Les précisions du professeur Peter Von Theobald sur ses pratiques chirurgicales

Sans pouvoir évoquer le dossier de Mme Dhinn, le professeur Peter Von Theobald répond aux questions de Zinfos974 sur ses pratiques chirurgicales en matière d’endométriose. “Ça fait 42 ans que je fais de la gynécologie obstétrique, 50 ans que je fais de la médecine. J'ai opéré environ 10 patients par semaine, vu entre 60 et 80 patients en consultation par semaine, toute ma carrière”, indique-t-il en préambule.
Zinfos974 : Dans le cas de Mme Dhinn, le rapport de la Commission de conciliation et d’indemnisation (CCI) conclut que la prise en charge “n'a pas été conforme aux règles de l'art”, qu’en pensez-vous ?
Le professeur Von Théobald : Ils ont commis un expert qui est un oncologue, qui ne connaît pas l'endométriose, qui connaît le cancer, c'est une autre maladie.
Ce même rapport de la CCI dresse une liste de préjudices indemnisables à la charge du CHU. Cela signifie-t-il qu’il y a eu une erreur ?
Elle n'a rien obtenu. La Commission de conciliation et d'indemnisation est là pour trouver un arrangement amiable entre l'assurance du CHU et il n'y a eu aucun accord. Elle s'est pourvue au tribunal administratif. (…) C'est une démarche qui est en cours et sur laquelle on ne peut rien dire pour l’instant.
On vous reproche un “manque d’information”. Comment présentez-vous les options qui s'offrent aux patientes, étant donné la complexité que vous décrivez à poser un diagnostic ?
Avant une opération, il y a deux, trois ou quatre consultations avec les patientes. On ne fait pas un verbatim de tout ce qu'on leur dit. On marque quelques mots en résumé, mais on ne fait pas un verbatim de toutes les hypothèses, de toutes les questions de la patiente, et de toutes nos réponses. C'est un échange singulier, qui est riche, qui est important et qui est répété.
Après la médiatisation de l’affaire Shirley Dhinn, plusieurs de vos anciennes patientes s’expriment. Elles indiquent avoir subi une opération différente de celle prévue initialement, sans y avoir consenti. Elles disent souffrir de graves complications. Avez-vous une réaction ?
Pourquoi elles ne se sont pas manifestées à moi ? Pourquoi les gens ne reviennent pas me voir ? (…) Je n'ai jamais fermé ma porte aux gens s'ils voulaient discuter avec moi pour savoir pourquoi telle ou telle décision a été prise.
Et puis, quand on est dans la souffrance, on cherche un responsable à sa souffrance. À partir du moment où on trouve quelqu'un qui est responsable de la souffrance, on oublie qu'on avait déjà une souffrance antérieure et on va attribuer toute la souffrance qu'on a à l'opération qu'on a subie. Et on oublie un peu ce qui s'est passé avant.
Ce sont des mécanismes psychologiques que je comprends. Et je ne peux rien y faire. Il faudrait qu'elles viennent discuter avec moi. (…) Il y a des patientes qui sont venues me voir, on a discuté.
Donnez-vous systématiquement des explications post-opératoires aux patientes en cas de complications ?
Il y a toujours une consultation post-opératoire. Et il y a toujours des explications. Et des fois, ça se complique sans qu'on sache pourquoi.
Quand vous avez un cas très compliqué, vous avez plus de risques de complication. Et donc, on va davantage sensibiliser les patients sur ces risques (…) Il y a pas mal de patientes aussi qui ont eu un suivi post-opératoire quand elles ont eu besoin de rééducation, de psychologie, etc. Ce sont des choses que nous prenons en charge tous les jours au CHU.
Le médecin est là pour essayer de bien faire. C'est quelqu'un de bienveillant. Ce n'est pas quelqu'un qui est contre les patients.
Pourquoi des patientes se lanceraient-elles dans un bras de fer avec l'hôpital, avec vous, qui va durer pendant des années, sur la base de données erronées ?
Vous connaissez la hauteur des indemnisations ?
Non.
C'est des millions… Les gens amassent des fortunes. Ça vaut le coup de faire du buzz. Alors, je ne parle pas d’un patient en particulier…
Avez-vous déjà eu affaire à la Commission de conciliation et d’indemnisation par le passé ?
J'ai été saisi plusieurs fois par la commission pour des complications opératoires. (…) En tant que chirurgien, actuellement, vous avez une dizaine de plaintes suivies sur votre carrière. Et c'est quelque chose qui augmente de génération en génération. C'est la demande du geste parfait. Enfin, c'est un fait de société.
Autrefois, quand j'ai commencé, les gens ne se plaignaient jamais. Le médecin avait toujours raison. Et puis, les choses ont évolué, et elles évoluent de plus en plus. Alors, peut-être qu'on va arriver dans un excès inverse à l'américaine. (…) Après, le buzz médiatique est très important. Ça fait monter les prix aux États-Unis. On le voit bien. Quand les procès se font et qu'ils sont bien médiatisés, les indemnités sont plus importantes. Alors, je ne sais pas si, en France, c'est pareil. C'est à voir. Mais c'est quelque chose qui vient petit à petit. On s'américanise.
Estimez-vous avoir commis une faute ?
Personnellement, je pense que j'ai fait mon métier et que j'ai fait mon travail comme je l'ai fait avec toutes mes patientes. J'ai la conscience nette que je fais de mon mieux.
J'ai eu des complications opératoires puisque j'ai les cas les plus difficiles, donc j'ai plus de complications que les autres. Il faut enlever des intestins, enlever un rein, enlever… Enfin, c'est des cas très compliqués. Et toute ma vie, j'ai fait ça.
Quelle a été l’issue des expertises précédentes de la CCI en ce qui vous concerne ?
Je n'ai jamais été condamné pour faute. J'ai été “condamné”, des fois, pour défaut d'information parce que les choses n'ont pas été tracées. Comme je vous le dis encore une fois, on ne trace pas tout ce qu'on dit. Alors après, c'est parole contre parole. Et dans ce cas-là, les caisses d'indemnisation favorisent, bien sûr, les gens qui souffrent. Et ça ne me paraît pas une ineptie non plus.
Lire aussi : Diagnostic d'endométriose, interventions, risques et complications : les réponses du professeur Peter Von Theobald


