SAR 2050 : face aux 3 000 hectares urbanisables, le Département pose ses conditions à la Région

Alors que la Région affine le futur Schéma d’aménagement régional qui doit dessiner La Réunion à l’horizon 2050, le Département entend peser dans les derniers arbitrages. Dans une motion adoptée en commission permanente, les élus départementaux réclament notamment la sanctuarisation des périmètres agricoles irrigués et des garanties avant toute nouvelle ouverture à l’urbanisation. En ligne de mire : plus de 3000 hectares de capacités d’urbanisation identifiés dans le projet de SAR.
Huit mois après la présentation par la Région de son « scénario d’équilibre », le Département entre à son tour dans le débat sur le futur visage de La Réunion. Réunis en commission permanente ce mercredi 19 août, les élus départementaux ont adopté une motion consacrée à la révision du Schéma d’aménagement régional (SAR), document stratégique appelé à organiser le développement de l’île pour les prochaines décennies.
Le calendrier entre désormais dans une phase décisive. Après une année 2025 consacrée à la rédaction du nouveau schéma, 2026 doit être celle de l’arrêt du SAR 2050, avant sa transmission aux personnes publiques associées puis une enquête publique prévue en 2027.
En décembre dernier, la Région avait dévoilé les grandes lignes de son « scénario d’équilibre ». Parmi les principes retenus figuraient la réduction de la consommation foncière, la préservation des espaces naturels et agricoles, le développement de l’agriculture locale et de la souveraineté alimentaire, mais également la nécessité de répondre aux besoins en logements, activités économiques et infrastructures.
Lire aussi : La Région affine le futur visage de La Réunion à l’horizon 2050
Le Département ne remet pas frontalement en cause ces orientations. Il réclame en revanche des garanties beaucoup plus contraignantes sur leur traduction concrète.
Plus de 3 000 hectares de capacités d’urbanisation
Au cœur des inquiétudes départementales figure l'enveloppe foncière prévue par le futur schéma. Selon la motion, le projet de SAR identifie plus de 3000 hectares de capacités d'urbanisation à l'horizon 2050.
Une perspective qui doit, estime le Département, être accompagnée des infrastructures nécessaires. Les élus mettent en garde contre de nouvelles ouvertures à l'urbanisation qui interviendraient « sans infrastructures adaptées, sans réseaux dimensionnés et sans ressource en eau sécurisée », au risque de créer des charges durables pour les collectivités.
Ils demandent donc que toute nouvelle ouverture à l'urbanisation soit conditionnée à une analyse obligatoire démontrant sa faisabilité technique et financière. Celle-ci devrait notamment prendre en compte les accès routiers, les réseaux, la disponibilité de la ressource en eau et le coût global des aménagements.
Sanctuariser les terres agricoles irriguées
L'autre ligne rouge concerne le foncier agricole. Le Département réclame un renforcement du caractère prescriptif des règles destinées à protéger ces terres et souhaite aller encore plus loin concernant les périmètres irrigués.
La collectivité rappelle avoir historiquement investi dans l'aménagement rural et l'hydro-agricole. Selon la motion, plus de 17.000 hectares sont aujourd'hui équipés en irrigation, soit plus de 40 % de la surface agricole de l'île. Ces terres constituent, aux yeux des élus, un outil essentiel pour sécuriser et diversifier les productions dans un contexte de changement climatique.
Le Département demande ainsi que ces périmètres soient « sanctuarisés » et officiellement reconnus comme un critère d'arbitrage opposable à toute décision d'extension urbaine. L'objectif affiché est notamment de protéger les terres rendues productives grâce à plusieurs décennies d'investissements publics.
Cette demande intervient alors que la Région place elle-même la souveraineté alimentaire parmi les piliers du futur SAR. Lors d'un séminaire organisé avec les collectivités en mai dernier, Huguette Bello rappelait que le document devait notamment traiter des logements, des mobilités, du développement économique, mais aussi de la préservation des espaces naturels et agricoles et de la souveraineté alimentaire.
Le Département veut également peser sur les routes
La motion dépasse toutefois la seule question agricole. Le Département entend également faire reconnaître son rôle dans l'aménagement général du territoire.
Les élus demandent ainsi que le réseau routier départemental soit pleinement reconnu comme un maillon du système de mobilité réunionnais et que les projets routiers départementaux structurants soient pris en compte dans le SAR, notamment pour assurer leur articulation avec les infrastructures régionales et communales.
Enfin, la collectivité réclame une concertation renforcée avec l'ensemble des acteurs locaux et propose qu'une réflexion soit engagée au sein de la Conférence territoriale de l'action publique (CTAP) afin d'assurer un suivi partagé du futur SAR.
Derrière la convergence affichée sur la nécessité de préserver les terres agricoles et de mieux organiser l'urbanisation, la motion marque donc la volonté du Département de peser davantage dans les arbitrages qui détermineront où et dans quelles conditions La Réunion pourra encore construire d'ici 2050. Un enjeu d'autant plus important que le SAR arrêté devra ensuite servir de cadre à l'aménagement du territoire pour les prochaines décennies.


