"Nous sommes dans une gestion millimétrée" : Budget rectificatif, audit et tensions de trésorerie... Conseil de "rigueur" à Saint-Leu

Réuni jeudi soir 22 octobre pour sa séance mensuelle, le conseil municipal de Saint-Leu s'est déroulé sous le signe des tensions budgétaires et de la rigueur financière. Entre alertes sur la trésorerie municipale, arbitrages délicats sur les dépenses de fonctionnement, recherche de recettes oubliées et craintes d'impasse sociale, l'exécutif communal affirme naviguer au cordeau. Fait notable qui a sans doute permis des débats assez calmes (pour une fois), Thierry Robert n'était pas présent.
Dès l'ouverture des débats, le maire est longuement revenu sur la visite récente du préfet, l'occasion d'exposer les fragilités des infrastructures locales en matière d'eau et d'aménagement du littoral. Face à la dépendance historique à la Saphir et au basculement des eaux, la municipalité promeut l'utilisation d'eaux grises pour l'agriculture, tout en rappelant que ce devoir de soutenir le monde agricole et d'éviter de laisser l'eau partir à la mer ne peut reposer sur les seuls deniers locaux, à l'heure où l'État s'inscrit dans un cycle prononcé de baisse des dépenses publiques.
L'actualité environnementale s'est également invitée à travers l'avertissement solennel formulé autour de l'étang de Saint-Leu, résumé par un dilemme cornélien : relâcher l'eau au risque d'asphyxier et de tuer le lagon, ou la retenir avec la menace constante d'inonder le centre-ville.
Cette gestion au cordeau s'inscrit dans un climat économique particulièrement rude, touchant de plein fouet les foyers et l'activité. S'appuyant sur les indicateurs alarmants des familles dans l'incapacité de régler la cantine scolaire, le maire a alerté en déclarant "Je vous le dis très clairement, nous sommes dans une grave crise sociale. Pour s'en sortir, il faut que nous restions solidaires. On n'y arrivera pas si on garde une mentalité individualiste."
Dans ce contexte, la mairie a introduit son nouveau directeur général des services, Valère Sitalapresad, un ancien du Département qui affiche d'emblée une ambition claire en affirmant "Je suis sûr qu'il y a encore des marges de manœuvre budgétaires à trouver et il faudra les trouver malgré ce contexte de tension nous allons travailler pour."
Services essentiels ?
Loin de se limiter au seul débat budgétaire, la question financière et la gestion des deniers publics se sont étalées sur la quasi-totalité des neuf affaires inscrites à l'ordre du jour du conseil municipal. Qu'il s'agisse du fonctionnement quotidien de la régie, des ressources humaines, de l'aménagement ou du soutien au tissu économique local, chaque délibération a donné lieu à des arbitrages motivés par la recherche d'équilibre et de sobriété dans un contexte d'extrême tension sur la trésorerie communale.
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Cette omniprésence de l'enjeu comptable s'est traduite par une traque systématique des marges de manœuvre, une réévaluation permanente des priorités de dépenses et une exigence accrue de transparence vis-à-vis des contribuables. De l'effort de rationalisation des services à la quête de recettes d'opportunité, la municipalité a cherché à démontrer sa capacité à maintenir les services essentiels tout en naviguant dans un étau budgétaire de plus en plus resserré.
Budget rectificatif et choix assumés face à la réalité financière
Le cœur de la séance s'est ensuite concentré sur l'examen et l'approbation de la première décision modificative du budget principal 2026, actant une hausse équilibrée de 700.000 euros en dépenses et en recettes de fonctionnement, pour porter l'enveloppe globale à 55.862.828,08 euros. Indiquant qu' “Il faut être au plus juste par rapport aux réalités. 700.000 € de hausse, c'est notamment lié à la hausse de l'électricité et au coût de la cantine”, l'édile a justifié les choix de l'exécutif.
Concrètement, la collectivité a dû injecter 500.000 euros supplémentaires au chapitre des charges à caractère général pour éponger les factures énergétiques et la restauration scolaire, tandis que 750.000 euros ont été ajoutés à la masse salariale pour absorber les revalorisations réglementaires.
