Les agriculteurs renvoyés à de nouvelles discussions avec le préfet

Ils attendaient des « mesures fortes » de leur rencontre avec le chef de l’État et la ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire.
C’est déçus que les représentants du monde agricole ont retrouvé leurs exploitations, renvoyés à un nouveau round de discussions sous l’égide du préfet. C’est la larme à l’œil que Jean-David Boyer a reçu hier la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, dans son champ de bananes de Bras-Madeleine, à Saint-Benoît. Pour la deuxième année consécutive, il a tout perdu. « J’étais au Salon de l’agriculture, c’est mon frère qui m’a dit qu’on avait encore tout perdu, c’est très dur. » En réponse, il n’a reçu pour l’heure « qu’un petit truc du Département, mais rien de l’État. Là, on doit tirer de notre poche pour relancer. »
Face à la « très grande inquiétude » du monde agricole, la ministre a défendu une réponse de l’État à trois niveaux. D’abord, « répondre à l’urgence, pour pouvoir tout simplement vivre ». Elle annonce un possible abondement de l’enveloppe de 10 millions d’euros débloquée pour la filière canne lors de la visite de Manuel Valls. Un soutien qui prend pour l’instant la forme d’une aide forfaitaire de 765 euros/ha pour les parcelles les plus touchées et de 385 euros/ha pour celles qui le sont à un degré moindre. Environ la moitié des planteurs du Nord et de l’Est seraient inclus dans la première tranche, qui pourrait être relevée à 1 000 euros/ha.
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Déjà « trois coups de rabot »
Un abondement que la ministre n’avait pourtant pas évoqué lors de sa rencontre de pourtant deux heures mardi matin à Bois-Rouge avec les agriculteurs. Selon des participants, c’est après que certains ont haussé le ton en fin de réunion que l’annonce a été faite ensuite par Emmanuel Macron. À son arrivée à Bois-Rouge, ce dernier s’était brièvement entretenu avec la ministre avant de s’adresser au monde agricole. Les deux autres leviers portent sur le versement anticipé de tous les dispositifs nationaux et européens et sur la non-prise en compte des pertes de production pour le calcul des aides : « Pour la canne, ce sont 40 millions d’euros qui auraient dû être retirés, qui ne le seront pas », chiffre la ministre. Elle appelle aussi à « anticiper l’avenir » face au réchauffement climatique, et à entamer les discussions avec l’Europe pour maintenir, voire amplifier, les montants du POSEI et de la PAC.
Consciente des critiques, elle n’exclut pas de nouvelles mesures, mais prévient que les marges de manœuvre sont réduites. Elle rappelle le contexte budgétaire « très difficile », à l’origine de déjà « trois coups de rabot » pour son ministère. Elle souligne aussi que La Réunion « qui le mérite », perçoit déjà 45 % du total des aides agricoles dédiées à l’Outre-mer, « soit 245 millions d’euros, dont 145 millions consacrés à la canne. » Malgré tout, « le travail va continuer avec l’ensemble des interlocuteurs », assure Annie Genevard. Au sein des services de l’État, le déblocage d’une aide d’un million d’euros pour la filière vanille, et du même montant pour le letchi, est évoqué, mais la ministre ne l’a pas annoncé officiellement.
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« Le compte n’y est pas »
« On a l’impression qu’ils n’ont toujours pas réellement pris conscience des dégâts qu’on a subis avec Garance. Le cyclone Garance, ce n’est pas le cyclone Belal. Il faut un soutien plus conséquent, et pour le moment, le compte n’y est pas », déplore Guillaume Sellier, président des Jeunes Agriculteurs. Côté filière canne, pour laquelle les dégâts sont estimés à plus de 80 millions d’euros, Pierre-Emmanuel Thonon, co-président planteur du CPCS (Comité paritaire interprofessionnel de la canne et du sucre), enfonce le clou : « Les annonces sont loin de ce qu’on espérait. Le forfait à l’hectare concerne les surcoûts de la campagne 2025. Mais pour relancer la production en 2026, nous n’avons aucun élément. On compte énormément sur les engagements du président et sur l’écoute des services pour des réponses rapides, avant le début de la campagne. »
À ce jour, un fossé subsiste entre les annonces et les attentes de la filière, chiffrées à 50 millions d’euros de pertes pour les planteurs en 2025 et à 37 millions d’euros pour relancer la campagne 2026, soit un forfait estimé à 1 750 euros/ha pour les dégâts et à 1 850 euros/ha pour la relance. On est loin des montants annoncés par l’État.
« Et si c’était le maïs ou le blé en métropole ? »
Les difficultés budgétaires mises en avant par la ministre ne convainquent pas le planteur : « Il y a des difficultés partout, mais on voit bien que l’État répond présent pour d’autres secteurs, ou pour d’autres pays européens. On espère qu’il le sera aussi pour les citoyens français, réunionnais et européens que nous sommes. » Florent Thibault, directeur agricole de Téréos et co-président du CPCS (côté industriel), estime que l’État devrait être en « mode urgence ». Il l’a dit directement au président de la République : « Imaginez que toute la filière maïs ou blé soit détruite en métropole : vous agiriez en mode crise. Eh bien, on y est. » En réponse : « Emmanuel Macron a promis la tenue de réunions de crise et un engagement rapide en faveur de moyens supplémentaires. »
« Pour l’instant, les annonces sont totalement insuffisantes. Cet après-midi, on a montré à la ministre la réalité, des vergers de letchis fracassés, des champs de cannes décimés. L’urgence, ça fait déjà deux mois. Il faut que ça aille plus vite », plaide pour sa part Olivier Fontaine, président de la chambre d’agriculture. Et la campagne sucrière commence dans moins de trois mois.
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