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Agriculture : la CGPER interpelle Emmanuel Macron

Ecrit par N.P. – le samedi 19 avril 2025 à 06H43

Dans une lettre adressée au président de la République, la CGPER liste les attentes du monde agricole à quelques jours de la visite présidentielle. Le syndicat attend de la « considération » pour l’agriculture et des « moyens » dans le cadre de la loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations.

Monsieur le Président,
Au moment où vous vous apprêtez à fouler le sol réunionnais pour une visite présidentielle les 23 et 24 avril prochains, nous vous souhaitons la bienvenue. Nous espérons que vous prendrez conscience que l’agriculture réunionnaise traverse actuellement une période difficile, avec les passages successifs d’événements climatiques ces dernières années qui ont fortement impacté nos productions agricoles.
Nous avons besoin de la considération de la République afin de pouvoir travailler dans de bonnes conditions, sans subir la pression des contrôles de votre administration, et de voir les tâches administratives allégées, dans le cadre de la simplification administrative en faveur des agriculteurs. À ce sujet, nous attendons toujours que votre administration accepte de se mettre autour de la table pour écouter les agriculteurs et leurs syndicats sur leurs propositions.
À quand cette réunion, Monsieur le Président ?

Par ailleurs, nous vous demandons de bien vouloir procéder au versement de toutes les aides 2024, suite au cyclone Belal et à la sécheresse, afin de redonner de la trésorerie aux exploitations agricoles et relancer les différentes filières. Des engagements ont bien été pris récemment par le ministre des Outre-mer, mais nous sommes toujours dans l’attente des versements des aides de 2024.
D’autre part, La Réunion connaît une situation sociale très difficile, avec un certain nombre de paramètres qui pénalisent fortement le quotidien de nos concitoyens et des retraités pour l’achat de produits locaux. La vie est 37 % plus chère à La Réunion en ce qui concerne l’alimentaire, 36 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, et le taux de chômage atteint 17 %, voire 29 % chez les jeunes. La population a de plus en plus de mal à se nourrir et à se loger.
La fonction première de l’agriculture est de nourrir la population. Encore faut-il que l’État joue pleinement son rôle d’arbitre dans la formation des prix et mette un terme aux pratiques peu scrupuleuses dans les magasins de vente de produits alimentaires.
À chaque événement climatique, ce sont toujours les agriculteurs qui sont pointés du doigt. Les réseaux sociaux s’acharnent sur eux. Les agriculteurs souhaitent simplement vivre correctement de leur métier, et nous vous assurons que, sous les tropiques, les conditions et les risques sont bien plus importants que dans l’Hexagone. Nous déplorons cet amalgame systématique envers notre profession et demandons que des moyens concrets soient mis en œuvre, dans le cadre de la loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations, afin de prendre en compte ces réalités dans les décrets d’application pour sauver notre agriculture et lui redonner une nouvelle image auprès des consommateurs.

Un sujet d’inquiétude majeur pour la profession concerne la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS 2024), articles 18 et 26. Il est prévu de modifier les bases de calcul des cotisations sociales des travailleurs non-salariés agricoles à partir du 1er janvier 2026. Au lieu d’être basées sur une superficie et donc sur un forfait, comme actuellement, les cotisations seraient calculées sur le bénéfice agricole. À titre d’exemple, pour un bénéfice de 50 000 €, les cotisations passeraient d’un forfait d’environ 2 000 € à un montant proche de 15 000 à 20 000 € par an.
Le gouvernement justifie cette évolution par une volonté d’équité et une amélioration de l’acquisition des droits à prestations. Cependant, ce changement entraînera incontestablement un coût supplémentaire pour les agriculteurs.
Toutefois, la loi prévoit la possibilité de modifier ce texte dans les 18 mois suivant sa parution, en ce qui concerne son application aux non-salariés agricoles exerçant en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à La Réunion, à Mayotte, à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin.

Nous vous demandons, Monsieur le Président, de bien vouloir intervenir auprès du ministère des Finances pour revoir cette décision injuste, prise sans concertation à l’échelon départemental, et qui mettra en péril l’équilibre financier des exploitations agricoles si elle n’est pas remise en cause.
Par ailleurs, nous sommes très inquiets pour l’année 2026 quant aux dotations financières réservées aux DROM, notamment à cause des annonces du ministère des Finances dans le cadre des réductions budgétaires. Notre agriculture a besoin d’un rebond financier, et non l’inverse, pour remettre sur pied nos exploitations. Toute coupe budgétaire pourrait être fatale et compromettre notre programme de souveraineté alimentaire, signé en octobre 2023 avec le Préfet, les collectivités locales et les organisations agricoles.

Nous vous demandons également de revoir :
• Les conditions d’indemnisation du fonds de secours pour les calamités agricoles, qui ne sont plus adaptées au contexte local lors des événements climatiques. Les niveaux d’indemnisation sont aujourd’hui trop faibles, car le dispositif actuel impose de remplir deux conditions cumulatives : une baisse du chiffre d’affaires et du tonnage produit à l’hectare.
• Les conditions d’éligibilité au financement du POSEI et du CIOM. Dans le cadre de la réforme prévue pour 2026, nous souhaitons que vous preniez en compte la forte demande des agriculteurs indépendants, majoritaires à La Réunion. Cela permettrait d’aller vers une meilleure structuration des filières, avec des conditions similaires à celles mises en place à Mayotte, notamment l’instauration d’aides surfaciques permettant une ouverture accrue des aides aux petits producteurs agricoles. C’est une demande forte pour stabiliser leurs revenus et leur redonner confiance dans l’avenir de l’agriculture.

Monsieur le Président,
La Réunion est une terre de projets et d’ambition, avec des agriculteurs résilients malgré les différentes crises de ces dernières années (COVID, guerre en Ukraine, cyclone, sécheresse). Nous demandons que les politiques publiques soient adaptées à notre territoire et à notre agriculture réunionnaise, afin de nous accompagner et de nous aider à produire des biens de consommation sains, de qualité, en volume et avec régularité.

Etiquettes : CGPER | Emmanuel Macron

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