Mayotte après Chido : "une vie est une vie, sans distinction"

Dix jours après le passage du cyclone Chido, Mayotte commence à sortir de l’urgence. François-Xavier Bieuville, préfet de Mayotte, a détaillé les actions en cours et les priorités pour les semaines à venir. La priorité est toujours à la logistique, à la santé et à la sécurité, avec un message d’unité et de solidarité : « Une vie est une vie, sans distinction. » Une première phase de stabilisation est amorcée, selon la préfecture de Mayotte.
Dix jours après le passage du cyclone Chido, Mayotte amorce une première phase de stabilisation. La gestion de l’urgence a permis de répondre aux besoins vitaux, mais les défis logistiques, sanitaires et sécuritaires restent nombreux. Le préfet François-Xavier Bieuville a dressé un point sur la situation lors d’une conférence, soulignant que les efforts se poursuivent.
Une logistique en amélioration, mais encore fragile
Depuis le début des opérations, 390.000 litres d’eau en bouteille ont été distribués dans 43 points de ravitaillement, couvrant 17 communes. En parallèle, 65 tonnes de produits alimentaires essentiels ont été acheminées. « La chaîne logistique entre Petite-Terre et Grande-Terre fonctionne désormais, mais nous ne sommes pas encore au bout du travail, » a précisé le préfet.
Les rotations maritimes et aériennes, avec jusqu’à 15 vols par jour, permettent d’acheminer plus de 100 tonnes de matériel quotidiennement. « Ce n'est pas un motif de satisfaction, mais un motif d’urgence. »
Toutefois, la production d’eau potable reste limitée à 23.000 m³ par jour. En conséquence, certains secteurs n’ont de l’eau que deux jours sur trois. La remise en route du réseau électrique progresse également : 20.000 clients ont été réalimentés grâce au déploiement de groupes électrogènes, mais les réparations sur les infrastructures endommagées, notamment les lignes haute tension, avancent lentement.
« L'honneur de la France est de donner à tout le monde »
François-Xavier Bieuville a insisté sur la nécessité de garantir un accès inconditionnel aux ressources essentielles. « Dans certaines communes, quelques distributions ont été conditionnées ou ciblées, il n'en est pas question. L'honneur de la France est de donner à tout le monde, sans distinction. Une vie est une vie. L’eau et la nourriture ne doivent être conditionnées par aucune distinction, » a-t-il rappelé fermement.
Les 120 centres d’hébergement ouverts avant le cyclone accueillent environ 15.000 personnes, en majorité des femmes et des enfants. Mais dans les bidonvilles, les conditions restent critiques, avec des difficultés d’accès pour les secours.
« Avant Chido, entre 80.000 et 100.000 personnes vivaient dans des habitats précaires. La reconstruction de Mayotte devra prendre en compte cette réalité, mais notre priorité immédiate reste de répondre aux besoins vitaux, » a ajouté le préfet.
Infrastructures sanitaires sous pression, hôpital de campagne en place dès mercredi
Le Centre hospitalier de Mayotte (CHM) fonctionne actuellement à 60 % de ses capacités, et des renforts nationaux, dont un hôpital de campagne, doivent arriver dans les prochains jours. Les centres médicaux de référence (CMR) ont repris une activité partielle pour répondre aux besoins les plus urgents.
La question des risques épidémiologiques reste cruciale. « Aucune remontée inquiétante pour l’instant, mais nous restons extrêmement vigilants, » a précisé François-Xavier Bieuville.
Des rumeurs concernant l’existence de charniers ont circulé
Le bilan des victimes reste à 35 morts confirmés, mais les recherches continuent, notamment dans les bidonvilles, où l’accès est particulièrement difficile. « Les conditions sur place compliquent les opérations de secours. Certaines zones sont encore inaccessibles, » a-t-il expliqué.
Aux premiers jours de la catastrophe, gendarmes et pompiers sont allés porter secours dans les bidonvilles, mais la tâche a été extrêmement difficile à réaliser. « Certains quartiers étaient impossibles à atteindre, en raison des amas de tôles. Nous avons encore des difficultés pour y accéder. »
Des rumeurs concernant l’existence de charniers ont circulé, mais aucune preuve n’a été trouvée, y compris lors de survols par drones. Plus de 150 personnes ont été prises en charge par jour pour des blessures, et un hôpital de campagne sera opérationnel dès mercredi pour renforcer les capacités de soin.
Stabilisation et perspectives
La phase de stabilisation est en cours, mais les défis à court terme sont nombreux. La rentrée scolaire doit être organisée alors que certains établissements, endommagés ou transformés en centres d’hébergement, ne peuvent pas accueillir les élèves. La gestion des infrastructures reste prioritaire, tout comme le maintien de la sécurité. À ce jour, aucun mouvement de foule ou pillage de masse n’a été signalé.


