"Où est l’État ?" : après les critiques de Patrice Selly, le "recadrage" du sous-préfet et de l’État

Après l'attaque contre la gendarmerie de Bras-Fusil, le maire de Saint-Benoît a condamné en début de semaine les violences et critiqué la stratégie de l’État, lui réclamant une réponse ferme et des mesures concrètes contre la vie chère. La réponse de l'Etat est tombée ce mardi matin lors d’un CLSPD, sous la forme d'une sorte de recadrage du sous-préfet de Saint-Benoît, selon nos informations, qui a rappelé les moyens engagés notamment pour la création de la brigade de Bras-Fusil ou le financement de la vidéoprotection.
Si le ton est resté courtois, nous dit-on, il était aussi ferme.
Dire que les services de l’État n’ont pas apprécié le communiqué envoyé en début de semaine par le maire de Saint-Benoît relève de l’euphémisme. Et selon les éléments qui nous ont été rapportés, le sous-préfet de Saint-Benoît, Fabrice Bonicel, ne s’est pas gêné pour le faire savoir ce mardi matin à l’intéressé.
Le cadre : un CLSPD (conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance) exceptionnel organisé à la mairie à la suite des violences urbaines qui ont émaillé La Réunion samedi soir. À Bras-Fusil, la façade de la brigade de gendarmerie a été endommagée par un incendie allumé par des jeunes, mettant en danger les habitants situés au-dessus.
"L’autorité de l’État ne peut plus se résumer à l’impuissance et aux discours !" Dans un communiqué, Patrice Selly avait interpellé dans la foulée les pouvoirs publics sur leur réponse aux violences, posant une question plus générale sur la politique de sécurité menée dans l’île : "Où est l’État ? Quelle est sa stratégie ? Et combien de temps encore La Réunion devra-t-elle subir une politique qui semble davantage gérer les crises que les prévenir ?"
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Une prise de position à laquelle Fabrice Bonicel aurait répondu en préambule du conseil de sécurité, réuni ce mardi matin en format restreint, en présence des élus de la ville, des gendarmes et des bailleurs sociaux.
"Des affirmations erronées"
Patrice Selly avait notamment demandé à l’État de reprendre "l’initiative" via une présence permanente sur le terrain, des moyens adaptés et une véritable stratégie de prévention.
Selon nos informations, le sous-préfet aurait contesté cette présentation de l’action publique, évoquant des "affirmations erronées" concernant une supposée inaction de l’État. Il a défendu l’intervention de ses services, tant dans la gestion des crises que dans la prévention de la délinquance.
Fabrice Bonicel aurait également regretté que cette interpellation publique donne un sentiment de "désunion" entre la commune et l’État au moment où l’unité est la plus nécessaire face aux violences.

Une brigade et un squat démantelé à Bras-Fusil
Face aux critiques du maire, le représentant de l’État aurait rappelé la mise en place par le préfet, dès sa prise de fonction, d’un plan anti-bandes pour lutter contre la délinquance organisée et la prévenir, avec un examen hebdomadaire de situations particulières et des interventions en conséquence. Le démantèlement d’un important squat, à Bras-Fusil, aurait été cité parmi les résultats récents obtenus.
Le sous-préfet a aussi rappelé la création en 2024 de la brigade de Bras-Fusil, avec six gendarmes affectés en permanence. Il aurait mis en avant le travail de proximité et de prévention mené depuis son installation, entrainant une amélioration de la situation dans le quartier, selon lui, malgré le rebond des violences samedi 17octobre. Il a mis en avant un retour au calme depuis.
Plus de 800 000 euros en trois ans
Alors que Patrice Selly a réclamé davantage de moyens, Fabrice Bonicel a aussi détaillé le soutien financier apporté à Saint-Benoît. Toujours selon nos informations, il aurait chiffré à plus de 800.000 euros l’investissement de l’État sur les trois dernières années, notamment pour le déploiement de caméras de vidéoprotection et d’un CSU (centre de supervision urbain), soit près de 80 % du coût total de ces équipements.
Le sous-préfet aurait souligné l’importance de cette participation, présentée comme particulièrement élevée par rapport à celle accordée à d’autres communes de l’île. Un accompagnement qu’il aurait justifié par la nécessité d’aider Saint-Benoît à rattraper son retard en matière d’équipements de sécurité.
Une coordination et des horaires à revoir pour la police municipale
Le représentant de l’État se serait également montré critique sur l’organisation des services municipaux, ciblant une coordination "perfectible" entre la police municipale et la gendarmerie. Fabrice Bonicel aurait par ailleurs évoqué l’absence d’interventions de la police municipale le week-end et demandé une présence des médiateurs municipaux à des horaires mieux adaptés aux besoins des quartiers.
Pas de clash à la sortie du CLSPD, mais une explication de texte qui s'est poursuivie par une rencontre entre le maire, les élus et le sous-préfet dans le bureau de l'édile. Une façon pour l’État de défendre son bilan tout en lançant un appel à l’unité des institutions face aux violences qui ont choqué la population.
Pas de couvre-feu décidé pour le moment sur Bras-Fusil, le calme étant revenu depuis. Des moyens supplémentaires de sécurité seront par contre déployés en vue du week-end prochain et surtout d'Halloween.
Interrogé à l'issue du CSLPD, Patrice Selly a également appelé à une "meilleure communication" entre Etat, forces de l'ordre et mairie, notamment à la veille des violences qui avaient éclaté en début de semaine dernière devant le lycée professionnel Patu-de-Rosemont, "ce qui nous aurait permis de fermer en amont les deux écoles du secteur".


