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Un professeur de l'Université de La Réunion suspendu pour des actes ou agressions à caractère sexuel

Ecrit par Eric Lainé – le mercredi 18 juin 2025 à 05H47

Le 6 juin dernier, un éminent professeur de l'Université de La Réunion a été suspendu de ses fonctions pendant neuf mois par la section disciplinaire du conseil académique. Il a été “reconnu coupable de comportements et gestes inappropriés à l'égard d'étudiants” dont “certains relèvent d'actes ou agressions à caractère sexuel”. Récit.

Coup de tonnerre à l'Université de La Réunion où un professeur rattaché à l'UFR Santé vient d'être sanctionné par le conseil de discipline pour une série “de comportements inappropriés à l'égard d'étudiants ou d'autres personnes de l'établissement qui, pour certains, constituent des actes à caractère sexuel ou agressions à caractère sexuel, perturbant le bon fonctionnement de l'établissement”.

L'affaire éclate peu avant la rentrée 2024 bien que la situation soit connue depuis de longs mois déjà. Un témoin suggère que l'inertie de l'université n'est pas étrangère à la stature nationale voire internationale de l'enseignant incriminé. Celui-ci fait rayonner l'université par son excellence et sa grande productivité. Ce qui aurait pu inciter sa hiérarchie à fermer les yeux sur son comportement équivoque à l'égard des étudiants de sexe masculin.

Une affaire d'abord étouffée

Cette analyse n'est pas dénuée de fondement quand on sait qu'il a fallu attendre la nomination d'un administrateur provisoire à partir d'août 2024, en remplacement du président de l'université déchu, pour qu'une enquête administrative soit enfin ouverte “sur des accusations pourtant très graves” et “compte tenu de l'urgence de la situation”

Un jeune doctorant, qui entamait une carrière de chercheur sous la houlette du mis en cause, fait état de remarques sur son physique mais aussi de comportements et même de gestes déplacés. Il estime que le but de l'enseignant était de créer un climat propice à un rapprochement dépassant la simple relation d'étudiant à enseignant. Cette manière de faire aurait eu le don de détériorer le travail de l'étudiant, sa formation et ses travaux de recherche.

Bisous dans le cou”

L'étudiant doctorant n'est pas le seul à mettre en cause l'enseignant. Un membre du personnel non enseignant de l'université dit avoir été témoin de tels comportements déplacés. Il explique que le professeur faisait des remarques sur le physique de certains étudiants en sa présence. Plus grave encore, il fait état de “bisous dans le cou” ou de mains aux fesses.

Un enseignant-chercheur évoque, quant à lui, une ambiance malsaine qui règnait dans la section concernée. Il parle d'étudiants sélectionnés sur des critères physiques et de relations équivoques que l'enseignant entretenait avec eux. Celui-ci aurait profité de son statut pour instaurer un rapport de force qui les maintenait sous sa coupe en quelque sorte. 

Les relations étaient à ce point viciées qu'un doctorant aurait pris la poudre d'escampette pour achever son cycle d'étude ailleurs. Toujours selon l'enseignant-chercheur, le professeur visé par l'enquête interne aurait manifesté son étonnement en découvrant que des auditions le concernant étaient en cours. Il semblait surpris que des plaignants soient entendus alors qu'ils avaient accepté ces comportements anormaux.

Exigeant qu'ils soient rasés et en leur tapotant les fesses”

Un étudiant, qui a témoigné sous couvert d'anonymat, parle de gestes inadmissibles à son égard mais aussi envers d'autres camarades. Il décrit un enseignant qui enlaçait ses étudiants “en les touchant dans le dos, exigeant qu'ils soient tous rasés et en leur tapotant les fesses”, précise le rapport consulté par Zinfos974. Lui-même indique avoir souffert de cette situation quand son enseignant lui tapotait les fesses en lui lançant : “Tu devrais faire des squats”. Pour être plus agréable au toucher ? 

L'étudiant concluait “que cette situation le mettait, lui et ses camarades, grandement mal à l'aise”, résume le rapport. Le plaignant explique son absence de réaction en raison du statut de professeur d'université de l'intéressé.

Un autre doctorant confirme la préférence de l'enseignant pour les étudiants rasés de près qui sont “plus agréables à regarder”. Lui-même se serait senti dévisagé et observé de la tête aux pieds lors d'un entretien dans son bureau qui lui a fait ressentir une gêne profonde. 

