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"L'État doit tenir ses engagements" : ce que les agriculteurs vont demander au préfet

Ecrit par P.M. – le mardi 27 janvier 2026 à 08H20
A l'appel de la Chambre d'agriculture, de la FDSEA et des JA, les agriculteurs vont interpeller ce matin le préfet et lui remettre une motion forte de 26 propositions (archives).

À l’appel de la Chambre d’agriculture de La Réunion, de la FDSEA et des JA, les agriculteurs réunionnais sont invités à se rassembler ce mardi 27 janvier matin devant les grilles de la préfecture. Une mobilisation présentée comme un signal d’alerte et un premier coup de semonce adressé à l’État, face à une situation jugée de plus en plus difficile par l’ensemble des filières agricoles. Une motion portant sur 30 demandes va être remise au préfet.

Pour le président de la Chambre d’agriculture, cette initiative traduit un ras-le-bol du monde agricole, confronté à une accumulation de contraintes économiques, climatiques, sanitaires et réglementaires. "Il y a encore une agriculture à La Réunion, des productions, des installations, une résilience. Mais aujourd’hui, on manque de perspectives et de visibilité, explique Olivier Fontaine. On mobilise parce que nous avons été élus, nous avons la légitimité donnée par le monde agricole, notre parole doit être prise en compte."

Les agriculteurs demandent à l’État de "tenir ses engagements", pris lors de la signature de différents plans ces dernières années, et d’apporter des perspectives aux agriculteurs sur la base de 30 demandes structurées pour autant d’attentes, résumées dans une motion qui sera remise au préfet ce mardi 27 janvier.

Une brigade pour renforcer les contrôles aux frontières

La lutte contre les importations constitue la première attente formulée par la profession. La Chambre d’agriculture demande une protection renforcée des productions locales, notamment pendant les périodes de récolte, y compris par une augmentation de l’octroi de mer sur certains fruits et légumes importés et un renforcement des arrêtés préfectoraux.

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Elle réclame également le renforcement des contrôles à la frontière, par la création notamment d’une brigade qui viendrait renforcer les services de l’État, ainsi que la création d’un laboratoire d’analyses accrédité (Cofrac). Cet outil permettrait de contrôler les produits entrant sur le territoire, y compris la recherche de molécules phytosanitaires interdites dans l'Union européenne, "afin de garantir des standards équivalents à ceux imposés aux producteurs locaux et informer le consommateur afin qu’il choisisse en connaissance de cause".

En parallèle, la profession souhaite privilégier la consommation de la production locale, par une meilleure valorisation de la saisonnalité et une intégration plus forte des produits réunionnais dans la restauration collective.

Taxe, alcool

Rhum : retrait de l’amendement Fouassin

La Chambre d’agriculture et les syndicats réaffirment leur opposition à l’accord UE–Mercosur en l’état, demandant des clauses miroirs obligatoires, des clauses de sauvegarde spécifiques aux RUP et un soutien renforcé à la valorisation de l’origine locale.

Elle réclame également que La Réunion sorte du régime des "pays tiers" sur le plan phytosanitaire, afin d’être traitée "comme un département français à part entière", et s’oppose à la surtaxation des rhums de La Réunion prévue dans le projet de loi de finances 2026, en demandant purement et simplement le retrait de l’article qui prévoit l’instauration d’une majoration du droit d’accise sur les alcools locaux.

Stockage et création d’une SEM pour sécuriser les débouchés

La motion met en avant la nécessité de mieux organiser le stockage et l’écoulement des productions locales, identifiés comme des maillons faibles de l’agriculture réunionnaise. Dans ce cadre, la Chambre d’agriculture demande la création d’une Société d’économie mixte (SEM) de stockage de denrées alimentaires locales.

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Sa mission serait de sécuriser l’écoulement des fruits et légumes, en particulier lors des pics de production ou en période de crise, en permettant le stockage, l’absorption temporaire des surplus et, le cas échéant, leur orientation vers des débouchés adaptés. La profession estime qu’un tel outil public-privé contribuerait à limiter les pertes économiques pour les exploitations, à stabiliser les marchés et à renforcer la souveraineté alimentaire du territoire.

Au-delà du marché local, la Chambre d’agriculture appelle également à la mise en place de mesures spécifiques pour faciliter l’écoulement des productions des régions ultrapériphériques (RUP) sur le marché européen, notamment pour des produits comme les sucres spéciaux, dans un contexte de concurrence accrue avec les pays tiers. Une réponse, entre autres, à l’accord signé avec les pays du Mercosur.

Une étude sur l'échantillonnage de la canne fait partie des revendications.

Filière canne, volaille et cultures d’exportation

Si la situation de la filière canne reste centrale, avec des demandes d’accélération des aides, de stabilisation du taux de pertes à 25 % et de finalisation opérationnelle des États généraux de la canne, ou encore la demande de la réalisation d’une étude concernant le prix d’achat de la canne et son échantillonnage, la mobilisation concerne bien l’ensemble des productions.

La filière volaille demande l’assouplissement de la contrainte de baisse de 5 %, "qui pèse sur son développement", ainsi que la possibilité de transmettre les quotas, y compris hors cadre familial.

Concernant les cultures d’exportation (ananas, letchis, fruits de la passion) et certaines cultures vivrières, la Chambre d’agriculture réclame une refonte des dispositifs d’aides à l’export, afin de consolider les objectifs de souveraineté alimentaire et de renforcer la compétitivité des exploitations.

La retenue devrait être purger et rénover mais la famille ne peut pas s'en passer.

Simplification administrative, adaptation des normes et retenues collinaires

La simplification administrative figure également parmi les attentes fortes, avec la création d’un "coffre-fort numérique" destiné à faciliter le partage des dossiers entre administrations et à réduire les délais de traitement des subventions.

Sur le plan réglementaire, les agriculteurs alertent sur les conséquences du retrait de nombreuses molécules phytosanitaires, sans solutions alternatives adaptées aux conditions tropicales. Ils demandent des aides d’État pour compenser les pertes de rendement et la reconnaissance de certains usages, notamment pour la canne.

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Les agriculteurs demandent également une accélération "nette des procédures dédiées à la création de grandes retenues d’eau", notamment dans les Hauts de l’Ouest.

"Nous attendons du concret"

Pour l’heure, pas de tracteur ni de menaces de blocage, "mais nous attendons du concret et rapidement, sinon ça va rebouger. C’est à chacun de prendre ses responsabilités", prévient le président de la chambre verte.

Lire aussi : Manuel Valls annonce un plan d’urgence agricole à La Réunion

Dans ce contexte, la loi d’urgence agricole annoncée par le ministre Sébastien Lecornu est perçue comme une opportunité pour inscrire ces revendications dans un cadre législatif en plaidant pour l'intégration d'un volet spécifique outre-mer, afin que les attentes exprimées débouchent sur un véritable plan d’action.

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