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[Enquête] Endométriose : quand tout bascule au bloc

Ecrit par Sophie Fontaine – le mercredi 25 juin 2025 à 16H24

Après le témoignage de Shirley Dhinn, plusieurs femmes affirment à leur tour avoir subi des interventions gynécologiques sans consentement éclairé au CHU de La Réunion. Toutes pointent le même praticien. Ce dernier dénonce un "tribunal médiatique" et répond à nos questions sur ses pratiques chirurgicales. Un dossier de la rédaction

L'ablation de l'utérus de Shirley Dhinn fait écho chez d'autres femmes

En 2016, Shirley Dhinn, patiente au CHU de La Réunion, devait subir une ablation des ovaires pour soulager les douleurs liées à l'endométriose. L'intervention avait été confiée au professeur Peter Von Theobald, le spécialiste dans le domaine sur l’île. Elle découvre à son réveil que l’opération a abouti à une ablation de son utérus.

En cours d’intervention, le praticien aurait décelé de l’adénomyose et pris la décision d'effectuer une hystérectomie, tandis que la patiente était déjà sous anesthésie.

Shirley Dhinn a vu son dossier examiné par la commission de conciliation et d’indemnisation (CCI) en novembre 2024. Le 13 février 2025, cette instance a statué en faveur d’une indemnisation à la charge du CHU "pour défaut d’information", mettant en lumière un cas de violences gynécologiques.

Après la révélation de son histoire en mai dernier par Mediapart, relayée par de nombreux médias locaux et nationaux, Shirley Dhinn confie avoir reçu de nombreux témoignages d’autres femmes qui se disent elles aussi victimes de violences gynécologiques, lors d’interventions réalisées dans des circonstances similaires, par le même praticien au CHU de La Réunion. La porte-parole malgré elle de la lutte contre les violences obstétricales et gynécologiques à La Réunion a ouvert un espace en ligne pour les personnes concernées. “Écorchées vives”, c’est le nom de la page Facebook lancée par plusieurs d’entre elles pour échanger, s’écouter, se soutenir.

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Roumie*, fait partie de celles qui se sont reconnues dans le témoignage de Shirley. En 2014, le praticien lui fait part d’un diagnostic d’endométriose et lui propose une intervention pour enlever les lésions. Elle découvre à son réveil qu’elle a subi finalement diverses autres interventions et s’ensuivent de nombreuses complications et une reconnaissance de handicap.

Plus de 10 ans plus tard, les douleurs qu’elle décrit sont comparées à “des plaies sur lesquelles on verse de l’alcool”, “des coups de poignard”, ou encore "la sensation d’avoir les intestins broyés”.

*Nom d'emprunt  

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Cathy* porte aujourd’hui elle aussi les stigmates d’un parcours médical cauchemardesque.
Se rendant au bloc pour une opération pour des kystes ovariens, pratiquée par le même chirurgien, toujours au CHU de La Réunion, elle dit avoir frôlé la mort.

*Nom d'emprunt

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Von Theobald
Pr Peter Von Theobald, chef du service de gynécologie du site nord du centre hospitalier universitaire (CHU) de La Réunion

 

"J'ai mis tout mon cœur à l'ouvrage (...) Je n'ai vraiment jamais eu l'intention de nuire à quiconque"

Sollicité par la rédaction, le professeur Peter Von Theobald a accepté de répondre à nos questions. Il dit se considérer comme victime d’un “tribunal médiatique”. Ne pouvant pas s’exprimer sur un cas précis en raison du secret médical, le praticien avance qu’il aurait aimé “pouvoir se défendre”. Spécialisé en endométriose, il souligne les difficultés de diagnostic en la matière et indique avoir traité en particulier des cas graves, pour qui les risques de complications sont les plus fréquents.

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"J'ai la conscience nette que je fais de mon mieux"

Concernant le rapport de la CCI, le professeur Peter Von Theobald revient sur certains éléments. Il assure avoir informé ses patientes des éventualités en amont du déroulé de chaque intervention, bien qu’“on ne fasse pas un verbatim de ce qu'on dit au patient”.

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Les conclusions expertales de la Commission de conciliation et d'indemnisation indique "que la prise en charge de Mme DHINN par le Pr Von Theobald n'a pas été conforme aux règles de l'art". Aucun accord n'ayant été trouver entre le CHU, en charge de l'indemnisation dans ce cadre et la patiente, celle-ci s'est pourvue au tribunal administratif. "C'est une démarche qui est en cours et sur laquelle on ne peut rien dire pour l'instant”, conclut-il.

 

Etiquettes : CHU | Peter Von Theobald

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