Un enseignant-chercheur, ayant eu à travailler avec le mis en cause pendant de longs mois, rapporte cette même obsession pour le rasage avec cette formule récurrente : “Tu devrais te raser, ça t'irait bien”. Il précise qu'il lui a fallu manifester son agacement et sa fatigue avec fermeté pour que ce type de remarque cesse définitivement.

Oh j'adore ton petit cul !”

Une enseignante-chercheuse relate avoir reçu les confidences de plusieurs étudiants qui se plaignaient de cette obligation qu'il faisait peser sur eux d'être rasés de frais et de se tenir au plus près de lui. Elle parle d'une relation de dépendance forcée. Elle confie avoir été témoin d'une scène particulièrement humiliante où l'enseignant a touché les fesses d'un étudiant en lui disant : “Oh j'adore ton petit cul !”

Un second témoin, déposant sous couvert d'anonymat, raconte avoir été embrassé sur le front par surprise et sans son consentement en 2019. Il indique que l'enseignant lui a “tapoté les fesses” mais aussi touché les épaules, les hanches et les cuisses. Entre autres remarques sur son physique, il précise aussi qu'il l'a embrassé sur la joue en lui tenant le visage et en lui disant : “Tu es très beau.” Il livre encore une série de réflexions adressées à d'autres étudiants du style : “Il a mis son petit short moulant pour me faire plaisir”, “mon chéri”, “tu sais que je t'aime”, etc...

C'est normal je suis méridional, c'est comme mes enfants”

Un autre dit avoir été témoin de bisous sur la joue mais aussi de “pinçages de fesses” dont il précise qu'ils étaient “passés dans les moeurs”. Lors d'un congrès à l'étranger en 2019, il raconte comment l'enseignant est entré dans la chambre des doctorants et qu'il a touché les fesses de l'un d'eux. Repris de volée, il aurait rétorqué que “c'était amical, il ne faut pas le prendre comme ça”.

Pour sa part, un directeur de l'école doctorale a évoqué dans un courriel des gestes et attitudes paternalistes et chaleureux pouvant être considérés comme des gestes à caractère sexuel. Convoqué pour répondre de son attitude très tactile, l'enseignant mis en cause aurait dit : “C'est normal je suis méridional, c'est comme mes enfants.” Le même directeur avait fait état de signalements émanant de plusieurs étudiants. Lesquels n'ont pas confirmé leurs dires au cours de la phase d'instruction qui s'est tenue en décembre 2024 et en janvier 2025.

Pour sa défense, le professeur d'université a systématiquement balayé d'un revers de main les accusations portées à son encontre par huit plaignants ou témoins en les qualifiant “d'allégations de prétendues victimes”, de surcroît non datées. Il parle parfois encore “de partialité” ou d'une trop grande proximité entre plaignants et témoins.

Signalement à la justice ?

En dépit des dénégations du professeur d'université incriminé, les juges disciplinaires “demeurent intimement convaincus, au-delà de tout doute raisonnable, que le déféré s'est bien rendu coupable envers plusieurs étudiants d'un comportement anormal dans l'exercice des missions d'un enseignant-chercheur qui, pour certains, peuvent être légitimement qualifiés d'actes ou d'agressions à caractère sexuel, commettant de ce fait des fautes disciplinaires”. Dans ses conclusions, les trois juges estiment encore que “le déféré a perturbé le bon fonctionnement de l'établissement. Ce qui constitue également une faute disciplinaire qu'il convient de sanctionner”.

Considérant qu'il a déjà été suspendu à titre conservatoire depuis juin 2024, la section disciplinaire l'a condamné de façon exécutoire à une interdiction d'exercice de toutes fonctions d'encadrement de recherche et de stages d'étudiants et de jeunes chercheurs de tous niveaux pour une durée de neuf mois, avec privation de la moitié de son traitement. Le professeur mis en cause peut néanmoins faire appel de la décision dans un délai de deux mois.

Une question reste cependant en suspens : le parquet de Saint-Denis a-t-il été saisi au moyen d'un article 40 de la part de l'université ? “La direction des affaires juridiques de l'université nous avait dit que des suites pénales étaient possibles si nous le souhaitions. Mais je vous avoue qu'il a déjà été difficile d'obtenir cette décision en interne...”, confie un étudiant. Pour sa part, l'actuel président de l'université n'a pas souhaité apporter de commentaire. Il nous a fait savoir que la décision de la commission de discipline était souveraine et qu'il était respectueux de son indépendance. Mais selon nos informations, le président n’a pas utilisé l’article 40. Une consultation est en cours à ce propos.

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