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Plateau Caillou : Une marche citoyenne en opposition à la future Zac

À l’appel du collectif “Protege nout savane”, une centaine de personnes se sont rassemblées ce dimanche matin sur le site de la future Zac Renaissance III, ou des Tamarins. Ils s’opposent au chantier qui débute et qui doit s’étendre sur une zone de 90 hectares.
Ecrit par Maxime Bonnet – le dimanche 28 juillet 2024 à 16H12

Dans une ambiance bon enfant, les opposants à la future Zac Renaissance III ont chaussé leurs basket de randonnée afin d’arpenter le site du chantier. Le soleil et la chaleur matinale n’ont pas découragé les marcheurs qui ont pu prendre la mesure de la parcelle concernée. “On voudrait au moins une réunion avec les pouvoirs publics et la SEDRE. Respect demoun té”, s’agace un riverain. À ses côtés, nombreux sont ceux qui dénoncent l’opacité autour du chantier suite aux nombreux changements depuis les premières annonces.

Alors que certains s’approchent plus près des engins de chantier derrière les barrières grillagées, d’autres parcourent la vaste zone déjà défrichée. Pour l’instant, le chantier vient de démarrer et n'en est qu'au stade d’aménagement des accès. Le collectif voulait justement que les riverains et les habitants de l’île en général puissent se rendre compte sur place de l’ampleur des futurs travaux. Les commerces et les logements, sociaux et privés, seront livrés par phases jusqu’en 2035.

“C’est la dernière zone épargnée des bas de l’Ouest”

Avec une pétition qui a réussi à recueillir 15 000 signatures au moment de la marche, le collectif espère que ce soutien fera reculer la mairie et la SEDRE. “On veut sensibiliser les gens à cette portion de la savane qui va disparaître. Beaucoup de gens ne sont pas de la zone et nous voulons déjà leur montrer la valeur paysagère de cette zone. C’est un combat qui dépasse le quartier ou même la ville. Ici, on a une zone qui est une étendue qui représente un exutoire pour les gens. C'est un enjeu qui soulève de la colère chez une partie de la population. Nous avons conscience que des projets astronomiques ne peuvent plus se faire en ignorant toutes les informations qu’on a aujourd’hui concernant le climat, l’environnement et la biodiversité. Sans même parler de sa valeur patrimoniale. C’est la dernière zone épargnée des bas de l’Ouest”, dénonce Elie Payet, membre du collectif “Protege nout savane”.

Le collectif a réussi à rassembler divers soutiens politiques et associatifs depuis quelques semaines. “On fait un projet d’aménagement urbain, dont 1000 logements sociaux et 1000 non sociaux, mais il n’y a pas de mixité. Les logements sociaux sont pris entre le centre commercial de 16 000 m² que zot veut construire et les logements privés, qui ont vue sur la mer et la savane. Nou la bien vu ce ke lé en train de faire sur Mont Roquefeuil. Il y a aussi la question de l’imperméabilisation des sols et la gestion de l’eau pour alimenter ces nouveaux logements”, explique de son côté Martine Nourry, ex-candidate aux élections européennes sur la liste EELV et militante environnementale.

“Une nouvelle phase de dialogue citoyen sera menée dès la rentrée d’août 2024 avec les riverains”, selon la SEDRE

Devant la mobilisation du collectif, la SEDRE a répondu aux opposants via un communiqué envoyé ce vendredi aux rédactions de l’île tard dans la soirée. La société d’aménagement démine une partie des arguments de ses contradicteurs, notamment sur le grignotage des espaces naturels. “Ce joyau patrimonial est en effet protégé et le restera pour toujours. Zéro m² de cette savane ne sera touché (plus de 600Ha au total dont les 194 Ha de savane protégée au-dessus du Cap La Houssaye par le conservatoire du littoral)”.

La crise du logement sur la micro-région Ouest est particulièrement marquée. Pour la SEDRE, cette nouvelle extension doit permettre de poursuivre le développement d’une zone déjà urbanisée. “La ZAC 3 constitue ainsi le dernier jalon d’aménagement de ce secteur, qui va permettre de mieux structurer la zone de Plateau Caillou, de répondre aux besoins de logements du bassin de vie avec 2000 logements prévus selon un principe de mixité plus abouti par rapport aux 2 phases précédentes. 1800 familles sont en attente de logements sur Plateau Caillou (4800 au niveau de Saint-Paul). L’impact économique du projet va permettre de créer environ 3000 emplois. Il est prévu que ces travaux intègrent des heures d’insertion. Ainsi, les travaux actuellement en cours vont générer à eux seuls plus de 11.000 heures d’insertion”, poursuit la société d’aménagement."

Le dialogue avec les riverains n’est pas rompu, mais aucune réunion n'est à l’ordre du jour. “Au moment où les travaux démarrent, une nouvelle phase de dialogue citoyen sera menée dès la rentrée d’août 2024 avec les riverains, et les habitants de Plateau Caillou et plus globalement de Saint-Paul, qui souhaitent être davantage associés à l’évolution de ce projet. La SEDRE poursuivra les échanges avec le collectif de riverains constitué et lui adressera la semaine prochaine un courrier en réponse à leur interpellation et aux différentes questions qui concernent notamment leur situation individuelle et leurs craintes quant à leurs habitations face à l’arrivée de ce projet d’intérêt général.”

