Revenir à la rubrique : Société

Scancar à Saint-Denis : "Notre objectif, c’est de rendre le centre-ville attractif"

Elle s’est fondue dans le décor des rues dionysiennes et demeure à ce jour la seule et unique du territoire réunionnais et même de tous les DOM. La scancar est redoutée des usagers de la route à la recherche d’une place dans Saint-Denis sans quoi une amende forfaitaire de 17 euros les guette après le passage d'un agent. Loin de l’idée de faire pleuvoir les PV un objectif, au contraire les dirigeants de la Sodiparc nous expliquent que le but recherché est de rendre le centre-ville attractif. Un concept contre-intuitif qu'ils nous expliquent au travers de cet entretien.
Ecrit par Ludovic Grondin – le mardi 7 novembre 2023 à 07H00
Nicolas Rupert (à droite et à côté d'un conducteur de la scancar) : "C’est plus facile pour les gens d’aller invectiver nos agents que le LAPI !"

Zinfos : Quel bilan tirez-vous de l’apport de la scancar ?

Nicolas Rupert (directeur général Sodiparc) : L’usager lambda qui a besoin de stationner, s’il n’y a pas de contrôle de stationnement, pas de rotation de la place, eh bien il ne trouve jamais de place donc c’est bien ça le principe même d’un contrôle stationnement efficace. L’objectif de Sodiparc ce n’est pas de mettre des FPS (forfaits post-stationnement) à tout-va. Ce n’est d’ailleurs pas là-dessus que Sodiparc est rémunéré. C’est important de le dire : Sodiparc n’est pas rémunéré au nombre de FPS. Nous on est rémunérés au niveau de ce qui entre dans les horodateurs. Donc si j’en mets 100, 1000 ou 10 000 FPS,… pour moi c’est la même chose ! Par contre, pour le centre-ville ce n’est pas la même chose. Si on ne met pas suffisamment de PV, si on ne fait pas suffisamment de contrôles, il n’y a pas de rotation de places, il n’y a pas de dynamisation du centre)ville et le centre-ville meurt !

Avez-vous une obligation pour effectuer tant de passages par jour ?

On a un marché « contrôle stationnement » qui nous impose un nombre de contrôles mais pas un nombre de FPS, tout simplement parce que ça ne dépend pas de nous. Dans une situation idéale, on aurait zéro FPS car tout le monde aurait payé donc notre contrat avec la mairie ne comprend pas d’objectif FPS (forfait pour le stationnement). On doit faire autour de 30.000 contrôles par mois.

Ce sont 30 000 passages de la scancar ?

Non, ce sont les contrôles manuels des ASVP (agents de surveillance de la voie publique).

Donc vous devez vérifier au moins 30 000 immatriculations différentes ?

Pas forcément, il peut y avoir plusieurs contrôles sur une même plaque d’immatriculation, mais à différents moments de la journée. La même immatriculation, je peux la voir 4 fois dans la journée par exemple. 3 fois elle est conforme, la 4ème fois elle a dépassé le temps et il faut payer. Donc c’est ça qui est important pour nous, faire un nombre minimum de contrôles pour aller vers la redynamisation du centre-ville.

Est-ce que le LAPI a contribué à amplifier le nombre d’amendes ?

Kadir Rassay (directeur stationnement à la Sodiparc) : Je ne parlerais pas forcément d’une évolution du nombre d’amendes, je le verrais plutôt positivement dans le sens où il y a un meilleur taux de respect sur la voirie. C’est-à-dire que l’arrivée de la LAPI et des nouvelles méthodes de contrôle mettent en évidence que les gens, maintenant, respectent plus les règles du stationnement en centre-ville. Et je ne vais pas vous mentir, oui au début il y a eu une évolution du nombre de FPS bien évidement mais progressivement ces dernières années, les gens font plus attention, respectent et payent leur stationnement tout simplement.

Nicolas Rupert : J’ai en tête deux chiffres avant l’arrivée du LAPI : il y avait un taux de rotation de la place qui était de 1,6 et maintenant le taux de rotation de la place est de 1,9. C’est-à-dire que sur une place auparavant, il y avait 1,6 véhicules à la journée, donc pas mal de voitures ventouses en quelque sorte. Avec l’arrivée du LAPI on est passé à 1,9. On a donc moins de voitures ventouses et plus de places disponibles en centre-ville.

Kadir Rassay : Ça nous a permis d’améliorer la rotation en centre-ville. Quelque part, mine de rien, pour l’usager ça améliore la recherche d’une place car c’est plus rapide. Donc LAPI c’est véritablement un outil dans un ensemble mis en place par la Sodiparc.

Je reviens sur le nombre d'amendes dressées. Quel impact a eu la scancar ?

On a un taux d’émission de FPS l’an dernier qui est de 12,3% par rapport au nombre de contrôles réalisés en centre-ville. A titre de comparaison, à Montpellier, il y a un taux d’émission de 16%.

