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Les coraux de La Réunion en danger critique : “c’est une mort silencieuse”

Ecrit par Maxime Bonnet – le dimanche 15 juin 2025 à 06H07
Photo : Reef Check France

Déjà affaiblis par une « canicule marine » depuis janvier dernier, les récifs coralliens de l’île ont beaucoup souffert du passage de Garance. Le constat de la Réserve marine et d’autres observateurs des coraux réunionnais laisse entrevoir une catastrophe écologique sur le long terme.

C’est le « scénario du pire » qui est en train de se jouer dans les eaux réunionnaises sous nos yeux, sans même que nous nous en rendions vraiment compte. « Depuis janvier, La Réunion connaît une canicule marine, avec une masse d’eau chaude qui est arrivée par le Sud. Cela a donné le plus sévère épisode de blanchissement depuis que nous avons commencé nos relevés en 1998. Garance a été un coup de massue », confie Jean-Pascal Quod, directeur de Reef Check. « C’est une spirale vicieuse et on risque d’atteindre un point de non-retour où les coraux ne pourront plus fournir les bénéfices écologiques, en protégeant de l’érosion, en apportant du sable aux plages ou en abritant d’autres espèces, ni de bénéfices socio-économiques, avec déjà une baisse de l’activité des clubs de plongée. »

Photo : Reef Check

Près de 200 colonies ont été identifiées afin d’être suivies sur le long terme par les bénévoles de Reef Check, mais les membres de cet observatoire citoyen de la biodiversité marine ne se font pas d’illusions. « Toute l’île est concernée. Dans le Sud, les premiers survols en ULM ne sont pas prometteurs ; à Sainte-Rose, c’est la houle qui a durement touché les coraux. À Étang-Salé et Saint-Leu, c’est la boue et les matières en suspension qui ont recouvert les récifs et qui étouffent les coraux. Il faudra attendre octobre ou novembre pour avoir un panorama complet de la situation, le temps que nous récoltions les données, mais on craint de tomber cette année à 10 % de surface de récifs coralliens, contre plus de 60 % dans les années 1960. Au début des années 2000, on atteignait encore 40 % de la surface », poursuit le directeur de Reef Check, encore abasourdi par les observations sur le terrain. « Cela fait un moment que nous posons des constats, il faut désormais très sérieusement commencer à faire quelque chose car la situation est grave », insiste le biologiste marin de formation.

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Un risque d’érosion et de raréfaction des espèces

« Quarante hectares entre le Nord de Saint-Leu et Trois-Bassins sont morts. Nous avons retrouvé parfois jusqu’à 40 cm de vase, et avec un apport massif d’eau douce, les coraux stressés ont vu leur mortalité s’envoler. Le platier en face de la plage du centre à Saint-Leu est entièrement mort, cela pose un vrai risque sur le long terme. D’une part, car l’érosion peut s’accélérer, et aussi car Garance est arrivée à une période critique. Les larves et post-larves venaient d’arriver, et sans protection, ils risquent de connaître une sur-prédation par des poissons plus gros. Il est possible que dans les années à venir, des espèces très consommées par les Réunionnais deviennent plus rares, comme les capucins et les cavales. C’est une mort silencieuse qui va impacter les Réunionnais, pêcheurs professionnels comme amateurs. Ce sont beaucoup d’activités économiques qui sont menacées », souligne la directrice de la Réserve marine, Isabelle Jurquet.

Les coraux morts peuvent même parfois être apperçus depuis le littoral, comme ici avec le récif des Colimaçons. Image : Réserve marine

Peu d’options pour la restauration

Difficile également d’envisager pouvoir sauver la situation par une intervention humaine. « Les projets de bouturage ne sont pas vraiment faisables. Cela demanderait d’avoir une infrastructure, comme des nurseries pour corail, ainsi que des compétences pas présentes sur l’île. Et en plus d’être particulièrement complexes, ce genre d’opération est 10 à 15 fois plus cher que la restauration dans un milieu terrestre », rappelle Isabelle Jurquet. Une position également partagée par Jean-Pascal Quod, qui souligne que « le bouturage, en plus de ne pas être simple, ne peut pas être une solution. Il faut plutôt réfléchir à la gestion des bassins versants, particulièrement à Saint-Leu où l’urbanisation impacte aussi l’océan. »

Ainsi, l’un des derniers espoirs des observateurs de l’état des coraux réside dans l’arrivée de la houle hivernale. « Cela devrait commencer à nettoyer une partie des récifs, mais certaines parties risquent bien de disparaître », se résigne la directrice de la Réserve. Quant à Reef Check, c’est l’heure de la mobilisation avec un grand état des lieux attendu pour la fin de l’année. « Nous allons accueillir la Fondation de la mer à la même période pour, avec ce bilan, commencer à réfléchir à des solutions », espère Jean-Pascal Quod.

Chaque année, les récifs coralliens de l'île permettent de générer plus de 49 millions d'euros pour l'économie péi, avec près de 4000 emplois indirects selon des estimations de la Réserve marine.

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