Notes de lecture - La fille dans le marais de Satan

Vous le savez tous, car vous êtes de petits futés, que je suis un inconditionnel du polar. Du bon polar plus précisément. Il en faut donc beaucoup, depuis le temps, pour me surprendre. Ben là, les enfants, vous allez être aussi surpris que moi, ça je puis vous le garantir !
Le titre déjà, sinistre à souhait, est bien propre à piquer la curiosité. Le propos est très simple et les auteurs, frère et soeur danois, annoncent la couleur dès les toutes premières pages.
Une jeune Nigériane venue de Lagos, plus exactement kidnappée à Lagos par un réseau de proxénètes européens, se voit infliger une sévère punition par ses tortionnaires pour la bonne raison qu’elle ne met pas assez de « conviction » dans son « boulot » et les clients s’en sont plaints : la jeune fille, même pas majeure au demeurant, est trop « inerte ».
Deux personnes la conduisent donc dans une cabane forestière pour lui enseigner les bonnes manières. Et là, ça sa gâte, la « punition » se passe très mal et le corps de cette moderne esclave est jeté dans un plan d’eau où il ne sera pas découvert (de façon fortuite) avant près d’une année.
C’est là que l’on retrouve Konrad Simonsen, directeur de la brigade criminelle de Copenhague, déjà rencontré dans « Morte la bête » et « Le prix à payer ». Ce dernier va avoir largement l’occasion d’ajouter une grosse poignée de cheveux blancs à ceux qui lui parsèment déjà le crâne.
Car tout au long des cinq cents pages du roman, les fausses pistes, faux indices et magouilles de toutes les farines vont se multiplier à foison pour notre plus grand plaisir. Elles sont, outre le plaisir de lire, l’occasion de découvrir les bas-fonds monstrueux de nos grandes villes européennes où le trafic de chair humaine se pratique à grande échelle, au vu et et au su de tous, sans qu’il soit possible d’y porter un coup d’arrêt tant les complicités sont nombreuses à tous les niveaux.
Les protagonistes, à de rares exceptions près, sont plus abominables les uns que les autres et la condensation de déchets humains, au fil des pages, dépasse l’entendement ! On découvre avec un ébahissement fortement teinté d’horreur, que l’humanité est encore plus horrible qu’on pouvait supposer. Ce qui prouve, de la part des auteurs, une puissante documentation.
Le plus surprenant, je vous laisse le découvrir et ça n’intervient que dans les toutes dernières pages. J’en ai lu, des polars. Vous aussi. Mais ça !… Alors ça, jamais ! Je vous en fiche mon billet, vous allez rester sur le… fondement, parole de lecteur.
On regrettera juste que la traduction en français est en-dessous de tout. Pas besoin d’être agrégé en Sorbonne pour le voir !
« La fille dans le marais de Satan »
Lotte et Soren Hammer
Actes noirs, Actes Sud
En librairie


