Saint-Paul : L’opposition à la Zac Savane des Tamarins prend de l’ampleur

Quelle doit être l’orientation de l’urbanisation pour les bas de l’Ouest dans les prochaines décennies ? Voilà en substance la question que posent les membres du collectif “Protège nout savane” alors que les travaux de la Zac Savane des Tamarins ont débuté. Initialement appelé “Zac Renaissance III”, le projet a déjà plusieurs fois été remodelé depuis les premières esquisses durant le mandat de Joseph Sinimalé. Alors qu’elle devait accueillir des plus de grandes enseignes (dont une grande surface, un magasin de bricolage et un grand magasin d’articles de sport), il a été finalement revu en 2016, puis en 2021, pour offrir plus de logements, avant une présentation finale en 2022. Au total, cette extension du quartier de Plateau Caillou devrait couvrir une zone de 90 hectares pour un coût de 11 millions d’euros.
Malgré la promesse de préserver environ 30 hectares, ce nouveau grignotage provoque une levée de bouclier. “Personne n’est contre la construction de logements. Mais avec le projet d’Ecocité, on n’est pas loin de 14 opérations d’urbanisation dans l’Ouest. On peut largement s’abstenir ici. C’est un lieu de nature exceptionnel, et qui abrite des nappes phréatiques. Les habitants savent aussi qu’il y a un vieux lieu d’habitation, c’est peut-être un site avec une valeur archéologique”, s’agace Elie Payet, riverain du chantier et membre du collectif.
Pour l’instant, les travaux se limitent au défrichement et à la création d’accès pour le chantier et ils inquiètent déjà dans le voisinage. “Des maisons ont vibré et des habitants ont dû demander aux ouvriers d’arrêter car ils avaient peur pour leurs cases. Depuis la création du quartier dans les années 70, les gens ont fait le choix de venir ici pour s’isoler du centre-ville. C’est l’un des derniers endroits où on peut marcher 10 minutes pour être loin des activités humaines. Nous avons la chance d’avoir un paysage emblématique de l’Ouest, qui est un magnifique belvédère sur l’océan”, ajoute William, également riverain et membre du collectif.
Une lutte contre la "prédation d’un espace naturel”
D’ailleurs, ils comptent appeler à la mobilisation ce dimanche pour défendre “l’une des seules savanes de l’Outremer”. Pas question de laisser l’un des derniers espaces naturels de l’Ouest disparaître. “Les gens ne voient que des herbes, mais il y a beaucoup de richesse et de biodiversité. En plus, elle sert aussi de pâturage pour des bœufs mokas, tout en étant accessible à tous. Si on perd ça, la dernière solution pour avoir un peu de nature sera de monter dans les hauts”, précise Elie. Enfin, la savane attire de nombreux touristes et permet de proposer des activités, comme des balades en VTT ou à cheval. Autant de choses qui vont disparaître avec la création de cette Zac. “Les touristes ne vont s’arrêter à Plateau Caillou, et ne feront que passer pour monter au Guillaume ou plus haut. Nous devons faire en sorte que cette savane soit le dernier espace à urbaniser. Cela nous donne l’impression d’une prédation d’un espace naturel. Avec le projet à l’Éperon, nous sommes en train d’assister à la fermeture progressive de la savane", ajoute le riverain.
Sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui s’indignent d’un tel projet, et les soutiens commencent à affluer. Parmi eux, Geneviève Payet, secrétaire fédérale d'Europe Écologie-Les Verts et suppléante du député Perceval Gaillard, apporte son soutien à cette mobilisation. “Si notre combat contre le projet en 2016 s’attaquait surtout à la bétonisation et à l’encouragement à la surconsommation, il s’agit aujourd’hui d’un combat pour une meilleure optimisation du foncier. La construction de logements n’est qu’un faire-valoir au projet, et on assiste à la destruction de cette savane. Les pouvoirs publics n’ont fait que le strict minimum sur le plan légal, notamment en matière de consultations publiques. On est très loin d’un projet construit avec les habitants”, ajoute Geneviève Payet.
Le collectif affirme qu’il est ouvert à tous les Réunionnais et Réunionnaises qui souhaitent préserver cette savane. Une marche citoyenne est organisée ce dimanche dans la savane, suivie d’un ronnkozé et d’un pique-nique festif. Rendez-vous à partir de 8h près du terrain de pétanque de Fleurimont (chemin Summer 2). Une pétition est également disponible en ligne.


