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Olivier Fontaine : « C’est l’avenir de notre agriculture qui est en jeu »

Ecrit par Philippe Madubost – le dimanche 20 avril 2025 à 16H18
« Ce qu’on attend de cette visite c’est du concret », cadre le président de la chambre d’agriculture, Olivier Fontaine (archives).

Président de la chambre d’agriculture, Olivier Fontaine attend du « concret » de la visite présidentielle pour relancer une agriculture mise à mal par la succession de catastrophes naturelles et minée par de nombreux problèmes structurels. Sur fond de crise de la filière canne, l’agriculture péi est à un tournant.

Pour le président de la chambre verte, les attentes suscitées par la visite d’Emmanuel Macron – qui devrait être accompagné par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard - sont à la hauteur des enjeux. Selon Olivier Fontaine, ce n’est rien de moins que « l’avenir de l’agriculture qui se joue » au détour de cette visite et dans les mois et années à venir.

« Structurellement, l’agriculture était déjà en perte de vitesse, du fait de l’augmentation des charges, du manque de main-d’œuvre, de la complexité administrative, de l’accumulation de normes, des molécules qui disparaissent sans alternatives, de la concurrence déloyale de l’importation… Elle recommençait pourtant à produire après le cyclone Bélal et la sécheresse, et là, on se reprend un cyclone équivalent à Jenny en 1962 en termes d’intensité et de dégâts. Oui, ça fait mal, ce qu’on attend de cette visite c’est du concret», cadre l’agriculteur de Saint-Benoît.

Comme beaucoup, lui aussi a vu son exploitation ravagée par Garance. « En tant qu’agriculteur, je n’ai jamais connu un tel cyclone depuis Firinga. »

« Des situations sociales et humaines graves »

Pour le président de la chambre verte, il y a urgence à redonner de l’espoir et des perspectives au monde agricole, malmené par la succession de crises : « Beaucoup de gens oublient que beaucoup d’agriculteurs n’ont plus rien, et avec plus aucun revenu comment relance-t-on une exploitation ? Nous avons des situations sociales et humaines qui sont très graves aujourd’hui. Quand tu arrives chez une jeune femme qui te tombe dans les bras et pleure… Quelqu’un qui a fait 200 000 euros d’investissement en trois ans, qui perd ses serres et sa production du jour au lendemain, qui se retrouve à zéro avec trois enfants… Quand, deux semaines après Garance, on m’appelle pour me dire : Olivier, je vais me mettre une corde au cou. Qu’est-ce que je fais ? On ne sait pas gérer ces appels. Aujourd’hui, il n’y a plus de trésorerie, et plus d’envie. »

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L’installation et le renouvellement des générations seront d’ailleurs une priorité de sa mandature : « Quand on sait que 50 % des agriculteurs ont plus de 53 ans et n’ont peut-être plus la même motivation pour relancer leur activité par rapport à un jeune qui commence, peut-être que l’élan de l’agriculture va revenir par les jeunes. N’attendons pas de connaître des pertes de vocation comme on peut le voir en métropole », prévient l’ancien président des Jeunes Agriculteurs.

« C'est aussi le consommateur qui décide »

A ses yeux, l’agriculture souffre aussi d’un manque de reconnaissance : « Je salue l’action des Jeunes Agriculteurs de mobiliser aussi le consommateur. C’est aussi lui qui décide de l’avenir de l’agriculture, en achetant péi, en comprenant les agriculteurs, en partageant le territoire… ». Alors que la hausse du prix des légumes après le passage de Garance suscite de nouveau des critiques chez certains, il le rappelle : « Nous avons ici les légumes de France les moins chers en moyenne, avec une diversité de production. »

Il attend de l’État une impulsion à la hauteur de ces enjeux, avec des réponses aussi bien sur le court que le long terme : « Il faut gérer l’urgence avec des dispositifs qui sont, je le répète, devenus obsolètes, comme le fonds de secours. Nous attendons aussi un arbitrage dans une période de restrictions budgétaires. Dire que l’agriculture n’est pas une variable d’ajustement, mais au contraire une priorité. L’avenir de l’agriculture est en jeu. Ne brisons pas les vocations, l’énergie. Les agriculteurs sont courageux et veulent travailler, mais il faut leur donner les capacités de produire. »

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L’adaptation au réchauffement climatique est une priorité notamment « de nécessaires investissements dans des serres anticycloniques qui coûtent cinq fois plus cher. »

« Il nous faut aussi des solutions pour la main-d’œuvre, qu’elle soit étrangère ou locale », lance le président de la chambre verte, brisant au passage un tabou, en jugeant au passage tous les dispositifs lancés ces dernières années inefficaces,

Face à l’État, il appelle à de la « clarté politique » et à une sorte de front commun des élus locaux derrière l’agriculture péi.

Un système d'indemnisation « obsolète »

La mise en place d’un dispositif d’indemnisation « adapté pour La Réunion » est une autre nécessité, martèle-t-il. Il prône la mise en place d’un « forfait à l’hectare » : « Le système actuel est obsolète. Calculer la moyenne des cinq dernières années quand, chaque année, il y a une catastrophe, c’est n’importe quoi. C’est rajouter des zéros à des zéros. Il faut une forfaitisation des indemnisations. Cela sécuriserait les agriculteurs et accélérait les versements par une facilitation de l’instruction. L’État accepte bien que l’on paie nos cotisations sociales sur la base d’un forfait à l’hectare en fonction des cultures, pourquoi ne pas indemniser de la même façon ? »

L’argent n’est pas le seul problème, insiste-t-il. Il est aussi administratif : « Si les moyens financiers sont débloqués, faut-il encore qu’ils soient accessibles. Là, on parle de 163 millions d’euros de dégâts, mais ce ne sont pas 163 millions d’euros qui vont être injectés (via la reconnaissance de calamité agricole, NDLR). C’est au mieux 30 % d’ici trois à quatre mois, comme s’est engagé l’État. Les agriculteurs n’y croient pas et beaucoup ne montent pas de dossiers. »

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Selon lui, « ce n’est pas l’argent qui manque, mais une optimisation et une accessibilité de ces fonds. Je pense au FEADER, où il y a énormément d’argent, mais combien est vraiment utilisé ? Rien. Parce que le logiciel ne marche pas, parce qu’il y a des commissions… Ça bloque l’agriculture quand il faut attendre trois ans pour une installation, pour monter un projet, quand il faut payer d’avance 150 000 euros d’investissement alors qu’on est un petit agriculteur qui a moins de deux hectares. Aucune banque ne va lui prêter de l’argent. »

« A-t-on encore un avenir sans la canne ? »

La relance de la filière canne est une urgence absolue à ses yeux : « On parle toujours de l’avenir de la canne. Je retourne la question : a-t-on encore un avenir sans la canne, quand on voit son poids économique, son rôle central pour l’ensemble de l’agriculture, dans l’interconnexion des filières ? C’est la filière qui résiste le mieux aux cyclones, et pourtant elle est à terre. S’il y avait 20 000 hectares de maraîchage, il resterait quoi ? Sans la canne, les répercussions seraient environnementales, énergétiques, touristiques… Toutes les économies du monde soutiennent leur agriculture, et parfois à des niveaux supérieurs. »

En réponse, les promesses ne suffiront pas (ou plus).

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