Région Réunion : une trajectoire budgétaire "responsable" pour 2026 malgré les incertitudes économiques

Alors que les finances publiques nationales se resserrent et que les incertitudes européennes s’accumulent, la Région Réunion a présenté ses orientations budgétaires 2026 sous le signe de la vigilance. L’exécutif veut préserver sa capacité d’action tout en alertant sur les menaces qui pèsent sur les outre-mer.
La séance consacrée aux orientations budgétaires 2026 de la Région Réunion a débuté ce jeudi 30 octobre par une minute de silence en hommage aux deux enfants tragiquement décédés lors du rallye de Saint-Joseph. Dans un contexte économique toujours fragile, marqué par un chômage à 16 % et une consommation des ménages en recul, l’exécutif régional revendique malgré tout une trajectoire "responsable" et la continuité de la stratégie engagée depuis 2021, alliant maîtrise financière et soutien à l’investissement local.
Selon les documents présentés aux élus, les recettes de fonctionnement s’élèveront à 658 millions d’euros pour 489 millions de dépenses. Le programme d’investissement dépasse les 500 millions d’euros, financé notamment par un recours à l’emprunt de 231 millions d’euros. Le taux d’épargne brute est estimé à 22 %, tandis que la capacité de désendettement atteint neuf ans. Avec un encours stable à 1,1 milliard d’euros et un coût moyen de la dette contenu à 2,25 %, la collectivité estime que ses indicateurs demeurent "sains" au regard des standards nationaux.
Huguette Bello appelle à la "prudence et à l’innovation"
La présidente de la Région, Huguette Bello, a replacé ce débat budgétaire dans un contexte mondial et national "d’incertitudes et d’instabilité sans précédent". Elle a dénoncé les effets des "mesures de rigueur budgétaire" du gouvernement qui "risquent d’aggraver la baisse de la croissance et de peser sur les collectivités locales".
"Plus que jamais, nous devons faire preuve de prudence, mais aussi d’innovation, et poursuivre les efforts de saine gestion tout en gardant le cap de notre mandature articulé autour du développement humain, du développement économique et de la transition écologique", a déclaré la présidente.
Huguette Bello a également exprimé ses inquiétudes quant aux orientations européennes pour la période 2028-2034, redoutant une renationalisation de la politique de cohésion et une diminution des fonds alloués aux régions ultrapériphériques.
Une majorité qui prône la rigueur, une opposition vigilante
En l’absence de Patrick Lebreton, le rapport a été présenté par Wilfrid Bertile, conseiller de la majorité régionale. Ce dernier a appelé à "maintenir le cap" malgré les contraintes économiques : "Faisons le choix de la rigueur plutôt que de la facilité et du renoncement. Oui, les temps sont durs, mais la Région Réunion demeurera une collectivité bâtisseuse."
Dans les rangs de l’opposition, Michel Vergoz a salué certaines initiatives en matière de développement humain, notamment le repas à 1 euro dans les lycées, tout en appelant à davantage d’équité territoriale et de dialogue sur des sujets sensibles comme la réforme de l’octroi de mer ou la coopération régionale avec les Comores. Il a également regretté l’absence de mention du secteur de la pêche, "ébranlé par la baisse des quotas à la légine". Prenant le cas de la SAPMER, il assure que l'entreprise réunionnaise, qui a bénéficié d'une subvention de 5 millions d'euros de la part de la collectivité régionale, aurait déjà perdu près de 1,5 million d'euros en raison de la baisse de ces quotas.
Un câble numérique stratégique et un virage vers l’intelligence artificielle
Le vice-président Normane Omarjee a profité du débat pour évoquer un projet majeur : la création d’un nouveau câble sous-marin de 85 millions d’euros, destiné à relier La Réunion à l’Afrique du Sud puis à Singapour. Ce projet, jugé "crucial pour la souveraineté du territoire", doit être mis en œuvre à partir de 2028.
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Il a également mis en avant la création, en septembre 2025, du comité régional de la data et de l’intelligence artificielle, avec l’ambition de développer une "IA réunionnaise" dans les prochaines années.
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Les grands axes de la mandature 2026
Pour l’année 2026, la Région Réunion souhaite poursuivre la mise en œuvre de son programme de mandature en s’appuyant sur trois piliers : le développement humain, le développement économique et la transition écologique. Dans le domaine du développement humain et solidaire, l’accent sera mis sur l’éducation, la formation et la cohésion sociale, avec la rénovation et la construction de lycées (Lycée de la Mer, Lycée des métiers du tourisme et de l'hôtellerie, dont les travaux pour les deux établissements débuteront en 2026), le renforcement des aides aux étudiants et la création de nouveaux dispositifs de formation.
Sur le plan économique, la Région entend consolider les filières stratégiques identifiées dans son schéma de la "Nouvelle Économie", notamment le tourisme, le numérique, les énergies renouvelables, l’agroalimentaire et l’économie bleue. Elle prévoit d’accompagner les très petites entreprises dans leurs projets de modernisation et de poursuivre les mesures de soutien au pouvoir d’achat, telles que la cantine à 1 euro, le plafonnement du prix du gaz ou encore les tarifs réduits sur les transports collectifs.
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Enfin, le volet consacré au développement durable et à la transition écologique occupera une place centrale. La finalisation du nouveau Schéma d’aménagement régional (SAR), la poursuite des études sur la phase 2 de la Nouvelle Route du Littoral et le renforcement du réseau routier figurent parmi les priorités.
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La Région souhaite également encourager le développement des transports collectifs et de l’économie circulaire à travers la mise en œuvre du Plan régional de prévention et de gestion des déchets. Elle ambitionne d’accélérer la décarbonation de son mix énergétique, avec l’objectif d’atteindre l’autonomie énergétique à l’horizon 2050.
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Une collectivité entre prudence et ambition
À travers ces orientations budgétaires, la Région Réunion revendique une ligne d’équilibre entre rigueur et volontarisme. Si le contexte économique et institutionnel appelle à la prudence, l’exécutif régional affiche sa volonté de poursuivre les investissements structurants pour le territoire, tout en préservant la soutenabilité de ses finances.


