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"Le compte n'y est pas" : Saint-Benoît vote contre le projet de SAR de la Région

Ecrit par P.M. – le mercredi 21 octobre 2026 à 06H33
nou accepte pas la manière dont nous sommes traités", a lancé l'édile qui s'est dit "un peu en colère" en début de séance (photo d'archives).

Lors de son conseil municipal, ce mardi 20 octobre, Saint-Benoît a émis un avis défavorable, en l’état, sur le projet de Schéma d’aménagement régional à l’horizon 2050. Si la mairie reconnaît des avancées, elle juge les objectifs de logements disproportionnés et réclame davantage de possibilités foncières pour le développement économique, notamment dans les Hauts. Elle demande à la Région de revoir sa copie copie et se réserve la possibilité de déposer un recours.

"L’Est n’est pas entendu par la Région, Saint-Benoît n’est pas entendu." Avant le conseil municipal appelé à rendre ce mardi un avis sur la révision du Schéma d’aménagement régional (SAR), Patrice Selly avait déjà donné le ton. Pour le maire de Saint-Benoît, le document ne répond pas à l’ambition de "rééquilibrage" en faveur de l’Est.

Sans attendre la consultation officielle, la commune a rendu lors du conseil un avis - consultatif - défavorable en l’état et demande que ses réserves soient examinées avant l’arrêt du projet. Celui-ci est annoncé pour la fin octobre, avec une assemblée plénière évoquée le 30 octobre par le maire.

"Le compte n'y est pas, pour l'Est et les communes de l'Est" a insisté Patrice Selly lors du conseil. "Pas une opposition de principe, je défends les intérêts de Saint-Benoît et nou accepte pas la manière dont nous sommes traités", a lancé l'édile qui s'est dit "un peu en colère" en début de séance. 

Des avancées mais jugées insuffisantes

Le rapport présenté au conseil municipal ne balaie pas pour autant certaines avancées avec la Région. La commune prend notamment acte de l’inscription de la déviation de Sainte-Anne dans l’enveloppe régionale de mobilité et du relèvement de 5 à 15 % du seuil de commerces et services admis en zones d’activités.

Lire aussi : "Nou lé pas plis, nou lé pas moin" : Saint-Benoît et la Région s’écharpent par communiqués interposés

Elle relève également la reconnaissance de La Confiance et du Chemin de Ceinture comme pôle de proximité rural, ainsi que l’ajustement des coupures d’urbanisation au niveau de la station d’épuration, permettant de prendre en compte son extension. Les possibilités ouvertes pour la requalification des friches hôtelières, le logement de l’exploitant agricole et la méthanisation figurent aussi parmi les avancées retenues.

Mais, pour la municipalité, ces évolutions sont loin de suffire.

La majorité estime que ses besoins en foncier ne seront couverts qu'à hauteur de 37% (photo d'archives).

13 000 logements jugés trop nombreux au regard des besoins

Le premier grief concerne la production de logements. Le projet de SAR prévoit environ 28 900 logements pour l’Est, contre quelque 22 500 dans le projet de Schéma de cohérence territoriale (SCoT), dont 10 095 à Saint-Benoît.

En appliquant à la commune sa part habituelle dans la production du bassin, de l’ordre de 45 %, la municipalité estime que l’objectif atteindrait quelque 13 000 logements, quand l'INSEE chiffre ce besoin à environ 10 000, selon la ville.

Si l’objectif total pour l’Est a déjà été abaissé par rapport aux 32 300 logements inscrits dans la version de décembre 2025, la mairie considère que la majoration d’environ 28 % par rapport au projet de SCoT reste injustifiée au regard des capacités du territoire.

Lire aussi : Aménagement : le projet de SAR 2050 présenté aux élus par la Région

"Ce qu’on nous propose dans le projet, c’est beaucoup de construction de logements, mais très peu de foncier pour du développement économique", résume Patrice Selly. Avec le risque, selon lui, de maintenir l’Est et Saint-Benoît "sous cloche, en en faisant des territoires dortoirs". Durant la séance, il évoque Saint-Paul ou au contraire "les quotas de logements sociaux ne sont pas atteints, à la différence de Saint-Benoît".

La commune redoute aussi les conséquences sur les densités. "Il faudrait construire des immeubles de 7 à 8 étages, c'est inacceptable". Elle conteste également un calendrier prévoyant 70 % de la production avant 2041, jugé susceptible de concentrer les opérations et les pressions sur les équipements.

"Je ne suis pas le porte parole ni un élu de la Région", a rétorqué Jérémy Vidot à Patrice Selly (photo d'archives, Sabrina Ramin étaient absente ce mardi au conseil).

Une réponse à 37% des besoins estimés

Au coeur des tensions, le projet de SAR identifie pour Saint-Benoît environ 159 hectares de capacités d’extension urbaine : 104 hectares cartographiés et 55 hectares non cartographiés quand la commune évalue ses besoins à 434 hectares, dont 260 pour l’activité économique. L’enveloppe reconnue ne couvre que 37 % de ses besoins, dénonce la mairie.

