POSEI : la filière agricole réunionnaise met la pression sur Bruxelles

À un moment jugé décisif pour l’avenir des régions ultrapériphériques, la "Production Locale Réunie" appelle élus et institutions européennes à défendre le maintien et le renforcement du POSEI, pilier de l’économie agricole réunionnaise.
Le ton se durcit à mesure que les discussions avancent à Bruxelles. Dans un communiqué diffusé ce 18 mars, la Production Locale Réunie (PLR) alerte sur un tournant jugé crucial pour l’avenir des régions ultrapériphériques (RUP), dont La Réunion. Au cœur des inquiétudes : le sort du programme POSEI, ce dispositif européen qui soutient les filières agricoles locales face aux contraintes structurelles des territoires ultramarins.
« Le combat n’est ni gagné, ni stabilisé », prévient la PLR, évoquant un « point d’inflexion majeur » dont les décisions pourraient engager « pour des décennies la sécurité alimentaire, l’équilibre économique et la stabilité sociale » de l’île. Derrière cette mise en garde, une crainte claire : voir le POSEI dilué, voire supprimé, dans le cadre des réformes européennes en cours.
Une séquence politique s’est récemment accélérée, notamment à l’occasion d’une réunion des RUP à Tenerife le 17 mars. Les représentants des territoires, accompagnés d’élus européens et d’acteurs économiques, y ont affiché une position commune : hors de question de voir disparaître ce dispositif « sur mesure » adapté aux réalités ultramarines. La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a d’ailleurs réaffirmé le soutien de la France au maintien du POSEI dans sa forme actuelle.
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Au-delà de la simple question budgétaire, c’est un cadre juridique spécifique, fondé sur l’article 349 du Traité de l’Union européenne, que les acteurs locaux entendent préserver. Sa disparition laisserait un vide difficilement compensable, aucun autre mécanisme ne permettant de recréer ces aides adaptées aux contraintes des RUP.
La filière réunionnaise appelle à « changer de braquet »
Dans ce contexte, la filière réunionnaise appelle à « changer de braquet ». Elle plaide non seulement pour le maintien du POSEI agricole comme instrument autonome, mais aussi pour un doublement de son budget et la création d’un POSEI dédié à la pêche. Une revendication portée collectivement par de nombreuses organisations agricoles des territoires français, espagnols et portugais.
La PLR interpelle directement les élus réunionnais, invités à peser dans les arbitrages européens. Car derrière ce dossier technique se jouent des enjeux bien concrets : production locale, emploi, souveraineté alimentaire. Aujourd’hui, la filière représente près de 40.000 actifs à La Réunion et couvre environ 75 % des besoins en produits frais de l’île.
« Le POSEI n’est pas un sujet sectoriel », insiste la PLR. Pour les acteurs économiques, il constitue un véritable socle. Sa remise en cause pourrait fragiliser l’ensemble du modèle agricole réunionnais, déjà confronté à des contraintes géographiques, climatiques et économiques spécifiques.
À Bruxelles, les discussions sur le futur cadre financier pluriannuel s’annoncent décisives. Et pour les filières locales, le message est clair : il ne s’agit plus seulement de défendre un dispositif, mais bien de préserver un équilibre économique et social à l’échelle de tout un territoire.


