Revenir à la rubrique : Société

Les Chroniques de Tonton Jules #152

Comme toujours, le même pourcentage d’indignations, de haut-le-coeur, de surprises effarantes, d’incompréhensions. Bref, un peu de tout pour chacun, à vous de faire votre choix. A la prochaine avec toute mes sympathies !
Ecrit par zinfos974 – le lundi 4 septembre 2023 à 15H18

Cuisine électorale immangeable

Je suis un inconditionnel de notre cuisine créole. Même si je continue d’aimer une bonne blanquette de veau (avec de bons gros champignons de Paris, bien sûr, miam !) ; si j’applaudis des deux mains et des deux pieds le couscous de mon pote Zoël ; si je vote pour le romazava ou le bourguignon d’agneau que je sers à ma Confrérie des Grandes gueules, bref tout ce que vous voudrez, j’adorerai toujours et sans arrière-pensée un bon cari la patte cochon, un cari gras-doub’, in’ ti friture randiks, un civet ti guèl.

Mais cela ne doit pas devenir une obsession ni prétexte à n’importe quoi !

Un collectif s’évertue en ce moment à promouvoir notre cuisine contre la redoutable prolifération des fast food et autres boîtes à hamburgers. Je les soutiens à 100% : aucun big mac n’arrivera jamais à la cheville d’une sauce sardines !

Mais voici que, en mal d’inspiration, des politicards de tout bord s’emparent du sujet pour attaquer leurs futurs adversaires aux prochaines Sénatoriales.

Quelle bande d’abrutis… et je pèse mes mots !

Les litiges pré-électoraux s’étaient faits jusqu’ici sur fond d’idées, de programmes, de collages et de déchirages d’affiches, de coup de lattes au prose, voire de grenades-péi. Voici que ces crânes creux reprochent à leurs futurs adversaires de mépriser notre rougail saucisses.

Si le maire de Cilaos accorde l’installation d’un Macdo chez lui, prétextant l’arrivée d’emplois dans une île minée par le chômage, je ne vois pas bien comment lui prouver qu’il a tort. S’il refuse l’installation de cet antre de la sale-bouffe (j’ai bien dit « sale »), il sera condamné par les tribunaux aussi sec.

Notre cuisine, l’une des plus savoureuses et des plus variées de la planète, peut et doit être défendue bec et ongles.

On la rabaisse, on la méprise, on la dénigre en en faisant une cuisine électorale.

Laissons la vraie cuisine à nos caritologues et la politique aux connards !

Fnac Ste. Marie : la honte 

Moi qui croyais y trouver mon bonheur …

Rayons livres, films, disques, tu peux demander ce que tu veux aux employés : ils n’y connaissent rien de rien.

« Je cherche un disque de Sacha Distel »… « C’est qui ? »

Glace bonbon-piment

Le changement, la nouveauté, oui, je suis pour. Mais changer rien que pour changer, non !

In soi-disant glacier la invente la glace bonbon piment… Rien qu’à voir lo bande grimaces à la télé, ou comprend tout-de-suite quel goût ce merde-là i peut avoir.

Les bonnes inventions peuvent entrer dans notre patrimoine culinaire, comme le canard à la vanille de madame Hannibal, voici quelque quarante ans. Mais pas n’importe quoi !

L’aut’ jour, in  troudki la mette kaloupilé dan’ cari bichique.

Qui i ensouvien encore ?

Les oubliés de La Sakay

Excellent article de Stéphane Fontaine. Bien bien documenté, bien écrit et, ouf ! sans faute de grammaire. Bravo !

Je n’écris pas pour rectifier quoi que ce soit : M. Fontaine écrit l’exacte réalité, aussi dure soit-elle.

Je veux juste apporter quelques petites précisions.

J’ai été enseignant à Babetville de 1970 à 1973. Certains de mes anciens élèves, lorsque leurs parents cultivateurs ont été chassés sans indemnité de cette région, ont choisi de rester, dont plusieurs filles amoureuses de jeunes Malgaches et d’une terre qu’ils aimaient par-dessus tout.

Y’a pas que le pognon dans la vie !

Il y a pire…

Certains de mes amis fermiers, ayant fait fortune, qui crevaient la dalle chez nous avant 1952, s’étaient construit une vie de rêve à La Sakay. Je ne citerai aucun nom ; plusieurs d’entre eux, plutôt que de redevenir des parias, ont choisi une corde et le manguier le plus proche.

Ils étaient chez eux à La Sakay, ils y sont restés.

