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"Un outil démocratique" : ces candidats qui défendent les voitures sono à La Réunion

Ecrit par P.M. – le dimanche 8 mars 2026 à 14H07
A Saint-André,Laurent Virapoullé sillonne toute la journée la ville avec son micro et sa voiture sono.

Certains candidats ont décidé de se passer des voitures sono durant la campagne municipale. D’autres continuent au contraire de les utiliser pour sillonner les rues et les écarts, estimant qu’il s’agit d’un outil de communication indispensable et adapté à La Réunion.

Tradition pour certains, nuisance pour d’autres, les voitures sono animent la campagne... même quand elles ne roulent pas. Dans l’Est, elles ont repris depuis le début de la semaine leur tournée des quartiers, diffusant messages de campagne, annonces de meetings et musiques des candidats, un autre incontournable des municipales.

La voiture sono, on l’aime ou on ne l’aime pas, mais elle ne laisse personne indifférent.

Codes couleurs

Relevant presque de la tradition, les voitures sono traversent le temps et continuent de marquer le paysage des campagnes municipales à La Réunion avec une particularité cette année et un casse-tête pour les équipes des candidats qui doivent rivaliser d’ingéniosité pour rappeler l’identité de leur candidat.

Selon plusieurs d’entre eux, la réglementation interdit désormais de coller l'affiche des candidats sur les voitures. Raison pour laquelle la plupart apparaissent entièrement blanches. Une interdiction bravée par plusieurs d'entre eux. D'autres ont fait le choix de la couleur pour rappeler les codes de la campagne, à l'image des cinq voitures sono de Laurent Virapoullé à Saint-André.

A Saint-Benoît, Jean-Hugues Ratenon et ses colistiers sillonnent la ville à l'aide de 5 voitures sono.

Des candidats qui s’en passent

Mais, pour un nombre croissant de candidats, la voiture sono ne fait plus partie des moyens de campagne.

À Saint-Pierre, Jonathan Rivière a lancé le débat. Le candidat divers droite estime que les pratiques de campagne doivent évoluer et appelle à renoncer à ce dispositif au nom du respect de la tranquillité publique.

Plusieurs autres candidats de la commune ont rejoint cette position en signant un communiqué commun : “Nous, candidates et candidats soussignés, engagés dans la campagne des élections municipales à Saint-Pierre, affirmons collectivement notre volonté de conduire un débat respectueux, digne et apaisé", signent de concert David Lorion, Ruth Dijoux, Jonathan Rivière et Jean-Gaël Anda Sita.

Perturbation du cadre de vie

“Conscients de l'importance de préserver la tranquillité et la quiétude des Saint-Pierroises et des Saint-Pierrois, nous prenons l'engagement commun de ne pas recourir à l'utilisation de voitures sono durant la période de campagne électorale (...) La vitalité démocratique peut s'exprimer sans perturbation du cadre de vie", poursuivent les quatre candidats. Une première à l'échelle d'une commune.

Dans d’autres villes, certains candidats ont eux aussi fait le choix de ne pas utiliser ce dispositif, à l'image de Cindy Barbe-Robert, à Salazie.

Les affiches étant désormais interdites sur les véhicules les candidats doivent redoubler d'ingéniosité en pariant notamment sur la couleur pour rappeler celle de leur campagne, comme ici pour le candidat de Saint-André.
Photo Julien Delarue.

Un usage de plus en plus encadré

Dans plusieurs communes, les véhicules sont autorisés mais dans un cadre précis.

À Saint-Benoît, un arrêté municipal encadre leur circulation durant la campagne électorale. Entre le 2 et le 20 mars 2026, à l’exception des 14 et 15 mars, les voitures sonorisées peuvent circuler sur les voies communales : de 9 heures à 12 heures le matin et de 13 heures à 18 heures l’après-midi.

Les conducteurs doivent également veiller à ne pas troubler la quiétude des pensionnaires des complexes hospitaliers, des centres de santé, des crèches ou des établissements scolaires.

À La Plaine-des-Palmistes, un message a également été adressé aux candidats afin de réduire significativement le volume sonore lors du passage à proximité de certains établissements sensibles. L’objectif est de maintenir la tranquillité publique tout en garantissant la liberté d’expression des candidats.

Ratenon : " Ça fait partie de l’ambiance électorale"

Pour de nombreux candidats toutefois, la voiture sono reste un outil de campagne indispensable. C'est notamment le cas de Jean-Hugues Ratenon à Saint-Benoît ou de Laurent Virapoullé à Saint-André. Chacun dispose d'une flotte de véhicules qui sillonnent la ville tout au long de la journée pour diffuser des messages et permettre des prises de parole improvisées, orchestrées par des colistiers ou le candidat lui-même. Au pied d'un immeuble, sur une place, à un coin de rue, l'espace public est ouvert.

Adepte de longue date des voitures sono, Jean-Hugues Ratenon explique avoir cependant adapté l’équipement de ses véhicules afin de limiter les nuisances sonores.

Plusieurs véhicules

“Oui les voitures sono restent importantes même si on a aménagé nos véhicules notamment. On n’utilise plus les cornets parce que ça agresse les oreilles. On a des baffles. Il y a un réglage spécifique afin justement de protéger les gens, le bien-être des gens.”

Le candidat indique disposer de cinq véhicules répartis sur différents secteurs de la commune.

“Nous avons cinq véhicules sur le territoire, cinq équipes dans cinq secteurs. On diffuse des messages pour inviter les gens aux réunions. Mais aussi ce sont des prises de parole plusieurs fois dans la journée.”

Pour lui, ce dispositif répond également à une attente d’une partie de la population : “Les gens demandent aussi la présence de sono parce que ça fait partie de notre folklore. Ça fait partie de l’ambiance électorale.”

Pour Jean-Hugues Ratenon, l'outil permet également de toucher des habitants qui ne disposent pas forcément d’accès aux réseaux sociaux ou à internet.

Laurent Virapoullé : "Ici, on aime les campagnes ambiancées"

À Saint-André, Laurent Virapoullé va dans le même sens et assume également pleinement l’utilisation de la voiture sono durant la campagne.

Le candidat sillonne la commune toute la journée avec son micro pour enchaîner les prises de parole dans différents quartiers, avant d’organiser des réunions publiques en fin de journée.

Pour lui, ce dispositif constitue un outil essentiel de communication politique.

Campagne ambiancée

“C’est un outil démocratique. C’est un outil traditionnel. Beaucoup de gens restent attachés à cette façon de faire de la politique.”

Selon lui, les voitures sonorisées permettent d’atteindre des habitants qui ne suivent pas nécessairement l’actualité politique sur internet ou les réseaux sociaux.

“Il y a des personnes âgées qui n’ont pas forcément accès aux médias. Il y a des familles à la maison pendant les vacances scolaires. On met un peu d’ambiance dans les quartiers.”

À ses yeux, la voiture sono c'est un peu de La Réunion : "Ici, on aime les campagnes ambiancées. À Saint-André, on essaye de maintenir la tradition.”

Un membre de l'équipe de Michel Vergoz confirme : "Les gens attendent ça, les gens aiment ça".

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