“Non à la bétonisation du Maïdo” : quand une pétition dénonce un projet… qui n’existe pas

La pétition “Non à la bétonisation du Maïdo” fait grand bruit sur les réseaux. Mais le projet qu’elle dénonce n’existe pas : aucun hôtel ne sera construit au belvédère. Ce qui est prévu, c’est la rénovation de l’ancien Parc Hôtel, fermé depuis 2004. Un nouvel épisode dans le feuilleton sans fin de cette friche aux portes du plus célèbre belvédère de l'île.
Lancée le 5 octobre, la pétition en ligne intitulée “Non à la bétonisation du Maïdo” alerte sur un prétendu projet de construction d’hôtel au sommet du célèbre belvédère. En réalité, il n’est nullement question de bâtir un nouvel établissement là-haut : le dossier concerne la réhabilitation de l’ancien Parc Hôtel du Maïdo.
La structure a fermé ses portes en 2004, laissant à l’abandon un domaine de 17 hectares, dont 2,39 hectares classés en zone urbanisable. Sur cette partie, 12 chalets, chacun composé de deux bungalows, ont été construits et existent toujours. Le projet actuel vise la réhabilitation de ces infrastructures, et non la création d’un complexe hôtelier sur un site vierge. Le domaine se situe à plus de 7 kilomètres en contrebas du belvédère, hors du cœur du Parc national et en dehors du périmètre classé UNESCO.
Sur la présentation, les initiateurs affirment vouloir empêcher la “construction d’un complexe hôtelier au cœur du site du Maïdo”. Une formulation trompeuse : aucun permis de construire n’a été déposé au niveau du belvédère. Malgré cela, la pétition a rapidement dépassé le millier de signatures — signe que la préservation du Maïdo reste un sujet hautement sensible pour les Réunionnais.
Le Parc Hôtel du Maïdo ou l’arlésienne de l’hôtellerie réunionnaise
L’histoire du Parc Hôtel du Maïdo est un serpent de mer politique à Saint-Paul. Depuis sa fermeture en 2004, plusieurs projets ont tenté de donner une nouvelle vie au domaine… sans succès. Sous Alain Bénard, la municipalité voulait en faire un lieu d’hébergement social, notamment pour accueillir des colonies de vacances ou créer un “village lontan” tourné vers la culture et la mémoire réunionnaise.
En 2008, Huguette Bello, fraîchement élue, avait lancé l’idée ambitieuse de transformer le site en centre académique de lecture et d’écriture destiné aux enfants des centres de loisirs. Mais le projet s’est soldé par un échec retentissant : trois ans de travaux, 600 000 euros dépensés et un arrêt brutal du chantier. Résultat : un site à l’abandon, dégradé, et des bâtiments partiellement inutilisables depuis.
Avec le retour de la droite aux affaires entre 2014 et 2020, c’est le groupe Excel qui manifeste son intérêt pour le projet dans les hauts. Là encore, rien ne se passera.
En 2021, rebelote avec l’annonce d’un projet d’hôtel quatre étoiles, doté d’un restaurant de 100 couverts et d’un spa. Les deux entrepreneurs “péi” n’ont finalement pas transformé l’essai au bout du délai d’un an fixé par la ville.
Pour l’instant donc, aucun nouvel hôtel n’est prévu au belvédère, et la remise en état des bâtiments pourrait enfin tourner la page de deux décennies de friches et d’échecs.


