"Travailler sur un projet commun dans l’intérêt de l’agriculture réunionnaise" : la CGPER et l’UPNA font l'union

Une recomposition du paysage syndical agricole est en route. Dans l’optique des prochaines élections des CMU (commissions mixtes d’usine) en avril, la CGPER et l’UPNA ont acté un rapprochement qui prendra - dans un premier temps - la forme de listes communes et d'un projet commun. En toile de fond, les élections au sein du CPCS et les négociations de la prochaine convention canne. Une info Zinfos974.
En matière d’élections, il n’y a pas que les municipales dans l’air. Dans le monde agricole aussi, on fait (un peu) de politique et on s’apprête à entrer en campagne avec des candidats, des listes et des propositions pour convaincre les près de 2 500 planteurs appelés aux urnes.
Majeure dans le monde de la canne, l’élection des commissions mixtes d’usine (CMU) se déroulera en avril prochain dans les cinq bassins canniers de l’île : Bois-Rouge (plateformes de Bois-Rouge et de La Mare), Beaufonds (Pente-Sassy, Beaufonds, Ravine-Glissante), Grands-Bois (Baril, Langevin, Grand-Bois), Le Gol (Caserne et Le Gol) et Savanna (Grand-Pourpier, Tamarins, Stella-Matutina).
Les CMU sont les organes de discussion et de décision pour chaque bassin, où siègent côte à côte les représentants de l’industriel et des planteurs (dans deux collèges de moins ou plus de 700 tonnes). Elles se réunissent tout au long de la campagne en cas de crise et pour gérer tous les aspects pratiques de la campagne.
Un enjeu clé : la future convention canne
Au-delà, les élections des CMU sont un baromètre, tous les cinq ans, du poids de chaque syndicat, mais surtout l’antichambre de l’élection au sein du CPCS (Comité paritaire de la canne et du sucre), l’organe de décision interprofessionnel. Ce sont ses élus qui porteront la parole des planteurs lors de la prochaine convention canne, en fin d’année prochaine. L'objectif final visé par le rapprochement, en cours, entre les deux syndicats. Des négociations qui ont débuté dans la foulée des dernières élections de la chambre d’agriculture, selon nos informations.

Un projet d’union, sans fusion à ce stade
Contactés, les deux présidents de chaque formation syndicale confirment bien des discussions avancées. Pas de fusion pour l’heure, mais un projet d’union avec comme objectif la victoire lors des prochaines élections des CMU, via des listes communes et un projet commun.
“Pour l’instant, on se focalise sur les CMU, pour le reste on verra après, mais pour les CMU il y a 99,99 % de chances qu’on fasse des listes et un projet commun”, nous confirme Jean-Michel Moutama, président de la CGPER.
L'union devrait être dévoilée la semaine prochaine devant l'usine du Gol.
Le revenu des planteurs au cœur des discussions
La prochaine convention canne est en ligne de mire : “Les enjeux sont énormes, l’équipe qui sera majoritaire à ces CMU ira discuter la prochaine convention canne. Pour nous, c’est un point essentiel. On ne se laissera plus faire, avec comme objectif de base le revenu des canniers”, poursuit le patron de la CGPER.
“L’objectif, c’est que chaque planteur puisse dégager un revenu décent pour vivre, lui et sa famille”, insiste l’agriculteur de Saint-Pierre. Un point de convergence avec l’UPNA, dont le leitmotiv n’a pas varié : obtenir un prix plancher pour la tonne de canne, fixé au minimum à 35 euros la tonne.
“Je ne sais pas s’il faut parler d’un prix plancher, mais en tout cas il faut un revenu minimum qui couvre nos différentes charges et qui permet aux planteurs de tirer un vrai revenu de leur travail”, précise Jean-Michel Moutama.

