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12 millions de déficit : Sainte-Suzanne lance l’heure des comptes

Ecrit par S.I. – le vendredi 17 avril 2026 à 10H32

Audit, économies, réorganisation… La nouvelle majorité de Sainte-Suzanne entre dans le vif du sujet. Lors d’un conseil municipal sans tensions, les élus ont posé les bases d’un redressement attendu, sous le regard attentif de l’opposition.

Deux semaines après l’installation de la nouvelle équipe municipale, le conseil municipal s’est réuni dans un climat courtois et apaisé, malgré des enjeux financiers particulièrement lourds. Au cœur des échanges : les orientations budgétaires 2026 et l’adoption d’une motion actant le lancement d’un audit financier global.

Redressement financier de la commune : un objectif fixé à quatre ans

Dès l’ouverture de séance, la majorité a donné le ton en faisant adopter cette motion, marquant sa volonté de disposer d’un état des lieux précis avant d’engager pleinement son action. Le rapport d’orientations budgétaires a ensuite confirmé les difficultés déjà évoquées ces dernières semaines. La commune fait face à un déficit estimé à 12 millions d’euros, dans un contexte de baisse de l’épargne, de hausse des charges de personnel et de délais de paiement particulièrement élevés, dépassant les 170 jours.

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Le maire de Sainte-Suzanne, Alexandre Laï-Kane-Cheong, a inscrit cette situation dans un héritage de long terme. "Nous héritons de plus de trente ans de mandature quasi unique. La question aujourd’hui est de savoir comment continuer à garantir un service public de qualité", a-t-il expliqué. La nouvelle majorité affiche un objectif de retour à l’équilibre en quatre ans, en s’appuyant notamment sur un plan de redressement et sur le Contrat de redressement Outre-mer, qui pourrait permettre de mobiliser entre 2 et 3 millions d’euros sur la période 2026-2029.

Dans un esprit constructif, les élus d’opposition ont formulé plusieurs demandes de précisions. Daniel Alamélou s’est notamment interrogé sur la composition exacte du déficit, souhaitant savoir s’il s’agissait principalement de dettes envers les entreprises ou d’autres engagements financiers. Il a également soulevé des inquiétudes quant aux conséquences des ajustements envisagés, notamment sur les contrats à durée déterminée, les départs à la retraite, les subventions aux associations ou encore les moyens du CCAS. De son côté, Ingrid Barège a appelé à davantage de visibilité sur plusieurs projets en cours, notamment dans les secteurs de Bagatelle et de Desprez.

Daniel Alamélou alerte sur les impacts possibles des mesures de redressement sur les agents, les associations et les services publics.

En réponse, le maire a apporté plusieurs éléments chiffrés, précisant que le déficit se décompose notamment en 5,4 millions d’euros de charges sociales non réglées, 4,4 millions d’euros de dettes envers les entreprises, 2,2 millions d’euros de subventions aux associations et 1,4 million d’euros de retard pour le CCAS. Il a confirmé que l’audit engagé serait global et concernerait à la fois la mairie et le CCAS, afin d’obtenir une vision complète de la situation.

Effectifs municipaux, CDD, retraites : une réorganisation en réflexion

La question des ressources humaines a également occupé une place importante dans les échanges. La commune compte aujourd’hui 564 agents, un effectif supérieur aux standards pour une collectivité comparable. "Il ne s’agit pas d’éliminer ou d’envoyer de côté ces CDD", indique le maire, évoquant une analyse approfondie des 136 contrats en cours afin d’évaluer leur adéquation aux besoins réels.

Sur les départs à la retraite, estimés à plus de 120 sur la mandature, la municipalité entend adapter sa stratégie. "Il ne s’agit pas de procéder à des remplacements automatiquement", insiste Alexandre Laï-Kane-Cheong.

Concernant les associations, la municipalité annonce un travail de recensement et d’évaluation avant toute décision sur les subventions. Les projets engagés, eux, seront maintenus. "Il ne s’agit nullement de les annuler", indique le maire, assurant qu’ils seront consolidés pour préserver les financements obtenus.

Indemnités des élus à Sainte-Suzanne : une hausse assumée malgré le contexte

Autre point examiné lors de ce conseil municipal : la majoration de 15 % des indemnités des élus. Une décision questionnée mais débattue dans le calme. "Pourquoi faire le choix de cette majoration au vu du contexte ?", indique Julie Blainville, qui a rappelé que d'autres communes "comme Saint-Paul ou Le Tampon n'ont pas appliqué cette hausse". De son côté, Daniel Alamélou a interrogé la mise en place d’un mécanisme de contrôle de l’assiduité des élus.

Julie Blainville questionne la majorité sur les disparités entre Sainte-Suzanne et d’autres communes de La Réunion sur les indemnités d’élus.

Le maire a justifié la majoration des indemnités des élus en l’inscrivant dans une logique institutionnelle liée au statut de la commune. "Un principe de notre action : inscrire Sainte-Suzanne comme chef-lieu de canton permet de renouer le dialogue institutionnel, dialogue rompu avec les services déconcentrés", explique Alexandre Laï-Kane-Cheong. Il souligne que ce statut implique des responsabilités accrues en matière de coordination intercommunale, de représentation et d’organisation administrative, tout en permettant de rétablir un "canal officiel" et une "confiance" avec les partenaires institutionnels.

Lire aussi : Sainte-Suzanne : majoration de 15% des indemnités… Alek assume et s'explique

Il estime également que cette reconnaissance pourrait générer des dotations supplémentaires supérieures au coût de la revalorisation des indemnités. Sur le fonctionnement interne, il met en avant l’engagement des adjoints depuis leur prise de fonction, rappelant que leurs indemnités ne compensent pas toujours les pertes de revenus liées à leur engagement politique.

Alexandre Laï-Kane-Cheong conditionne les indemnités des élus à leur présence, avec un barème allant de -10 % à -40 %.

Enfin, la municipalité annonce la mise en place de tableaux publics d’absentéisme des élus, destinés à assurer un suivi mensuel de la présence en conseil municipal et en commissions sectorielles. Un dispositif qui prévoit une modulation des indemnités en fonction de l’assiduité. "Première absence non justifiée au conseil municipal ou en commission sectorielle : moins 10 %, deux absences : moins 30 %, troisième absence : moins 40 %", précise Alexandre Laï-Kane-Cheong. Il est toutefois rappelé que la réduction globale ne pourra pas dépasser 50 % des indemnités des élus concernés. Ce suivi sera vérifié chaque mois.

Lire aussi : Sainte-Suzanne : les élus pénalisés financièrement en cas d’absences injustifiées

Budget primitif 2026 : un équilibre encore incertain à ce stade

À ce stade, la municipalité reste prudente sur l’équilibre du budget primitif, attendu d’ici la fin du mois d’avril. Le maire a indiqué que le travail d’analyse engagé avec les services municipaux et les experts se poursuivait afin d’identifier les marges de manœuvre et de définir les priorités.

Le conseil municipal s’est finalement terminé par un temps d’échange avec le public, invité à prendre la parole. "La parole n’est pas juste le fait des élus", conclut Alexandre Laï-Kane-Cheong, affirmant sa volonté d’associer davantage les habitants aux affaires de la commune.

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