Nicolas Rupert : Ça veut dire que le stationnement payant est mieux respecté à Saint-Denis qu’à Montpellier ! C’est simple, parce que quand on a 12% des contrôles qui aboutissent en FPS, ça veut dire qu’on a quand même 88% de gens qui ont payé. En fait il y a un fantasme sur le stationnement comme quoi les gens ne veulent pas payer etc. mais je prends mon cas personnel, je suis directeur général de Sodiparc, quand je vais en centre-ville, je paye mon stationnement. Pourtant j’ai un véhicule Sodiparc et tous les agents connaissent mon véhicule. Je dis aux agents : « scannez mon véhicule, vous verrez, la place a été payée ! »

Le stationnement payant est mieux respecté à Saint-Denis de La Réunion qu’à Montpellier

Dans votre rapport d’activité de l’année 2021, la section "stationnement voirie" est mentionnée comme la plus génératrice de recettes, vous confirmez ?

Nicolas Rupert : Pour une raison assez simple, c’est parce que dans nos parkings du centre-ville de Saint-Denis, c’est majoritairement des abonnés. Et sur la voirie, notamment en zone orange, ce sont des personnes qui sont de passage donc forcément le nombre de rotations est plus important, donc la fréquentation est plus importante. Ça, ça fait clairement la différence.

A aucun moment, il n’est fait mention du nombre d’amendes distribuées dans vos rapports d’activité. Pourquoi ?

Dans les rapports d’activités, c’est tout à fait normal que vous n’aillez rien sur le nombre de FPS parce que, encore une fois, ce n’est pas là-dessus que l’on est rémunérés. Encore une fois, le FPS ça reste un outil, la rémunération de Sodiparc c’est vraiment ce qui rentre dans l’horodateur, ce sont les gens qui payent. Les gens qui n’ont pas payé et qui récoltent un FPS, leurs sous ne vont pas à la Sodiparc mais à la mairie. Il y a une redistribution après au niveau de la CINOR. C’est un schéma classique dans toutes les villes comme Saint-Denis : la ville collecte les montants des FPS puis reverse à l’autorité organisatrice des mobilités qui est donc la CINOR.

Vos recettes sont-elles affectées aux actionnaires à chaque fin d’exercice ?

En gros, être actionnaire chez Sodiparc ce n’est pas générateur de bénéfices. Nous avons onze actionnaires au total, qui touchent depuis 30 ans 28 000 euros, à se partager entre onze ! Je connais des entreprises privées qui donnent beaucoup plus d’argent à leurs actionnaires… (rires). En fait la Sodiparc a un système assez particulier de réutilisation des ressources. On est une SEM donc on est là pour travailler sur le tissu social et économique de notre environnement. Notre environnement c’est la CINOR. Les recettes que l’on génère ne sont pas là pour enrichir des actionnaires. La preuve : 28 000 euros à partager entre onze… c’est un actionnariat qui est symbolique. Par contre, ces recettes-là permettent de réinvestir sur des outils, notamment « Cocoparks », l’outil de guidage vers la place de stationnement, qui a coûté 60 000 euros à Sodiparc, et qui ne coûte rien à l’usager. Il y a aussi le renouvellement des horodateurs ou encore acheter des bus.

Kadir Rassay : On a renouvelé environ 30% du parc sur une dizaine d’années et ça va continuer.

Quand on parle d’automatisation, on imagine que la contrepartie c’est la suppression d’emplois. Quelle est la réalité depuis 2018 et l’arrivée de la LAPI ?

C’est clair, la scancar ne détruit pas d’emplois. Ça c’est clair et net. Au contraire chez nous, de mémoire on devait avoir six ou sept agents ASVP et maintenant on est à 9, bientôt 10 après le retour d’un arrêt maladie longue durée. Au contraire, on peut dire que l’outil permet de mieux travailler. Mais jamais la scancar ne remplacera l’agent verbalisateur parce que la scancar n’a pas le droit de verbaliser. Il faut obligatoirement un humain qui vienne, qui flashe la voiture et qui prenne une photo de la voiture en situation. La scancar ne fait que passer, elle prend un numéro d’immatriculation et elle consulte la base de données. La base nous dit « ok » ou « pas ok » et donne à l’agent la localisation du véhicule, c’est tout. À la limite, on aurait pu se passer de la scancar mais on a voulu le faire pour améliorer le contrôle.

Et on a chez nous, ça arrive trois ou quatre fois par mois, des ASVP qui portent assistance par exemple à des personnes qui ont fait un malaise. L’image des pervenches qui sont là que pour verbaliser c’est faux. Au contraire, nos agents viennent en aide régulièrement aux personnes dans le centre-ville. Ils signalent régulièrement des agressions, des égouts bouchés ou retrouvent des portefeuilles. On est en complément de la police municipale. On ‘pouake’ les gens qui n’ont pas payé évidemment parce qu’il faut des règles, mais on en aide beaucoup aussi.

Est-ce qu’il y a de la déperdition ? Entre le moment du scan et l’arrivée des agents, si la voiture qui n’a pas payé sa place est partie, est-elle pour autant verbalisée ?