"Rien ne bouge, rien n'avance"
Les deux syndicats ont aussi fait leurs calculs au lendemain des élections de la chambre d’agriculture, début 2025 : “Ensemble, on fait plus de 3 000 voix* et on remporte largement les élections. On s’est dit qu’il fallait arrêter de se focaliser sur une personne ou deux, et de travailler sur un projet commun dans l’intérêt de l’agriculture réunionnaise”, décrit le président de la CGPER.
“On a vu que quand on est divisés, cela fait l’affaire de la FDSEA & JA. On voit aussi que rien ne bouge, que ce soit dans la filière canne ou dans les autres filières. Rien ne bouge, rien n’avance depuis qu’ils sont au pouvoir. Le but, c’est de reprendre la main pour mettre la pression sur les instances. Il n’y a plus de combat, plus rien”, commente à son tour le président de l’UPNA, Dominique Clain.
Des parcours différents, une convergence assumée
Ancien membre de la CGPER, ce dernier avait pourtant pris sa liberté en 2018 en créant son propre syndicat, qui avait créé la surprise dès l’année suivante en remportant deux sièges à la chambre d'agriculture. Une division qui avait permis au passage à Frédéric Vienne et à la FDSEA & JA de reprendre la chambre verte.
Si les deux formations n’ont pas toujours été d’accord ces dernières années, chacune a mis depuis de l’eau dans son vin : “Il y avait un problème de communication, l’UPNA a cette capacité à faire bouger les lignes”, lui reconnaît son homologue de la CGPER.
“On n’a plus le choix, on est obligés si on veut reprendre la main et avancer”, juge le planteur de Sainte-Rose. Il confirme à son tour des discussions en cours après une série de réunions en interne à l’UPNA. “Là-dessus, il n’y a pas de problème, le but c’est de sauver la filière, de sauver la canne”, affirme Dominique Clain.

La question des noms renvoyée à plus tard
Les discussions se focalisent pour l’heure autour du projet. “Pour les noms, on verra après”, assure le président de la CGPER. En question, en cas de victoire aux élections des CMU, le nom du futur président du CPCS côté planteur, un siège occupé aujourd’hui par Pierre-Emmanuel Thonon (JA).
Si le nom de Jean-François Sababady (MPSR, allié à l’UPNA) est d’ores et déjà évoqué par certains, il est trop tôt pour en parler, répondent au diapason les deux présidents.
“Aujourd’hui, ce n’est pas le sujet. Ce sera peut-être quelqu’un de chez nous ou de chez eux, c’est celui qui émergera naturellement”, déclare le patron de la CGPER.
Une défiance partagée vis-à-vis de la FDSEA
Autre point commun : une défiance par rapport à la stratégie et à la direction actuelles de la FDSEA. “Les résultats sont là : on perd d’année en année des producteurs de canne, qui sont de plus en plus endettés vis-à-vis de Tereos. On perd des surfaces chaque année, énormément de revenus… Il y a un constat, après c’est à chacun de faire son analyse”, poursuit-il.
“Pour cela, il faut absolument qu’on récupère l’ensemble des bassins canniers, et on en a la possibilité”, clament les deux syndicats. Un objectif loin d’être irréalisable.

Une recomposition syndicale en perspective
En 2021, seul le bassin de Grand-Bois, remporté par l’union FDSEA-JA, avait échappé à la CGPER et à l’UPNA, alors divisés. En total de sièges, la CGPER et l’UPNA avaient remporté neuf sièges sur quinze dans le collège des livreurs de moins de 700 tonnes et faisaient jeu égal avec la FDSEA & JA (cinq sièges chacun) dans celui des plus de 700 tonnes.
L’union pourrait d’ailleurs être plus large : si la porte est fermée avec la FDSEA, c’est moins vrai avec les Jeunes Agriculteurs. “Avec qui je dialogue très bien et à qui je tends la main. Moi, ça ne me dérange pas, même si le socle aujourd’hui, c’est CGPER et UPNA”, indique Jean-Michel Moutama.
En 2021, on se souvient que c’est une alliance des trois syndicats qui avait d'ailleurs permis à Pierre-Emmanuel Thonon d’être élu face au candidat de la FDSEA, alors isolé, Floris Carpaye, également président de la CMU de Grands-Bois.
C’est donc à une refonte du monde syndical agricole à laquelle on pourrait assister dans les prochains mois, sur fond de bascule générationnelle et de renouvellement déjà enclenché ou à venir au sein des différentes formations.
* Lors des dernières élections à la chambre, la CGPER a obtenu 1866 voix (3 sièges), l'UPNA 1176 voix (2 sièges) et l'union FDSEA & JA 2 519 voix (13 sièges) dans le collège un des chefs d'exploitations.


