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Campagne sucrière : les Jeunes Agriculteurs redoutent la fermeture d'exploitations

Ecrit par P.M. – le mercredi 24 décembre 2025 à 07H55

Malgré des mesures annoncées pour soulager les trésoreries, les Jeunes Agriculteurs Réunion estiment que la filière canne reste à un point de bascule. À l’issue d’une campagne 2025 marquée par des tonnages historiquement bas et une richesse très dégradée dans l’Est, leur président, Guillaume Sellier, alerte sur le risque de voir disparaître certaines exploitations dans les mois à venir. Il juge les mesures annoncées pour l'heure insuffisantes.

Selon les chiffres du Centre Technique Interprofessionnel de la Canne et du Sucre (CTICS), environ 1,13 million de tonnes de cannes ont été réceptionnées cette année, un volume quasiment identique à celui de 2024. Un niveau qui confirme la poursuite de tonnages parmi les plus faibles jamais enregistrés, loin des standards d’avant 2020.

Lire aussi : Canne : les Jeunes Agriculteurs tirent la sonnette d’alarme et réclament des mesures immédiates

Si les conditions climatiques plus favorables en seconde partie de campagne ont permis de limiter la casse, la richesse est restée à des niveaux très bas, en particulier dans l’Est. À Bois-Rouge, la richesse moyenne s’établit autour de 10,35, soit près de trois points en-dessous de la moyenne décennale. Au Gol, elle atteint 12,92, en recul par rapport à l’an dernier mais nettement supérieure à celle observée dans l’Est.

Pour les Jeunes Agriculteurs, cette situation se traduit directement par une chute des revenus et une forte dégradation des trésoreries, alors même que les charges de production restent élevées.

Des planteurs de plus en plus fragilisés

Anticipant les conséquences de cette fin de campagne, les Jeunes Agriculteurs avaient interpellé dès l’automne Tereos et l’interprofession afin que des mesures spécifiques soient mises en place pour éviter un pic de tensions financières.

En cause notamment : les trop-perçus liés aux avances de campagne, qui laissent aujourd’hui de nombreux planteurs redevables auprès de l’industriel, du fait d’une richesse bien inférieure aux prévisions. Une situation jugée d’autant plus préoccupante que, malgré les aides déjà mobilisées – reliquats de l’aide à la production en début de campagne et dispositifs exceptionnels après le cyclone Garance –, les pertes de revenus n’ont pas été compensées.

Le syndicat appelle les Etats généraux de la canne à passer de la "parole aux actes".

Des mesures pour lisser la trésorerie

Réunis en comité paritaire interprofessionnel de la canne et du sucre (CPCS), l’industriel et l’interprofession ont annoncé plusieurs décisions destinées à soulager les trésoreries à court terme.

Tereos a notamment acté le report de 400 000 à 500 000 euros de trop-perçus de campagne sur l’exercice suivant. Par ailleurs, 70 % de la recette issue de la bagasse-énergie, estimée cette année entre 17 et 18 euros par tonne, seront mobilisés pour rembourser une partie de ces trop-perçus.

Concernant le dispositif PAY’KAN, prêt interprofessionnel destiné au financement des intrants, les remboursements restants seront étalés sur les deux prochaines campagnes afin de limiter l’impact immédiat sur les exploitations.

Enfin, les reliquats de l’aide à la production, estimés entre 11 et 12 millions d’euros, sont attendus à partir de février. Une partie de cette enveloppe permettra notamment de compenser environ un point de richesse sur le bassin de Bois-Rouge.

“J’ai peur que pour certains, il soit déjà trop tard”

Si Guillaume Sellier reconnaît que ces annonces vont “dans le bon sens”, il estime qu’elles restent insuffisantes face à la gravité de la situation.
C’est mieux que rien mais le vrai problème reste celui des trop-perçus”, explique le président des Jeunes Agriculteurs. Dans les zones les plus touchées par la faiblesse de la richesse, il plaide pour des mesures exceptionnelles : “On parle surtout de reports de dettes. On pourrait aller plus loin et considérer que personne ne soit redevable cette année. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Sa principale crainte concerne le calendrier : “J’ai peur que, pour certaines exploitations, il soit déjà trop tard si on attend le versement des reliquats l’année prochaine.”

Le secrétaire général des JA, Laurent Tamon, partage cette inquiétude et redoute une défaillance rapide de petites exploitations, estimant que les conséquences de la campagne pourraient être “lourdes et rapides”.

Une intersaison décisive pour l’avenir de la filière

Malgré tout, les Jeunes Agriculteurs veulent rester optimistes mais lucides pour la prochaine campagne. Sans le cyclone Garance, la campagne 2025 aurait pu être bien meilleure, les conditions agronomiques ayant été globalement favorables.

Mais l’espoir d’un rebond repose désormais sur l’intersaison, insiste-t-il, période clé pour la fertilisation, l’entretien des parcelles et la replantation. Des investissements indispensables mais difficiles à réaliser sans trésorerie.

Guillaume Sellier appelle les États généraux à se traduire par des "actes concrets". Il regrette notamment l’absence de nouveaux engagements financiers régionaux et pointe les difficultés persistantes dans la gestion des dossiers d'aides européennes par le Département qui, selon lui, "n’incitent pas les planteurs à se projeter ni à replanter".

Dans ce contexte, les Jeunes Agriculteurs maintiennent leur alerte : sans décisions plus fortes et rapides, la filière canne pourrait entrer dans une phase de fragilisation durable.

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