Heureusement, la commune a échappé à une lourde épée de Damoclès en constatant que “Bonne nouvelle, nous n'aurons pas d'amende liée à la loi SRU, qui était de près de 750.000 €. Nous avons réussi à présenter à l'État un plan de construction de logements qui nous a permis d'échapper à cette amende”.
Quant à l'évolution des effectifs, l'exécutif défend ses choix d'organisation avec fermeté en assurant que "Nous sommes dans une gestion millimétrée depuis qu'on est à la mairie. Il n'y a pas d'augmentation de personnel, il a même une légère diminution, car pour nous, mais je veux être clair, pour nous, le personnel communal n'est pas une variable d'ajustement."
Si les effectifs globaux ont glissé de 1.188 agents en mars à 1.106 en octobre, sous l'effet conjugué d'une baisse des contrats PEC non renouvelés par l'État et d'ajustements internes, la titularisation d'anciens stagiaires recrutés sous la mandature précédente a été pleinement assumée.
Investissement
Estimant que "Peut-être que l'ancienne équipe dans ses prévisions n'avait pas prévu de titulariser ces stagiaires, mais en tout cas, ça nous semblait injuste", l'édile a rappelé que ces titularisations s'accompagnent naturellement d'une hausse des charges sociales et des salaires pour des agents effectuant un travail remarquable. Au total, en prenant en compte les mouvements d'investissement, le budget primitif 2026 s'équilibre ainsi à 80.346.043,31 euros.
Poursuivant sa politique d'assainissement, le conseil municipal s'est également prononcé sur l'épuration définitive de 185 opérations anciennes relatives aux retenues de garantie, dormant dans des comptes d'imputation provisoire pour un montant total de 700.000 euros.
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Une rentrée financière inattendue qui illustre la méthode de l'équipe en place, le maire martelant que "Nous sommes dans la fiabilisation des comptes. Quand nous sommes rentrés à la mairie, nous avons découvert des schémas opaques de financement. Nous sommes en tension, mais nous ne sommes pas passifs. Nous allons récupérer cet argent".
Levier de médiation
Sur un plan pratique pour dynamiser le centre-ville et répondre aux demandes des commerçants et des habitants, cinq dimanches chômés ont été ouverts au travail pour l'année 2027, précisément les 7 février, 5 septembre, 28 novembre pour le Black Friday, ainsi que les 12 et 19 décembre pour les fêtes de fin d'année.
Dans le même temps, la municipalité a acté la création d'un agent de police urbaine, pensé comme un levier de médiation, de contrôle et de sanction afin de préserver la paix sociale, de réguler l'espace public et de prémunir le territoire contre les dérives urbanistiques.
Les premiers résultats de l'audit financier d'ici trois mois
La fin de la séance a donné lieu à des échanges plus vifs, l'élu d'opposition Jacky Codarbox interpellant l'exécutif sur les retards pris dans la concrétisation de l'audit financier promis lors de l'installation de la nouvelle équipe. Une impatience partagée par le maire, qui a reconnu que "On partage cette analyse, on a le même sentiment. Pour nous aussi, ça ne va pas assez vite. Mais un marché public a été engagé."
Le nouveau DGS, Valère Sitalapresad, a apporté des précisions techniques en expliquant que le cabinet privé lauréat travaille depuis octobre, en coordination avec un référent interne de l'administration, sur une mission globale mêlant audit financier et évaluation du projet administratif. Les premiers résultats intermédiaires sont escomptés d'ici environ trois mois pour structurer la future réorganisation des services.
Difficultés et manques de trésorerie
Le maire a toutefois tenu à clore les débats en jetant une lumière crue sur la réalité des caisses de la commune, soulignant que "c'est une demande beaucoup plus profonde que nous avons fait et pas seulement un simple audit financier. Il doit être riche en termes de données à présenter à la population. Nous avons des difficultés et des manques de trésorerie au point qu'il y a un risque, au point que nous avons déjà vu le risque d'avoir des difficultés à payer aussi bien les denrées alimentaires de la cantine, voire dans le pire des cas, les salaires des agents communaux. Nous devons agir avec responsabilité."


