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Les éleveurs de volailles réclament 500.000 euros à Duchemann et Grondin

Ecrit par Julien Delarue – le lundi 25 novembre 2024 à 06H06

Avi-Pôle et ses éleveurs de volailles exigent de la société Eleveurs Duchemann et Grondin (EDG) le paiement de 500.000 euros d'arriérés de factures. Ils pointent du doigt EDG pour ne pas respecter la hausse de 9 centimes par kilo de poulet jaune arrêtée par l’interprofession.

Énième épisode de la guerre de la volaille qui secoue La Réunion. Après la plainte avec constitution de partie civile déposée par le groupement d'éleveurs Avi-Pôle en février dernier et la bataille judiciaire autour de l’avenir de l’abattoir Evollys à l’Étang-Salé, une nouvelle salve se déroule dans le sud, au tribunal de commerce de Saint-Pierre.

Les éleveurs regroupés au sein d’Avi-Pôle réclament près de 500.000 euros à la société EDG (Éleveurs Duchemann et Grondin). EDG (anciennement Union des forces avicoles) est née lors de la signature du protocole dit « Volaille de chair » avec la préfecture. EDG intervient en tant que donneur d’ordre des deux abattoirs (Duchemann et Evollys) via un contrat de sous-traitance d’abattage et comme locataire-gérant des fonds de commerce de commercialisation d’ADG et d’Evollys.

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Les deux parties sont liées par un contrat d'engagement qui remonte à 2014, époque où Urcoopa gérait la société Avicom, aujourd’hui gérée par EDG. Mais depuis plusieurs mois, un « différend » persiste entre les deux parties.

Répercuter la hausse du prix de l’aliment à l’euro près

Il faut remonter un peu en arrière pour comprendre la problématique. En 2021, la hausse des matières premières a poussé l’ARIV (interprofession) à mettre en place un système de modulation au sein de toutes les filières. « Elle a consisté à répercuter la hausse du prix de l’aliment à l’euro près sur le marché ». Cette hausse était collectée par la grande distribution en vue d’alimenter un fonds dédié et géré par l’ARIV. Charge à l’interprofession de redistribuer les fonds aux éleveurs.

Un dispositif prorogé en 2022 et 2023. Mais, à écouter les éleveurs, cette modulation ne permettait pas à leurs exploitations d’être bénéficiaires. Bien au contraire. S’y sont ajoutées des hausses de l’eau, de l’électricité… Cette situation a poussé l’ARIV à demander une augmentation du prix de reprise des volailles de 9 centimes par kilo sur le poulet jaune.

Si le système de modulation n’a pas été reconduit en 2024, la coopérative Avi-Pôle a continué d’intégrer au prix de reprise la hausse des coûts de l’aliment, mais aussi ces fameux 9 centimes, au cœur aujourd’hui de cette nouvelle bataille judiciaire. Problème : EDG ne procède pas au règlement de ces 9 centimes sur les factures fournies par les éleveurs d’Avi-Pôle.

« Pour les éleveurs, le préjudice total se monte à près de 500.000 euros. Ils ne veulent pas payer notre production au prix », explique Patrick Leveneur, président d’Avi-Pôle. « D’où cette procédure entamée début octobre devant le tribunal de commerce de Saint-Pierre », poursuit-il. Il faut savoir que « les prix de reprise pour l’espèce poulets jaunes n’ont fait l’objet d’aucune augmentation depuis 2014 », indique Avi-Pôle dans un courrier adressé à EDG.


Pour Cédric Duchemann, la modulation est terminée depuis 2023

En réponse, EDG va adresser un courrier à la coopérative : « [Avi-Pôle] ne peut pas ignorer que les prix de reprise ont toujours été fixés et révisés après négociation et concertation avec EDG », peut-on lire. Des prix fixés en concertation avec l’interprofession, ajoute la société.

Une affirmation battue en brèche par l’ARIV elle-même : « La société EDG fait référence à l’ARIV ; celle-ci ne peut ignorer, pour en être le destinataire principal, le mail transmis par le secrétaire général en avril dernier aux termes duquel il est bien précisé que les éleveurs (…) doivent être payés sur la base d’un prix de reprise intégrant une augmentation de 9 centimes par kg ».

Du côté d’EDG, on se défend : « On nous reproche de ne pas respecter la hausse de 9 centimes sur le kilo. Je rappelle qu’il y a la loi Egalim (qui entend mieux protéger les industriels dans leurs relations commerciales avec la grande distribution, NDLR). On se base sur cette référence et les prix ont été arrêtés avec la grande distribution en novembre », rappelle Cédric Duchemann. Pour lui, il n’est pas question de payer les 500.000 euros réclamés par les éleveurs d’Avi-Pôle. « Il y a eu une modulation par le passé, mais elle était assurée par l’interprofession. Elle est terminée depuis décembre 2023 », ajoute-t-il. Pour le reste ? « Ce débat sera tranché devant le tribunal de commerce ».

Ce nouvel épisode judiciaire ne fait qu’inquiéter Avi-Pôle sur l’avenir de la filière, notamment en raison de l’autre bataille judiciaire qui se joue autour de l’avenir de l’abattoir Evollys. « Nous voulons un monde coopératif, pas capitalistique. On ne tient pas à ce qu’un privé ait la main sur un outil coopératif. Si un privé prend tout, le prix ne sera pas plus bas. Ce n’est pas vrai », conclut Patrick Leveneur.

Lire aussi : Guerre de la volaille : le groupe Duchemann et Grondin conserve le contrôle de l'abattoir Evollys

Etiquettes : Agriculture | Urcoopa

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