Saint-Leu : jugé pour avoir éventré une chienne avec un sabre

Un Saint-Leusien comparaissait ce vendredi 9 octobre devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre pour sévices graves ou actes de cruauté envers un animal, après avoir frappé la chienne Vanille le 10 août 2025 à Saint-Leu. L’animal a survécu, mais a perdu un rein. Le parquet a requis 100 heures de travail d’intérêt général. Le jugement sera rendu le 11 décembre.
Le 10 août 2025, un homme se promène dans les hauts de Saint-Leu avec sa belle-fille et ses deux chiennes. À la vue de cabris, Vanille, une chienne de berger, se met à leur courir après. Elle arrive près de Sébastien L., qui accompagne ses animaux et porte un sabre. Il lui assène un coup.
Le propriétaire croise ensuite Sébastien. Selon son récit, celui-ci tente de dissimuler sa lame et lui indique que la chienne a peut-être reçu un coup de cabri. Le prévenu conteste avoir donné cette explication. La belle-fille rapporte également une attitude agressive à son égard, alors qu’elle s’excuse de la gêne occasionnée.
Lorsque son maître retrouve Vanille, ses viscères sont apparentes. La chienne est transportée en urgence à Saint-Paul pour être soignée. Son pronostic vital est engagé. Elle est sauvée, mais les vétérinaires doivent lui retirer un rein.
Le propriétaire et sa femme reviennent ensuite dans le secteur pour chercher des témoins. Ils arrivent par hasard au domicile de Sébastien. Les deux camps décrivent un échange conflictuel, dont ils se renvoient la responsabilité. Les propriétaires déposent plainte.
À l’audience, Sébastien invoque la peur
Jugé après un échec de la procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), Sébastien reconnaît le coup, mais conteste avoir voulu blesser Vanille. Il affirme que la chienne était agressive et qu’il cherchait seulement à l’intimider.
Le président relève que cette présentation d’un animal menaçant ne figurait pas dans les mêmes termes lors de son audition. Le prévenu précise alors que Vanille n’attaquait pas les bêtes, mais leur courait après. Il assure avoir eu peur et avoir porté un « petit coup » pour la repousser.
Sébastien insiste aussi sur le fait que personne n’aurait directement assisté à la scène. La jeune fille a bien aperçu le mouvement de frappe depuis une butte, sans distinguer ce qu’il touchait. Le président lui fait toutefois remarquer que les descriptions concordent largement avec son propre récit.
Présent à l’audience, le propriétaire évoque le traumatisme vécu par la famille. Il décrit Vanille comme une chienne gentille, qui voulait jouer avec les cabris. Sébastien affirme, de son côté, avoir subi des menaces de mort sur les réseaux sociaux et avoir porté plainte.
« Je regrette d’avoir fait ce geste », déclare-t-il.
Les parties civiles dénoncent un geste disproportionné
Me Stéphanie Panurge, l’avocate des propriétaires, conteste la version d’un coup porté pour se protéger. Elle souligne que la blessure se situe sur le flanc de Vanille, alors que Sébastien décrit une chienne arrivant face à lui. Elle rapporte également que le vétérinaire n’a jamais constaté de comportement agressif de la chienne lors des consultations.
Elle rejette aussi l’idée d’une chienne en divagation : son propriétaire cherchait à la rattraper et elle restait, selon elle, à portée de vue, "mais pas à portée de voix puisque la chienne ne pouvait pas entendre, comme elle agonisait avec les viscères à l'air."
Pendant sa plaidoirie, le président du tribunal remarque sur une meilleure version d'une photographie que Vanille portait un harnais rouge. Il rappelle Sébastien à la barre pour l’interroger sur ce signe visible de la présence d’un propriétaire. Le prévenu répond ne pas l’avoir vu dans l’affolement.
Pour l’avocate, renforcée par cette interruption, plusieurs moyens permettaient d’éloigner la chienne sans lui infliger une telle blessure. Elle demande 4.000 euros au titre du préjudice moral pour chacun des deux propriétaires, 2.760 euros de frais vétérinaires et le remboursement de leurs pertes de salaire : 1.001 euros pour l’homme et 504 euros pour sa femme.
L’avocate de la Fondation Brigitte Bardot soutient, elle aussi, que le coup de sabre constitue un acte de cruauté en lui-même. Elle réclame 2000 euros de dommages et intérêts pour la fondation et 800 euros de frais d’avocat.
Le parquet requiert 100 heures de TIG
Pour le procureur, ce "simple fait divers" confronte en réalité deux faits de société majeurs : les animaux insuffisamment contrôlés par leurs propriétaires et les violences commises contre eux. Il considère le coup comme volontaire, mais décrit davantage un acte violent et une mauvaise réaction qu’un comportement de tortionnaire.
Le magistrat souligne que Sébastien disposait d’autres solutions. Il s’étonne également qu’un homme disant avoir été menacé par une chienne agressive ait pu repartir tranquillement sans chercher à vérifier si elle le suivait encore ou ce qui lui était arrivée.
Il requiert 100 heures de travail d’intérêt général, à effectuer dans un délai de 18 mois.
La défense conteste l’intention de blesser
Pour la défense, Me Brigitte Hoarau insiste sur la peur ressentie par son client. Elle soutient qu’il n’a porté qu’un coup, sans acharnement, et qu’il aurait pu tuer l’animal s’il en avait eu l’intention étant donné qu'il était muni d'un sabre utilisé lors des rituels de sacrifice de cabris.
Elle reconnaît que Vanille ait pu chercher à conduire le troupeau, sans que Sébastien comprenne son comportement. L'avocate invoque néanmoins une divagation et demande que la responsabilité des propriétaires soit également prise en compte.
La défense dénonce par ailleurs les menaces visant le prévenu sur les réseaux sociaux, alors que sa plainte a été classée sans suite. Elle conteste les demandes financières des parties civiles, en mettant en cause les justificatifs présentés et en évoquant une cagnotte ouverte après les faits.
Le tribunal rendra sa décision le 11 décembre.


