Sud où lui succède un jeune prêtre, son ancien élève, Gilbert Aubry.
En 1975, épuisé par les divisions qui minent l'eglise, Monseigneur Guibert démissionne. C'est alors que se joue une des opérations dont le PCR a le secret et qui éclairent les liens véritables de ce parti avec le Père Payet. Pour préparer la succession de l'évêque démissionnaire, Rome envoie en mission à Saint-Denis le nonce apostolique de Madagascar, à charge de rencontrer le clergé et toute la communauté chrétienne pour proposer une issue à la crise que traverse l'Eglise dans le département. C'est là, que dans la plus grande discrétion, le PCR organise des déplacements en masse de ses militants pour aller déclarer au Nonce, lors des journées d'audiences programmées, que "le père Payet c'est un bon père c'est lui qui nous faut comme évêque". Une manipulation que va faire capoter le Pape nommant Gilbert Aubry comme évêque à la fureur du PCR et à la grande déception du père René Payet qui ne s'en remettra jamais, tant pour des raisons idéologiques et pastorales qu'incontestablement personnelles, de ne pas avoir été choisi. Ici se nouent incontestablement les relations compliquées, faites à la fois de déception, de frustation, de défi et de contestation du Père Payet à son ancien élève devenu son successeur, puis son supéieur.
En 1987 il se fait embaucher comme journaliste à Témoignages. En 1992, il prend, à la demande du PCR, la présidence d'un Mouvement dont le secrétaire général est Paul Vergés, qui vise à élargir la base électorale des communistes. Si ce mouvement, au titre impossible capote, il sera un essai précieux pour la future "Alliance", Paul Vergés assurant cette fois directement la présidence.
Autant d'intiatives et de situations qui vont tendre sérieusement les relations entre le Père Payet et l'Evêque.
En 1995 c'est tout logiquement qu'on retrouve Père Payet à la présidence du "Collectif contre les injustices de la justice" dont le seul objectif est de défendre Pierre Vergés, impliqué dans l'affaire du marché de l'endiguement de la Rivière des galets. Est-il besoin de rappeler que Pierre Vergés sorti de prison, on n'entendra plus parler de ce Comité?


