Les PME ultramarines pénalisées par leur isolement et un accès plus coûteux au financement

L’Insee publie une analyse comparative de la rentabilité des PME dans les départements d’outre-mer par rapport à la métropole. Si des écarts structurels subsistent, notamment à La Réunion et en Guyane, c’est surtout en haut de la distribution que les différences s’observent, sur fond de contraintes géographiques, de spécialisation économique et de fiscalité.
Dans une nouvelle étude publiée en juillet 2025, l’Insee s’est penchée sur les spécificités des petites et moyennes entreprises (PME) employeuses dans les DOM, à savoir la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et La Réunion. Le constat est clair : les PME ultramarines affichent des performances structurelles et financières globalement inférieures à leurs homologues hexagonales, du fait de leur isolement, d’un tissu économique moins diversifié et d’un accès plus onéreux au financement.
Un coût du crédit plus élevé
La taille moyenne des PME reste plus faible outre-mer. À La Réunion, elle atteint 1,41 million d’euros de chiffre d’affaires hors taxes, contre 1,53 million en métropole. Cette différence s’explique en partie par l’étroitesse des marchés et des coûts logistiques plus élevés. Les entreprises réunionnaises consacrent d’ailleurs 70,5 % de leur chiffre d’affaires aux consommations intermédiaires – contre 69,1 % dans l’Hexagone –, signe d’une forte dépendance aux importations. En miroir, leur valeur ajoutée est plus faible, tout comme la productivité apparente du travail, qui s’élève à 52 800 euros par salarié à La Réunion, contre 64 900 euros en moyenne dans l’Hexagone.
Autre handicap de taille : les PME des DOM doivent composer avec un coût du crédit plus élevé. À La Réunion, le taux d’intérêt apparent atteint 2,8 %, contre 1,9 % en France métropolitaine. Résultat : le poids des charges financières dans la valeur ajoutée (taux de prélèvement financier) y est supérieur de près de trois points.
Certaines PME ultramarines parviennent à tirer leur épingle du jeu
Malgré ces contraintes, certaines PME ultramarines parviennent à tirer leur épingle du jeu. En Guyane, les 10 % les plus rentables enregistrent une rentabilité financière supérieure de 3,9 % à leurs équivalents métropolitains. À La Réunion, cet écart atteint 1,6 %. Ces entreprises, souvent de petite taille (moins de 10 salariés), tournées vers le marché local, bénéficient d’un levier non négligeable : les déductions fiscales spécifiques à l’outre-mer.
L’étude de l’Insee souligne également que la spécialisation économique des DOM limite les perspectives d’innovation et de mutualisation intersectorielle. Moins diversifiées, ces économies locales sont davantage tournées vers la sphère dite « présentielle » (commerce, services, administration), moins génératrice de productivité.
Ainsi, même si certaines PME ultramarines parviennent à afficher une rentabilité supérieure à leurs homologues de métropole, notamment grâce à la fiscalité incitative, l’écart global reste structurel.


