Pierrot Dupuy : "C'est grâce à Maximin Chane Ki Chune si je suis devenu ce que je suis"

M. Maximin Chane Ki Chune nous a quittés. Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages du monde politique et économique se multiplient. Il faut dire que « CKC », comme on aimait à l’appeler, avait marqué son époque.
Certains le savent, d’autres l’ignorent peut-être encore, mais c’est à CKC que je dois d’être devenu ce que je suis.
Je me revois encore un matin à la fin de l’année 1976, poussant la porte du journal ouvert depuis quelques semaines auparavant au Chaudron, pour y porter un communiqué de la FAR (Fédération des étudiants de La Réunion), l’association d’étudiants que je présidais.
J’étais à l’époque étudiant en licence de droit, et je me préparais à embrasser une carrière d’avocat, pour suivre l’exemple de mon oncle qui exerçait à Saint-Pierre.
Je revois encore la jeune femme préposée à l’accueil prendre mon communiqué et, au lieu de me dire « merci, au revoir », me demander d’attendre pour me présenter un journaliste.
Yves Sécher se dirige vers moi, me fait parler. Au début, je ne vois pas malice. Il me demande ce que je fais comme études, quels sont mes loisirs, etc. Puis, au détour d’une phrase, il me demande : « Ça ne te dirait pas de devenir journaliste ? », avant de montrer une quinzaine de personnes qui traînaient dans le hall : « Ils sont là pour passer des tests. On veut embaucher des journalistes réunionnais et les former. »
J’ai eu beau lui expliquer que ça ne m’intéressait pas, que je voulais devenir avocat, il a tellement insisté que j’ai fini par accepter de passer ses tests, pour avoir la paix.
Il y avait trois matières : « locale », « national et international » et « sports ».
J’ai eu le malheur d’obtenir les meilleures notes dans les trois rubriques. Difficile, dans ces conditions, de continuer à dire non.
J’ai finalement accepté, à la condition expresse qu’on me laisse poursuivre mes études en parallèle. Promesse bien évidemment jamais tenue...
Voilà comment je me suis retrouvé journaliste au Quotidien, quasiment au démarrage du journal.
C’est là que j’ai appris mon métier, dans une ambiance unique de liberté et de culot. Il faut se remettre dans le contexte de l’époque : un JIR omnipuissant, qui faisait la pluie et le beau temps. Un journal profondément marqué à droite, et mené d’une main de fer par son rédacteur en chef René Martin Darène.
L’arrivée du Quotidien marqua une véritable révolution dans l’île, un peu à l’image de l’arrivée des radios libres et de Free Dom quelques années plus tard. Je me souviens encore du ramdam suite à la présence de Paul Vergès en grande une, suivie d’une longue interview du leader du PCR, lui qui était interdit d’antenne sur feue l’ORTF et dans les colonnes du JIR.
C’est là, en regardant la façon de manager de Maximin Chane Ki Chune, que se sont ancrés en moi l’esprit de liberté d’expression, de respect de l’autre et d’ouverture d’esprit. Et il m’en a fallu, à moi le petit journaliste de droite, au sein d’une rédaction entièrement ancrée à gauche. Mais tout s’est très bien passé. Et tout cela grâce, encore une fois, à la bienveillance de CKC.
Nous formions une vraie famille et nous travaillions sans compter nos heures. Nous étions le challenger et il nous fallait être meilleurs, avoir les idées que le JIR n’aurait pas, ou ne pouvait avoir pour causes idéologiques.
On connaît la suite. Je vous passe les détails, mais Le Quotidien a vite dépassé le JIR en termes de ventes et il est devenu une référence nationale de la PQR, la presse quotidienne régionale.
Aujourd’hui, CKC n’est plus. Je tiens à présenter toutes mes condoléances à sa femme et à ses enfants. Et j’associerai à l’hommage Alain Bailly, tant ils étaient inséparables, lui aussi disparu il y a déjà quelques années.
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