Oui, on peut appeler ça de la déperdition. Lors de ce laps de temps, la voiture peut être partie en effet. Il faut absolument la présence d’un agent verbalisateur donc la voiture partie ne pourra pas être verbalisée.

Est-ce que la seule visibilité des agents sur le terrain est dissuasive ?

Aujourd’hui, quand on arrive en centre-ville, on a trois moyens de payer, il ya l’horodateur pour payer directement, on peut payer avec Flowbird, on peut payer avec Paybyphone. Donc dire que « je n’ai pas eu le moyen d’aller payer », c’est faux, c’est pas possible. En plus, on a ajouté la gratuité pour les quinze premières minutes depuis le 1er aout. Il s’agissait d’une requête des commerçants et de la ville de Saint-Denis. Encore une fois, notre objectif ce n’est pas de faire de l’argent, notre objectif c’est de rendre le centre ville attractif.

La scancar a été déployée dans certaines villes ces dernières années, dans quel but ?

C’est pour cela que je vous dis que le LAPI c’est un outil. Pour bien mettre en place le stationnement payant, il faut savoir ce qu’il se passe. Trop souvent il y a des villes qui disent : « je vais mettre les parkings payants et ça va améliorer les choses. Non ! D’abord il faut comprendre ce qu’il se passe donc on envoie, nous, sur la requête des villes, notre scancar. On l’a fait à Cilaos, à Saint-Paul, on va le faire à Saint-Benoît, on le fait un peu partout. On vient voir les habitudes de stationnement des gens. Ça permet aussi de casser certaines idées préconçues. On entend tout le temps : « il n’y a jamais de place en centre-ville de Saint-Denis ». On a des études qui prouvent qu’il y a tout le temps de la place en ville de Saint-Denis, sauf qu’il faut chercher. Et à Saint-Paul c’est ce qui s’est passé. Ils voulaient comprendre donc on leur a mis à disposition le LAPI.

Kadir Rassay : Le LAPI nous permet effectivement d’acquérir des données qui nous permettent à la fin d’avoir un observatoire du stationnement et des statistiques pour comprendre les habitudes quotidiennes des usagers. A quelle heure ils viennent, à quelle heure ils partent, à quel moment j’ai de la place ?

Pourquoi depuis 2018 et l’arrivée de la scancar à Saint-Denis n’a pas essaimé dans d’autres villes ?

En effet, on est la seule ville d’outre-mer à avoir un LAPI. Je pense que c’est lié à la volumétrie. Un LAPI c’est un investissement qui est conséquent et si on n’a pas une volumétrie importante,… Prenons l’exemple de Cilaos, il n‘y a qu’une rue où ils comptent à l’avenir, peut-être, mettre du stationnement payant. Pour une rue, des agents suffisent. Sur Saint-Denis, on a un périmètre qui est quand même important avec un nombre de rues importantes. Là on a eu besoin d’un outil où on peut faire plein de scan à la suite.

Est-ce que des villes se sont montrées intéressées par le LAPI mais qui ont finalement découvert la réalité ?

Alors, par le LAPI non, par contre il y a des villes qui sont intéressées par la réglementation de leur espace de stationnement. Beaucoup de villes ne savent plus comment gérer le flux des voitures et commencent à s’interroger de savoir comment ça fonctionne chez eux. Nous on a eu des commandes d’études. Grâce au LAPI, on peut leur donner des données très factuelles. Avec ces études, charge ensuite à la mairie de dire : « moi j’ai besoin d’un contrôle stationnement, moi j’ai besoin d’une réglementation stationnement ou pas. Nous on préconise des choses aussi. Il y a des endroits où on a fait des études et je ne donne volontairement pas les noms des villes parce que ça reste confidentiel. Dans certaines villes, on leur a dit : « vous n’avez pas besoin de mettre des horodateurs car il y a toujours de la place et pas de stationnement anarchique alors que dans d’autres villes, au contraire on leur a dit « dans un proche avenir, vous aurez besoin d’un contrôle stationnement. »

Est-ce que votre seul véhicule scancar a fait l’objet de dégradations depuis son arrivée ?

Pas spécialement. Non, franchement. On a plus de problèmes sur les bus que sur le LAPI. Les agents, par contre, se font régulièrement invectiver, ça c’est grave. Tous les jours les agents se font moucater du style : « allez met’ un PV out papa ». C’est plus facile pour les gens d’aller invectiver nos agents que le LAPI !

Après cinq années d’utilisation, comment qualifierez-vous le LAPI ?

Nicolas Rupert : C’est un outil efficace de pré-contrôle stationnement je dirais, et un bel outil pour mener des études sur le stationnement.

Kadir Rassay : Ça fait partie de ce qu’on appelle la smartcity quelque part. C’est un outil moderne du 21ème siècle qui permet d’avoir de la data pour préparer l’avenir.

Parkings payants à Saint-Denis : La scancar passe la 5e avec 2 millions d’euros de recettes

Etiquettes : Parking | Saint-Denis

Dans la même rubrique

0💬
Tri :