 

En réponse aux mobilisations, le collectif "Un toit pou nou" s'est fendu d'un communiqué en défense du projet ce dimanche : 

Le rapport 2023 de l’agence réunionnaise de la Fondation Abbé Pierre estime que 140 000 personnes souffrent de mal-logement ou d'absence de logement personnel. Ce rapport souligne également qu'autour de ce noyau dur du mal-logement, environ 200 000 personnes seraient en situation de fragilité et impactées à divers degrés par la crise du logement.

Derrière ces chiffres, il y a les êtres humains que nous sommes. Nous qui n’avons pas de toit. Nous SDF ! Nous femmes et enfants victimes de violences intra familiales ! Nous hébergés en centre d’accueil d’urgence ! Nous recueillis par compassion, parfois sous le toit de plus pauvres que nous ! Nous qui nous entassons à trois, voire quatre générations sous un même toit ! Nous qui vivons la promiscuité si propice à générer des conflits familiaux ! Nous écoliers, collégiens, lycéens qui n’avons pas une chambre à nous et pour seul bureau la table de la cuisine ! Nous les 45% des 25 000 étudiants réunionnais qui vivons chez nos parents parce que nous ne trouvons pas de logement ! Nous les 3700 étudiants refoulés chaque année par le CROUS par manque de place et qui n’avons pas les moyens de payer un loyer privé ! Nous qui effectuons plusieurs heures de route par jour pour aller à l’université ! Nous jeunes qui aspirons à l’indépendance et quitter le toit parental ! Nous travailleurs pauvres pour lesquels le parc privé est inaccessible car trop chers : en 2023, les loyers du parc privé ont augmenté de plus de 8% et sont parmi les plus élevés de France ! Nous qui attendons devant la porte des Foyers Jeunes Travailleurs ! Nous qui dormons dans notre voiture lorsque nous en avons une !

Nous ne voulons pas l’aumône, pas la pitié, ni la charité. Nous voulons un toit, un bail et une clé́ !

Nous sommes ces êtres humains qui attendons que La Réunion assure une production de logements à la hauteur des besoins estimés : entre 120 000 et 150 000 logements à horizon 2050.

Nous sommes ceux-là, les demandeurs de logement dont le nombre ne cesse d’augmenter, que certains maires ne veulent pas voir installer sur leur commune quitte à payer une amende en ne respectant pas la loi SRU, que certains résidents bien logés ne veulent pas voir à proximité de chez eux parce que nous sommes ces « salauds de pauvres », ces « parias » qu’il faut tenir à distance, quitte à prétexter que la savane est en danger, menacée qu’elle est par l’installation de gens comme nous dans des logements sociaux.

Nous sommes 44 500 à avoir déposé une demande au 31 décembre 2023 (+14 % en une année).

L’offre qui nous est proposée est en déficit : en 2023, 1613 logements sociaux ont été livrés !

La chute est vertigineuse : Il y a eu trois fois moins de logements sociaux construits entre 2020 et 2024 (4 830 logements produits) par rapport à la période 2015-2019 (12 371 logements réalisés).

Dans l’Ouest, nous sommes 11 000 demandeurs de logement, dont 4 800 à Saint-Paul et 1 800 dans le secteur concerné.

Dans un contexte pareil d’urgence sociale et de pénurie de logement, la ZAC Renaissance 3 est une réponse essentielle à la crise du logement dans la région Ouest.

Ce projet qui inclut 2000 logements et des équipements publics et services essentiels, propose une répartition équilibrée visant à répondre aux besoins diversifiés des habitants (accession, locatif social ou intermédiaire).

Dans la continuité du projet Renaissance à Plateau Caillou qui a débuté avec les ZAC Renaissance 1 et 2 en 1975, la ZAC Renaissance 3 a été officiellement créée en 2004 et modifiée en 2014, le dossier de réalisation a été approuvé en 2018.

Aujourd’hui, la ZAC a obtenu l'ensemble des autorisations environnementales et réglementaires nécessaires. De surcroît, des dispositions sont prises au niveau opérationnel pour préserver les espèces protégées, tant au niveau de la faune que de la flore, avec la mobilisation d'experts en environnement pour le suivi des travaux et pour protéger la faune et la flore locales.

Pour nous qui sommes en attente d’un toit, c’est un projet harmonieux, équilibré, et bien inséré dans son environnement. Nous y vivrons heureux.
Le projet a pris en compte la préservation de la biodiversité contrairement à ce que disent ses détracteurs.

Les 193,89 ha de savane protégée restent protégés et ne sont pas concernés par le projet de la ZAC renaissance 3.

Nous, membres du collectif, appelons solennellement les institutions à se battre pour notre droit à un logement digne. Nous demandons un toit pour nos familles, nos enfants, et les générations futures, qui trop souvent vivent dans des conditions indignes. Offrez-nous un logement où nous pourrons vivre en sécurité et avec dignité. Donnez-nous un logement.

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