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Les députés NUPES de La Réunion sont contre la corrida mais pour les batay kok

Signe de l'évolution des mentalités en faveur des droits des animaux, la proposition de loi du député insoumis antispéciste Aymeric Caron sur l'interdiction de la corrida fait son arrivée sur les bancs de l'Assemblée nationale ce jeudi à l'occasion de la journée d'initiative parlementaire LFI. Journée durant laquelle l'ensemble des députés étudieront plusieurs propositions de loi de la France insoumise comme la constitutionnalisation de l'IVG ou la hausse du SMIC à 1.600 euros. Le texte du député antispéciste, qui comporte également un amendement pour l'interdiction des batay kok, divise l'ensemble des parlementaires aussi bien à droite qu'à gauche, au sein de la Nupes. À La Réunion, la question de l'interdiction du batay kok se pose de plus en plus au motif du bien-être animal, mais la pratique n'est pas remise en question par les députés que nous avons interrogés.

Ecrit par SI – le jeudi 24 novembre 2022 à 13H51

Initialement, la proposition de loi d’Aymeric Caron ne comportait pas d’amendement sur l’interdiction des combats de coqs. Le député de Paris l’a rajouté ce lundi afin de faire déjouer les plans des députés qui comptaient déposer une multitude d’amendements pour faire barrage au texte.

Mais Aymeric Carron a ainsi pris à contrepied certains députés de son propre camp de la Nupes qui étaient prêts quasiment à l’unisson à réclamer l’interdiction de la corrida mais qui s’opposent pour beaucoup à la fin des batay kok dans les Outre-mer ou certaines régions de France hexagonale. Extrait :  
 

En l’état actuel du droit, l’organisation de combats de coqs n’est pas passible de la peine prévue par l’article L. 521-1 du code pénal pour les sévices graves ou les actes de cruauté commis envers un animal.

Les gallinacés sont pourtant des êtres vivants doués de sensibilité comme les autres et disposent de capacités cognitives réelles mais longtemps sous-estimées. Aujourd’hui, la pratique des combats de coqs, qui sont conditionnés de manière non naturelle à cette fin, provoque soit de graves mutilations, soit la mort de ces animaux. Leur souffrance est aggravée par une pratique cruelle consistant à amputer leurs ergots et à les remplacer par des ergots en corne voire en acier.

Ainsi que la proposition de loi le prévoit d’ores-et-déjà pour la corrida, et par cohérence, le présent amendement propose de mettre fin à cette exception injustifiable afin que ne subsiste, dans notre code pénal, aucune tolérance envers les sévices graves et les actes de cruauté commis envers les animaux.

Comme il l’a indiqué en commission, le rapporteur souhaite également rassurer sur l’impact de la proposition de loi qui n’aura pas pour effet d’interdire les autres courses de taureaux n’impliquant ni sévices graves ni actes de cruauté envers les animaux: bouvine, course camarguaise, course landaise, abrivado, encierro etc.

Nos territoires sont riches d’une culture taurine authentique sur laquelle la corrida espagnole est venue se greffer opportunément.

L’abolition de la corrida, reconnue comme acte de torture par la justice et déjà interdite par le code pénal, n’aura pas pour effet d’interdire les autres courses de taureaux. Cet amendement propose néanmoins de le mentionner explicitement dans la loi.

Interrogés, les députés réunionnais (seules Nathalie Bassire et Emeline K/Bidi ne nous ont pas répondu), tous de la Nupes, se sont positionnés contre la corrida mais sont unanimes concernant le maintien des batay kok aussi bien à La Réunion, aux Antilles que dans certains départements de France hexagonale.

À la question, « peut-on être contre la corrida et demander une dérogation pour la préservation du batay coq au motif que cette pratique serait ancestrale, tout comme la corrida ? », ils estiment que la corrida et le batay kok « n’ont rien à voir » :

Karine Lebon : « La comparaison entre la corrida et le batay coq ne se limite pas à la tradition. Les deux pratiques sont sensiblement différentes et si l’on aime les animaux, on peut le comprendre. La corrida oppose le taureau et l’homme et conduit forcément à une mise à mort de l’animal. Le batay coq oppose deux coqs qui souhaitent en découdre, comme dans une basse-cour. Dans la très grande majorité des cas, le combat est interrompu avant le décès de l’animal. J’invite l’ensemble des personnes sceptiques, et je les comprends, à échanger avec les éleveurs, des passionnés amoureux de leurs coqs. L’absence de dialogue, l’intolérance et le manque de respect, ne nous feront pas avancer. Réunionnaises, Réunionnais, parlons-nous et restons unis ! »