P.S. On entend trop souvent dire que les cultivateurs réunionnais ont « colonisé » La Sakay. La régionale connerie ne manque pas de décibels et les Réunionnais n’ont rien colonisé du tout ! Les terres du Moyen-Ouest malgache (zone entre Tana et Tsiroanomandidy), zone totalement inhabitée auparavant, ont été achetées à bail emphytéotique par le Conseil général, le Crédit agricole de La Réunion, le Bumidom, le BDPA, bureau des productions agricoles, devenu SPAS, société professionnelle et agricole de La Sakay. Si bien que je me suis entendu dire par des Malgaches de La Sakay, la dernière fois que j’y suis allé en 1996 (les larmes aux yeux), que « la terre appartient toujours aux Créoles puisqu’ils n’ont jamais été remboursés » !

Les cultivateurs créoles de La Sakay n’ont jamais été, n’en déplaise à nos staliniens locaux, les « gros Blancs » de Mada !

La Sakay fut même le seul pôle économique de la Grande Île. Elle fournissait l’île en lait, beurre, oeufs, fromage, viande de porc, riz et provende. Les salaires des ouvriers malgaches y étaient trois fois supérieurs au SMIG local. Des Antandroy du grand Sud, les meilleurs gardiens de zébus avec les Massaï, faisaient mille kilomètres à pied avec leur famille pour s’y faire embaucher. Leurs descendants y sont toujours, attendant le retour des jours meilleurs

La SPAS fut longtemps la seule entreprise réunionnaise à payer des impôts sur le revenu.

Et vous venez me faire chier avec vos considérations de petits sportifs friqués avec une cuisine qui ne vous convient pas ?

Si vous n’êtes pas capables de voyager et d’aimer la différence, ben… rès out’ kaz !

« Cuisine malgache la pas bon ! » Ah bon ?

J’ai été scandalisé, horrifié, en entendant ça. Certains sportifs chargés de défendre les couleurs réunionnaises aux JIOI de Mada, se sont répandus en calomnies honteuses, sur les réseaux dits sociaux, après avoir été battus à plate couture. Je vous livre quelques-uns des commentaires les plus fielleux « expliquant » leur déconfiture. Des  explications qui ne sont que des prétextes, comme disait Zéphirin.

« Nous lété mal logés »… « Mangé la pas bon »… « Romazava té trop clair »… Ils n’ont pas rajouté « L’arbite volèr » on se demande pourquoi.

Il fallait bien justifier la 3è place au tableau des médailles après Maurice et Mada. Comme si être battu par plus pauvre que soi était une honte indélébile.

Quand on sait - et je ne suis pas le seul, loin de là - à connaître la courtoisie des Malgaches, l’accueil à bras ouverts qu’ils réservent à ceux qui arrivent, leur immense plaisir à aller vers l’étranger débarquant chez eux, je ne comprends pas cette méchanceté native.

Les allusions à leur cuisine, surtout au romazava, m’ont cloué sur place. La cuisine malgache, réputée comme une des plus fines du monde, est, avec la tradition indienne et l’art de nos frères les Chinois, à la base de notre cuisine créole : le gingembre, le poivre, le safran, le piment oiseau, la tomate, le calou pilé, j’en passe, sont à l’origine d’une cuisine dont je suis fier, dont nous sommes tous fiers.

Alors… pourquoi dénigrer cette cuisine malgache ?

Jus’ pou dire akoz nous la gaingn baisement ?

« Nous lé mal logé » astèr !

C’est sûr que les structures d’hébergement malgaches ne sont pas aussi luxueuses ni tape-à-l’oeil que les nôtres mais… ont-ils nos moyens faramineux ?

Il faut comparer ce qui est comparable.

Faute de quoi, les seules îles de l’océan Indien capables d’organiser les Jeux sont Maurice et La Réunion, les seuls pays disposant des moyens adéquats.

P.S. Il y a quelques merveilles culinaires à Madagascar ; je ne parle qu’à l’intention des non-initiés… Le kitouzy, lanières de filet de zébu, séchées au soleil avec sel poivre… Le foie gras, aussi bon que celui des Landes ou le nôtre… Le lazany ni Betsiléo,  excellent petit vin de soif, décliné en blanc, rosé, gris et rouge… le romazava, qu’on ne présente plus… le ravina toto… le porc-poisson en sauce tomate, une pure merveille… Faut-il en dire plus sous peine de saliver outre mesure ?

Etiquettes : Jules Bénard

Dans la même rubrique

0💬
Tri :