Voile intégral : Divergence entre Abdullah Moolan et le conseil français du culte musulman

Issue de la réforme constitutionnelle de 2008, la résolution parlementaire participe plus de la déclaration d'intention que d'un processus normatif. Il s'agit ici, en tout cas officiellement, d'un préalable à la loi interdisant le port du voile intégral dans tous les espaces publics qui devrait être soumise au vote des parlementaires en juillet prochain.
Cette résolution a été adoptée à l'unanimité des votants (les communisteset les verts ayant préféré quitter l'hémicycle afin de ne pas participer "à la stigmatisation des musulmans") : l'UMP, le NC, le PS et le PRG ont voté le texte comme un seul homme, ou presque... Ou presque car Martine Aubry, première secrétaire du PS, s'est déclarée dans la foulée hostile au projet de loi gouvernemental qui, selon elle, serait inapplicable. "Une loi inappliquée, c'est la République bafouée", déclarait hier soir Martine Aubry. D'où cette question : une résolution symbolique qui fait l'unanimité (exception faite des communistes et des verts) n'est-elle pas préférable à une loi contestée qui risque d'être sinon impossible à appliquer, à tout le moins très délicate à mettre en œuvre ?
Le port du voile intégral est-il une obligation religieuse pour le conseil régional du culte musulman ?
Contacté ce matin, le président du conseil régional du culte musulman, Abdullah Moolan n'a pas souhaité prendre position sur l'adoption de cette résolution : "Nous en prenons acte, nous n'avons pas à discuter du bien-fondé d'un vote parlementaire". En revanche, concernant la future loi, Abdullah Moolan nous a fait part de son sentiment : "le Conseil d'État ayant donné son point de vue (la loi interdisant de façon générale et absolue le port du voile poserait des problèmes de conformité à la constitution ndlr), il appartiendra à chacun de prendre ses responsabilités le moment venu". Et le président du conseil régional du culte musulman d'ajouter : "la société française a des problèmes plus urgents à régler que celui du voile intégral porté par une minorité de femmes musulmanes, il faut arrêter de stigmatiser la population musulmane".
Enfin, pour Abdullah Moolan, "le port du voile relève de la liberté individuelle, la France étant un pays de liberté, un État de droit". Le conseil régional du culte musulman se refuse donc à condamner le port du voile intégral. En revanche, le conseil français du culte musulman recommande aux femmes françaises musulmanes de ne pas le porter, "car il ne correspond pas à une obligation religieuse et est une pratique ultra-minoritaire". Doit-on en conclure a contrario que cette pratique est, pour Abdullah Moolan, conforme aux prescriptions religieuses de l'Islam ? Quoi qu'il en soit, le président du conseil régional du culte musulman recommande aux femmes entièrement voilées de se découvrir dès lors qu'il existe "un besoin d'identification".