Philippe Naillet : « La corrida diffère d’autres ‘traditions’ car il s’agit d’un combat entre un humain et un animal, avec ici la mise à mort du taureau. Je suis contre tout combat opposant un homme et un animal se terminant par la mort de ce dernier. On ne peut pas comparer la corrida aux batay kok qui sont des combats d’endurance sans mise à mort. »

Jean-Hugues Ratenon : « Oui, parce que nous ne jouons pas dans le même rond, si je puis me permettre. La proposition de loi de mon collègue Carron vise à mettre fin à une maltraitance animale ; cause que j’approuve totalement. La corrida, c’est une mise à mort. Le taureau découvre l’arme sur le champ de bataille, il est condamné et la fin est malheureusement connue. Pour nout’ batay coq, les coqs de combats est une race spécifique, cela n’a rien voir. C’est une distraction, un moment de convivialité entre des centaines de personnes. C’est un combat, comme un combat de boxe. Il y a ceux qui courent ; ceux qui gany galop et ceux qui sont victorieux et qui lancent fièrement sur leurs zergots, le cocorico de la victoire. Ces derniers se voient récompenser de différentes façons et les éleveurs se l’arrachent pour la reproduction parce que c’est de la bonne race. Il n’y a pas d’interaction humaine. C’est instinctif chez les coqs. Il n’y a AUCUNE maltraitance du coq. Bien au contraire. Le coq est choyé, nourri, mis en beauté, etc.. C’est pourquoi nous sommes totalement pour la préservation et la perpétuation  de cette tradition bien ancrée dans notre société réunionnaise. »

Perceval Gaillard : « Nous avons fait retirer du texte initial sur l’interdiction de la corrida toute mention à l’interdiction des combats de coq, comme nous nous y étions engagés pendant la campagne. Quand je dis ‘nous’ je parle de Jean-Hugues Ratenon, Jean-Philippe Nilor et moi-même : les 3 députés ultramarins du groupe LFI-NUPES. Hors de question de signer, et a fortiori de voter, un texte qui aurait mélangé deux sujets qui n’ont rien à voir et qui nous aurait expliqué depuis Paris ce que sont nos batay coq.
Dans un cas, il s’agit d’une mise à mort systématique d’un animal par un homme armé qui ne laisse aucune chance au taureau. Il s’agit d’une exécution d’un animal en public. Ni plus, ni moins. Dans l’autre cas il s’agit d’un combat entre deux animaux de même force et gabarit. Des coqs qui combattent naturellement dans la basse-cour si on ne les sépare pas (au passage je défie quiconque d’arriver à faire combattre deux coqs qui ne le souhaitent pas) et dont la mort est loin d’être la seule issue (combats d’entraînement « galo », coq qui court ou combat racheté). Certains finissent même leur vie en pacha reproducteur.
La différence est de taille. C’est une différence de nature et non de degré.
Parmi celles et ceux qui veulent interdire nos combats de coq depuis Paris : combien connaissent réellement la réalité de cette pratique. Qui a déjà vu un combat, un éleveur, un coq l’espèce ? Sans trop s’avancer on peut affirmer qu’ils sont très peu. La méconnaissance et l’ignorance des dossiers n’étant généralement pas de bons conseils pour légiférer, il faut également expliquer qu’une hypothétique interdiction (ce qui n’est pas près d’arriver) n’aurait aucun effet sur la pratique réelle des batay kok qui se fait déjà en partie dans des ron maron, en particulier dans les Hauts. Uniquement dans ma circonscription je mets au défi quiconque de connaître les lieux exacts de tous les ron maron. Alors à l’échelle de toute La Réunion… »

Frédéric Maillot : « Effectivement le fond de ce sujet est à traiter c’est-à-dire la maltraitance animale mais il y a plusieurs niveaux dans la maltraitance animale je pense qu’il faut d’abord et surtout traiter et s’attaquer à la maltraitance animale dans le milieu industriel ou des millions de poussin de poulet et tout autre subissent la maltraitance animal plus que dans un rond de batay kok. Le kok li batay dann son volièr. Epi la pwinn miz a mor du zanimo dann batay kok ».

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