"Visibilité et gage de qualité" : pourquoi le sucre de l’île de La Réunion vise l’IGP

Le sucre réunionnais a franchi une étape décisive vers la reconnaissance en indication géographique protégée (IGP). Par un arrêté publié au Journal officiel du 1er février 2026, l’État a homologué le cahier des charges de la dénomination “Sucre de l’île de La Réunion”, ouvrant la voie à la transmission du dossier à la Commission européenne.
Appelez-moi Sucre de l’île de La Réunion… C’est le nom qui pourrait figurer, dans un avenir pas si lointain, sur les packagings ici et en Europe, aux côtés du célèbre macaron jaune et bleu de l’IGP, bien connu des consommateurs européens.
C’est en tout cas ce qu’espère la filière canne-sucre, optimiste après le franchissement d’une première étape cruciale avec l’homologation par l’État français du cahier des charges.
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Le premier aboutissement de plusieurs années d’un travail collectif au sein de la filière canne-sucre réunionnaise. “La création d’une IGP est un processus long, partenarial, qui nécessite la consultation de l’ensemble des acteurs”, rappelle Sylvie Le Maire, présidente de l’association chargée de porter l’IGP et par ailleurs déléguée générale du syndicat du sucre de La Réunion. La poursuite de travaux lancés en 2021 dans le cadre des comités de transformation mis en place dans la foulée de la visite d’Emmanuel Macron.
Un objectif clair : valoriser l’origine et la qualité du sucre réunionnais.

Un label européen de qualité et d’origine
L’indication géographique protégée est un signe officiel européen qui garantit qu’un produit est lié à un territoire donné et qu’il respecte un cahier des charges précis, contrôlé par un organisme indépendant. Contrairement à une marque, l’IGP est un label public reconnu dans l’ensemble de l’Union européenne, au même titre que la mortadelle de Bologne, le sel de Guérande, la clémentine de Corse ou le riz de Camargue.
À l’échelle européenne, 1 353 produits bénéficient aujourd’hui d’une IGP, dont 260 en France, selon le ministère de l’Agriculture. Il s’agit principalement de produits agroalimentaires (148) et de produits du secteur viticole, avec 75 vins et 2 cidres, auxquels s’ajoutent 35 boissons spiritueuses disposant d’une indication géographique.
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Dans le cas du sucre de l’île de La Réunion, l’IGP porterait sur l’ensemble du processus : de la canne cultivée localement jusqu’à la transformation, au stockage, au conditionnement et à la mise en marché des sucres de qualité alimentaire. “Cent pour cent de la canne doit être d’origine réunionnaise et le sucre doit être entièrement produit à La Réunion, dans le respect des normes sociales et environnementales européennes”, précise Sylvie Le Maire.
L’IGP concernera “tous les sucres de qualité alimentaire produits à La Réunion à partir de canne réunionnaise, qu’il s’agisse des sucres blancs destinés à l’agroalimentaire ou de l’ensemble de nos sucres de spécialité, du blond clair au roux intense”.

Se différencier sur un marché très concurrentiel
Premier producteur européen de sucre de canne, La Réunion représente plus de 80 % des volumes de sucres de spécialité d’origine européenne commercialisés sur le marché européen. Ces sucres – blancs, roux, blonds ou intenses – sont toutefois en concurrence directe avec des produits issus de pays tiers, souvent sans indication claire de leur origine.
“L’IGP permettra d’identifier clairement le sucre de l’île de La Réunion et d’éviter toute confusion avec des sucres importés”, souligne la présidente de l’association. Le label est d’abord présenté comme un outil de sécurisation des débouchés et de fidélisation des clients, notamment auprès des distributeurs et des consommateurs européens attentifs à l’origine et à la traçabilité des produits.
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“Les consommateurs européens sont de plus en plus attentifs à ce qu’ils mangent. L’IGP leur apporte une garantie. Même s’ils ne connaissent pas forcément La Réunion, ils reconnaissent le logo et savent que le produit répond à un cahier des charges".
Quelles garanties pour le consommateur ?
Quelles garanties apporte l'IGP au consommateur ? "C’est la garantie que ce sucre est produit en Europe, à partir de canne réunionnaise, selon des normes sociales et environnementales européennes et dans le respect d’un cahier des charges contrôlé”, illustre Sylvie Le Maire.
Actuellement, certains distributeurs européens indiquent déjà l’origine réunionnaise du sucre sur leurs emballages, “mais l’IGP permettra de l’officialiser et de l’encadrer, avec une garantie reconnue dans toute l’Union européenne”. Tout le sucre contenu devra en revanche avoir été produit à La Réunion. Pas de mélanges possibles avec d’autres sucres.
La présidente de l’association en charge de l’IGP montre justement des packagings tchèques, espagnols ou allemands mettant déjà en avant l’origine de La Réunion. Le logo de l’IGP permettra de donner davantage de visibilité tout en apportant un gage de qualité.

Le feu vert de l’INAO
Pour porter le projet, une association spécifique a été créée en juin 2025, conformément aux exigences de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO). Elle regroupe l’ensemble des acteurs de la filière : planteurs (via les élus du CPCS), industriels sucriers et opérateurs de conditionnement et de mise en marché. Le cahier des charges, validé par l’INAO, encadre l’ensemble du processus de production sans imposer de contraintes supplémentaires aux planteurs, au-delà des règles déjà applicables dans le cadre de la production agricole européenne.
Les regards tournés vers Bruxelles
Avec l’homologation nationale, le dossier va désormais être transmis à la Commission européenne par l’État français. Une phase d’instruction s’ouvrira à Bruxelles, comprenant une procédure européenne d’opposition de trois mois. Pour l’homologation définitive, les délais peuvent varier de six mois à deux ans. “Nous espérons une reconnaissance d’ici la fin de l’année, même si la décision finale appartient à la Commission”, tempère Sylvie Le Maire.
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Dans l’intervalle, la dénomination “Sucre de l’île de La Réunion” bénéficie déjà d’une protection nationale transitoire, mais le logo européen IGP ne pourra être apposé sur les emballages qu’après l’enregistrement officiel au niveau communautaire.
Une seconde IGP pour La Réunion ?
À ce jour, la seule indication géographique protégée réunionnaise reconnue est la “Vanille de La Réunion”, qui a obtenu son IGP en août 2021 pour une reconnaissance en France et à l’international. C’est aussi la dernière à l’avoir obtenu en France, indique le ministère. Les producteurs avaient alors souhaité protéger ce produit emblématique de toute falsification, en définissant précisément ses étapes de production dans un cahier des charges strict.
Si elle aboutit, l’IGP “Sucre de l’île de La Réunion” deviendrait la deuxième IGP réunionnaise et la première IGP sucre en Europe, renforçant la visibilité et la protection des productions agricoles ultramarines sur le marché européen.


