"Nou lé pas plis, nou lé pas moin" : Saint-Benoît et la Région s’écharpent par communiqués interposés

Le ton est monté d’un cran ces derniers jours entre la mairie de Saint-Benoît et la Région Réunion. A l'origine : l’avis défavorable rendu par la collectivité régionale sur une modification du Plan local d’urbanisme liée à la future zone d’activité de Beauvallon, mais aussi plusieurs dossiers de financement post-Garance.
Ce qui n’était au départ qu’un dossier technique autour d’une modification simplifiée du Plan local d’urbanisme (PLU) s’est transformé au fil des jours en véritable passe d’armes politique et institutionnelle.
Point de départ : le conseil municipal de Saint-Benoît du mardi 30 juin et le projet d’aménagement de la zone de Beauvallon. La procédure vise à reclasser environ 3,5 hectares afin d’y développer des commerces et services complémentaires à la future zone de formation et d’activités économiques prévue dans ce secteur stratégique de la Rivière-des-Roches.
Lors du débat, le maire bénédictin dénonce le vote contre émis par la Région : « Comment peut-on nous dire tous les quatre matins, comme le fait la Région, qu’on veut aider l’Est et favoriser le rééquilibrage territorial, et nous opposer un avis défavorable dès qu’on présente un projet, en invoquant un SAR [schéma d’aménagement régional] qui date de 2011 et qui est en cours de révision ? », relate le Quotidien, présent à la séance.
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Seule la Région a émis un avis défavorable sur le dossier, le Parc national, le Département, la Cirest, la CCIR et la préfecture ont eux émis des avis favorables ou sans remarques particulières, note le rapport, voté à la majorité (abstention de l'opposition). Des avis qui restent consultatifs.
Un peu plus tard, au tour de son premier adjoint, Ridwane Issa, de regretter l'absence de soutien financier régional sur plusieurs dossiers liés à la reconstruction après le cyclone Garance, via le fonds Restore.
Le premier adjoint cite le cas du gymnase Christophe-Ramon, dont le projet de reconstruction n'a pas été retenu. Même incompréhension du côté de la deuxième adjointe, Valentine Serrano, qui s'est interrogée sur le refus de financer la reconstruction de l'école Raphaël-Elie, rapporte également le média.
La Région : « Une incompréhension, sinon une mauvaise foi »
Dans un droit de réponse adressé au Quotidien, la Région Réunion a dénoncé des propos « ouvertement polémiques » et estimé qu'ils traduisent « une incompréhension, sinon une mauvaise foi ».
Concernant Beauvallon, la collectivité affirme que le secteur est identifié dans le Schéma d'aménagement régional (SAR) comme un pôle d'activité à vocation régionale, destiné à accueillir prioritairement des activités économiques structurantes telles que l'industrie, l'artisanat, la logistique, la recherche ou la formation.
Selon la Région, le reclassement envisagé vers le commerce et les services serait contraire aux orientations du SAR actuellement en vigueur, même si une évolution des règles pourrait être envisagée dans le futur document actuellement en révision.
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Sur les financements post-Garance, la collectivité renvoie également la responsabilité à la commune. Elle affirme que certains projets, comme le gymnase Christophe-Ramon, ne répondaient pas aux exigences des financements européens mobilisés via le dispositif Restore. Quant à l'école Raphaël-Elie, les travaux déjà engagés empêcheraient son éligibilité à ce dispositif dans le cadre d'une reconstruction complète.
La Région met également en avant plusieurs investissements réalisés ou soutenus dans l'Est, citant notamment les financements de la traversée de Saint-Benoît, les aménagements liés au transport en commun en site propre, le Bassin Bleu ou encore le projet de reconstruction de l'IRTS : 20 millions d'euros (fonds Feder) pour la RN2, plus de 6 millions pour le TCSP, 861.000 euros pour le Bassin Bleu.
Et de tacler au passage la Cirest qui serait « le seul EPCI » à ne pas avoir déposé de dossier concernant l'adduction en eau potable sur le programme opérationnel Feder 2021-2027.
Patrice Selly dénonce des « revirements »
Dans un nouveau communiqué diffusé ce samedi 4 juillet baptisé "Saint-Benoît: nou lé pas plis, nou lé pas moin. Respecte a nou", Patrice Selly maintient ses critiques et réfute les arguments avancés par la collectivité régionale, pointant "les décisions et les revirements de la Région concernant Saint‑Benoît".
Le maire affirme au contraire que le projet de Beauvallon respecte bien le SAR de 2011. Selon lui, le règlement autorise explicitement l'utilisation de 5 % du foncier du pôle d'activité régional pour des commerces et des services.
« La commune s'appuie sur une analyse juridique solide et tient à la disposition de la Région la note détaillée qui lui a déjà été transmise il y a trois ans, au cas où elle l'aurait égarée », écrit-il.
L'édile balaie également l'argument consistant à mettre en avant les financements obtenus pour le TCSP ou le boulevard urbain. Selon lui, ces projets relèvent de fonds européens dont la Région n'est que gestionnaire et concernent des infrastructures structurantes pour l'ensemble du territoire réunionnais.
Patrice Selly évoque également le dossier de l'IRTS, rappelant qu'un courrier de la présidente de Région avait confirmé en 2024 le maintien de l'établissement à Saint-Benoît et la création d'un nouveau campus à Beauvallon.
« Plus aucune suite n'a été donnée à ce projet », regrette-t-il.
« Notre commune a besoin d'actes »
Sur la question de l'eau, le maire défend également les choix de la CIREST, expliquant que l'intercommunalité a privilégié d'autres financeurs, notamment l'Office de l'eau, dont les modalités de financement seraient plus avantageuses que celles du Feder.
Au-delà des arguments techniques, Patrice Selly accuse surtout la Région de freiner plusieurs projets structurants pour la commune.
« La vérité, c'est que notre commune a besoin d'actes, pas de communiqués », affirme-t-il.
« Quand la Région retire, retarde ou bloque des projets structurants par des avis défavorables, ce sont nos écoles, nos routes, nos zones d'activité, nos associations, notre jeunesse qui en paient le prix. »
Tout en réaffirmant sa volonté de travailler avec la collectivité régionale, le maire de Saint-Benoît prévient qu'il ne se contentera plus de ce qu'il qualifie de « belles incantations ».
« Mon seul camp, c'est celui des habitants, pas celui des appareils politiques ou des jeux d'alliances », conclut-il.
Si les prochaines élections régionales sont encore loin (mars 2028), le décor semble déjà planté.


