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Tentative de meurtre sur Morgane : Le "psychopathe primaire" voulait juste tuer "quelqu'un"

Après trois jours d'un procès éprouvant, l'adolescent qui a tenté de tuer Morgane en avril 2022 a été condamné à 18 ans de réclusion criminelle, assortie de cinq ans de suivi socio-judiciaire stricte. Une affaire qui a défrayé la chronique judiciaire de La Réunion par son terrible scénario et le profil des protagonistes.
Ecrit par G.D. – le jeudi 8 février 2024 à 12H47

Le 18 avril 2022, La Réunion est sous le choc. La jeune Morgane, dont la disparition inquiétante deux jours avant avait été diffusée par la police nationale et relayée dans les médias, est retrouvée dans un état critique à Terre Sainte. L'adolescente a été violemment agressée et laissée pour morte dans une forêt à proximité du gymnase. Son pronostic vital est engagé, mais par miracle, elle survit.

Si la victime a pu être retrouvée à temps, c'est parce que Thomas*, a fini par avouer à sa mère que son ami Jérôme* l'avait impliqué dans l'agression de la jeune fille. Les policiers vont interpeller ces deux adolescents ainsi qu'un troisième. Tous les suspects sont âgés de 14 ans et le principal suspect s'avère être l'ex-petit ami de la victime. À l'issue de leur garde à vue et du déferrement, les trois suspects sont placés en détention provisoire.

Jérôme est mis en examen pour tentative de meurtre avec préméditation, tandis que Lucas* et Thomas, après requalification des faits, sont poursuivis pour non-assistance à personne en danger. Ces derniers sortiront de détention au bout de quatre mois, alors que le principal mis en cause sera envoyé dans un centre fermé de l'Hexagone après sa période maximale de détention.

La préméditation apparaît rapidement

Les perquisitions chez Jérôme permettent de révéler que le principal suspect avait parfaitement préparé son plan chez lui. Celui-ci consistait à amener la victime dans les bois pour lui faire "une surprise". Lucas, pas mis au courant du sombre dessein, devait les accompagner en restant caché derrière un buisson pour ensuite aider à cacher le corps. Thomas s'est vu confier les téléphones afin de les faire borner ailleurs que sur la scène de crime et ainsi tromper les forces de l'ordre.

Durant plusieurs mois, les enquêteurs de la police judiciaire de Saint-Pierre vont interroger divers témoins proches des suspects. Parmi les témoignages recueillis auprès des enseignants et des élèves de la classe, un témoignage va sortir du lot.

Sandra*, une adolescente de 13 ans, avait changé de classe en raison du harcèlement que Jérôme lui faisait subir. Elle confirme qu'il avait déjà évoqué en classe son envie de tuer quelqu'un. Surtout, deux jours avant les faits, elle a reçu un message de Lucas, qui n'est pas vraiment son ami, pour venir passer le samedi après-midi suivant avec Jérôme et lui. Ne voulant pas être au contact de son harceleur, elle décline l'invitation.

Un procès inédit

C'est le 5 février 2024 que s'ouvre enfin le procès, mais pas aux Assises pour mineurs de la cour d'Appel de Saint-Denis. Pour la première fois, c'est le tribunal pour enfants (TPE) de Saint-Pierre qui doit juger une affaire criminelle puisque les suspects avaient moins de 16 ans au moment des faits. L'audience, prévue sur trois jours, était totalement à huis clos.

Avec courage, la victime est venue assister à l'ensemble du procès. Tout au long de ces trois jours, Morgane a démontré une capacité de résilience hors du commun. Une attitude qui a d'ailleurs perturbé son agresseur. La famille de la victime a également été un exemple de dignité durant ces trois jours de procès, bien accompagné par le bâtonnier Norman Omarjee.

Le profil inquiétant de l'agresseur

Derrière les lourdes portes de la salle d'audience, peu d'informations sont sorties des débats. Jérôme a gardé son attitude froide et n'a donné que peu d'explication sur son geste et ses motivations. Il a confirmé qu'il ne visait pas spécifiquement Morgane et qu'il voulait juste tuer "quelqu'un".

On sait par ailleurs que les experts psychiatriques mandatés, spécialistes des adolescents criminels, ont défini que Jérôme présentait un profil de "psychopathe primaire", qui se caractérise par une très faible disposition à ressentir de l'anxiété et une froideur émotionnelle. Si le diagnostic de la psychopathie n'est pas possible sur un enfant dont le cerveau n'est pas totalement formé, l'attitude de Jérôme au procès n'a fait que valider ces expertises.

Il est d'ailleurs le seul des trois mis en cause à ne pas s'être excusé auprès de la victime. Lorsqu'il a eu la parole à la fin du procès, il a juste évoqué son souhait d'aller dans un centre fermé jusqu'à ses 18 ans plutôt qu'en prison, car les activités du centre lui permettent de ne pas cogiter sur ses idées noires.

Impassible durant le verdict

Après plus de 5 heures de délibération, Jérôme a finalement été reconnu coupable et condamné à 18 ans de réclusion criminelle. À sa sortie de détention, il aura une période de suivi socio-judiciaire stricte de 5 ans, qui se transformeront en deux ans de prison en cas de non-respect de la moindre de ses obligations.

Lucas a été condamné à 16 mois de prison pour non-assistance à personne en danger, dont 12 avec sursis. Thomas a vu une requalification des charges contre lui transformer en non-dénonciation de crime et écope d'une peine de 12 mois de prison, dont 8 avec sursis.

À l'annonce du verdict, Jérôme est resté impassible. Lorsque la juge lui a demandé s'il estimait avoir besoin d'un traitement psychiatrique et quand il voulait le commencer, Jérôme va laisser un silence pesant avant de répondre un "oui, dès que possible" qui n'a pas trompé l'audience.

Des derniers mots qui mettent fin à une affaire criminelle comme le tribunal de Saint-Pierre, mais qui malheureusement va être suivi de l'affaire Shana, cette jeune fille de 16 ans tué par deux adolescents de 14 et 16 ans en septembre dernier.

*Prénoms d'emprunt

Etiquettes : Affaire Morgane

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