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"Personnalité caméléon", "excuses de façade", "difficultés de la loi" : ce qu’il faut retenir de la condamnation en appel du deuxième assassin de Shana

Ecrit par Sébastien Gignoux – le vendredi 16 octobre 2026 à 16H54
La cour d'assises de La Réunion.

 Au terme de quatre jours d’une audience éprouvante devant la cour d’assises des mineurs de La Réunion, le deuxième assassin de Shana a de nouveau écopé de la peine maximale de 30 ans de réclusion criminelle. Retour sur un troisième procès au cours duquel l’accusé a tenté de s’excuser, sans convaincre.

Il était apparu dans un pull vert et avec des petites tresses au début de son procès. Quatre jours plus tard, jeudi 15 octobre, c’est dans une veste noire et les cheveux détachés que Joshua D., 19 ans, a pris connaissance du verdict de la cour d’assises des mineurs le condamnant pour la deuxième fois à 30 ans de réclusion criminelle, assortis de dix ans de suivi sociojudiciaire. La peine maximale pour un mineur âgé de 16 ans au moment des faits, que le condamné a accueilli sans réaction apparente. « Trente ans, pour n’importe qui, c’est un coup de massue sur la tête. Là, il est resté stoïque, impassible », constate Me Catherine Moissonnier, avocate de la partie civile.

L’épilogue amer d’un interminable parcours judiciaire pour la famille de Shana, cette lycéenne de 15 ans assassinée après avoir été attirée dans un guet-apens par un couple d’adolescents le 16 septembre 2023 à Saint-Pierre. Car tout au long des débats, la cour et les proches de la victime ont tenté de savoir pour quelles raisons l’accusé avait fait appel, au prix de faire replonger la famille de Shana dans l'horreur de ce dossier.

"Capable de changer de personnalité"

Selon nos informations, il semble que le jeune homme ait dit vouloir s’expliquer plus longuement et faire ses excuses à la famille. « Un simple courrier aurait suffi », lui aurait fait remarquer Emmanuelle Barre, l’avocate générale qui va requérir la confirmation de la peine de première instance. « Il a parlé un peu plus que la dernière fois. Il a fait des excuses à la fin. Mais faut-il le prendre au premier degré ou pas, je ne sais pas », s’interrogeait après coup le père de Shana. « Il a ce truc du caméléon, il se transforme, il est capable de changer de personnalité donc on ne sait pas si c’est sincère », ajoute Michaël Alicalapa.

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« Une personnalité caméléon, telles que l’ont décrite les experts, c’est celle de quelqu’un qui est capable de s’adapter aux interlocuteurs qu’il a en face de lui », explique son avocat. « On peut légitimement se demander si ses excuses n’étaient pas des excuses de circonstances, de façade, tant l’absence d’empathie était criante », note Me Julien Barre.

Des regrets peu convaincants pour les parties civiles, et des explications qui ne sont pas venues. « Il a parlé un peu plus, oui, mais on ne comprend toujours pas », reprend Michaël Alicalapa, qui s’est peu exprimé durant le procès « parce qu’on ne voulait pas le mettre dans la lumière, c’est ce qu’il souhaitait le gamin. »

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Un appel "indécent" pour la coauteure

« On pense qu’il a surtout fait appel dans l’espoir de prendre moins, et nous avons demandé à la cour de ne pas lui donner raison », reprend Me Barre.

Interrogé sur ses motivations, ce goût du gore et cette volonté « d’expérimenter la mort » comme seul mobile du crime, le jeune homme est apparu gêné, éludant les questions.

L’examen des faits, la préparation minutieuse d’un crime préparé voire répété par les deux ados, comme la désinvolture avec laquelle ils passeront aux aveux quelques jours plus tard, n’ont pas permis à la cour de trouver à l’accusé des circonstances atténuantes. Citée comme témoin depuis l’établissement du Nord de la France où elle purge sa peine de 20 ans de réclusion, la coauteure du crime a elle-même jugé « indécent » l’appel formé par son ex-petit ami.

"J'aime entrer dans la tête des gens"

Sa personnalité « inquiétante », sa capacité à « exercer une emprise sur ses amis », ont conduit le jury à lui interdire d’entrer en contact pendant quinze ans avec ses anciens camarades, dont certains avaient été incités au suicide ou à s’infliger des scarifications. « J’aime entrer dans la tête des gens », avait reconnu le jeune homme.

La défense assurée par Me Céline Germand-Robert aura bien tenté de faire valoir un cadre familial défaillant, et un jeune « livré à lui-même », déscolarisé et passant huit heures par jour sur les jeux vidéo pour expliquer sa dérive mortifère. Mais « l’altération du discernement », bien que faisant l’objet d’une question de la cour, n’a pas été plaidée cette fois-ci, contrairement à la première instance.

"Compliqué d'avoir à resubir ça"

Si le verdict est apparu comme « un soulagement » pour la famille de Shana alors que « tout était remis en jeu », rappelle Me Catherine Moissonnier, ce troisième procès aura aussi pointé « les difficultés de la loi, qui ne permet pas de juger deux mineurs avec cet écart d’âge devant une même juridiction, alors qu’on le fait pour un mineur et un majeur qui peuvent comparaître ensemble devant une cour d’assises des mineurs. »

« Si la jeune fille avait fait appel, on aurait eu quatre procès en tout alors que c’est très compliqué pour tout le monde d’avoir à resubir ça », souligne l’avocate de la mère de Shana. Sauf à ce que le condamné se pourvoie en cassation, l’affaire Shana semble désormais close, permettant à la famille « d’essayer de faire (son) deuil », a dit Mickaël Alicapa.

Reste à savoir de quoi sera fait l’avenir du jeune Saint-Pierrois, qui envisage de suivre une formation de coiffeur et sera vraisemblablement transféré d'ici quelques semaines dans une prison centrale de l’Hexagone pour l’exécution de sa peine. Par le truchement des remises de peines automatiques pour un mineur, il devrait être libérable au bout de quinze ans.

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