Pour la municipalité, ces surfaces doivent permettre de répondre simultanément au logement, à l’accueil d’entreprises et aux équipements publics, tout en préservant les activités agricoles. Elle refuse que la production de logements se fasse au détriment du foncier économique.

"On nous donne un peu de saupoudrage de foncier ici et là, mais ça ne correspond pas aux besoins réels qu’on a exprimés depuis maintenant quatre ans de concertation auprès de la Région", déplore Patrice Selly.

"Le volume, le quota qu'on demande n'est pas atteint, contrairement au Sud et à l'Ouest. Les perdants de ce nouveau schéma d'aménagement régional sont les territoires Nord et Est", avait par ailleurs fustigé avant la séance le premier magistrat. Selon lui, son homologue de Saint-André et président de la Cirest, Joé Bédier, serait du même avis, annonçant une future prise de parole sur le sujet.

Lire aussi : Schéma d’Aménagement Régional : L’axe Saint-Pierre / Le Tampon le GRAND OUBLIÉ du réseau régional

Les Hauts réclament aussi leur place

La mairie demande également que les Hauts bénéficient de possibilités de développement, pour accueillir des activités et des services de proximité. Patrice Selly évoque cinq hectares disponibles et réclame au moins le double. 

Autre demande : bénéficier prioritairement de l’enveloppe d’équilibre de l’Est, soit 263 hectares à répartir par le SCoT, en dehors du quota communal. Selon le rapport, cette réserve ne serait en principe mobilisable qu’à partir de 2041. Saint-Benoît réclame son ouverture dès l’approbation du schéma, en soulignant le décalage avec l’objectif de réaliser 70 % des logements avant cette échéance.

Au-delà des surfaces, Saint-Benoît demande des engagements sur les infrastructures nécessaires à son développement : eau potable, assainissement, voirie et équipements publics. 

La majorité a voté contre en l'état le projet de SAR et se réserve le droit de déposer un recours.

"Nou lé peut-être trop vilan dans l'Est !"

Sur ce point, le maire de Saint-Benoît n'a pas mâché ses mots en évoquant notamment le dossier de l'IRTS : "Pour lequel la ville a proposé un terrain sur le secteur de Beauvallon à la Région en septembre 2024 et la Région nous avait écrit pour dire oui on fait, cela fait deux ans et depuis plus de nouvelles, plus de son et plus d'image sur l'IRTS".

Pas mieux pour l'édile concernant un projet d'échange de terrain pour le CFPPA ou la demande de mise à disposition des anciens locaux du conservatoire au Ludoparc. "C'est un manque de respect à notre égard, nou le peut-être trop vilain dans l'Est !". 

Il évoque le début des travaux du doublement des voies entre la fin de la RN2 et le rond-point des Plaines "un projet qui date de Didier Robert, ça fait 10 ans !" 

Lire aussi : SAR 2050 : face aux 3 000 hectares urbanisables, le Département pose ses conditions à la Région

"Je n'aurai pas la mémoire courte"

Le discours devient alors plus politique : "J'ai étudié les résultats des régionales de 2021 à Saint-Benoît*, je n'ai pas la mémoire courte et je n'aurai pas la mémoire courte, quand il sera temps je ne manquerai pas de rappeler certaines choses que certains ont oublié, il faut arrêter la politique politicienne". 

Vous [la Région] ne respectez pas la population de Saint-Benoît, aucun projet annoncé depuis 2021 n'est terminé pour Saint-Benoît, c'est ça la vision pour l'Est et Saint-Benoît ?", a ensuite taclé l'élu en réponse à l'opposant Jérémy Vidot. Nous reviendrons dans un prochain article sur les autres dossiers et prises de parole durant le conseil notamment autour des récentes violences urbaines.

* Victoire d'Ericka Bareigts au premier tour sur Saint-Benoît avec 35,7% des voix devant Didier Robert Huguette bello (13,8%) qui l'avait remporté au second (53,6%) face au président sortant

Jérémy Vidot défend la “vision régionale pour l’Est”

“Nous faisons confiance à la vision régionale pour l’Est.” L’opposant Jérémy Vidot a défendu, en réponse, les orientations portées par la présidente de Région, estimant qu’elles se traduisent par des investissements et des projets concrets pour le territoire.

L’élu a notamment cité les engagements financiers dans les infrastructures routières, les aides au secteur économique et le projet Réunion Express, qu’il présente comme une future “bouffée d’oxygène”. Il a également évoqué les perspectives d’implantation d’un lycée du tourisme et d’une université dans l’Est. “On voit bien qu’il y a eu un avant 2021 et un après 2021”, a-t-il soutenu.

En réponse au maire, Jérémy Vidot s’est toutefois défendu d’être le "porte-parole" de la Région, rappelant qu’il n’en était pas non plus un élu. Il a également affirmé que le SAR n’imposait pas la construction de logements, à la différence de la loi SRU. Une lecture contestée par Patrice Selly.

Pour Jérémy Vidot, l’ambition régionale justifie de privilégier le dialogue, tout en demandant des ajustements au projet de SAR. “Cette ambition nécessite de travailler avec les institutions qui portent les projets structurants”, a-t-il insisté, avant d’annoncer que son groupe ne suivrait pas la majorité sur ce dossier.

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