Le surendettement explose en Outre-mer : une hausse de 24 % en 2024

Face à un contexte économique tendu, le nombre de dossiers de surendettement déposés dans les départements et collectivités d’Outre-mer a bondi de 24 % en un an, atteignant un niveau record. Selon l’IEDOM, « cette progression des dépôts peut être rapprochée du contexte économique de nature à peser sur la capacité des ménages à honorer leurs engagements ». Derrière ces chiffres, un profil de ménages de plus en plus vulnérables.
Le surendettement s’aggrave en Outre-mer. En 2024, 3.249 dossiers ont été déposés auprès des commissions de surendettement dans les départements et collectivités ultramarins de la zone euro (DCOMZ€), soit une augmentation de 24 % par rapport à l’année précédente. « Tous les territoires sont concernés par cette progression des dépôts qui oscille entre +10 % et +28 % selon les géographies », souligne l’IEDOM dans son étude publiée en mars 2025. Cette hausse, bien plus marquée qu’en Hexagone (+11 % sur un an), s’inscrit dans un contexte économique particulièrement difficile pour ces territoires.
« Le plus haut niveau atteint depuis 10 ans »
Si les difficultés financières des ménages ne sont pas nouvelles, l’ampleur de cette augmentation inquiète. « Le nombre de dossiers déposés en 2024 demeure nettement au-dessus du niveau de 2019 (+32 %) et constitue le plus haut niveau atteint depuis 10 ans », note l’IEDOM. La précarisation des ménages surendettés est en cause : plus de la moitié (51 %) ne disposent d’aucune capacité de remboursement, un chiffre en hausse. « Cette situation est à rapprocher du fait que plus de la moitié des ménages surendettés en Outre-mer (51 %) ne dispose d’aucune capacité de remboursement ou est en incapacité de faire face à ses dettes », précise le rapport.
Contrairement aux idées reçues, le taux de surendettement rapporté à la population reste inférieur à celui de la Métropole (188 dépôts pour 100.000 habitants de plus de 15 ans, contre 245 en Hexagone). Mais l’IEDOM met en avant deux explications possibles : une plus grande solidarité familiale, mais aussi une méconnaissance du dispositif. Pour y remédier, des actions de sensibilisation sont menées chaque année. « En 2024, l’IEDOM a ainsi formé 560 intervenants sociaux sur le sujet du surendettement », souligne l’institut.
Le profil des ménages surendettés révèle une fragilité sociale marquée
Le profil des ménages surendettés révèle une fragilité sociale et professionnelle marquée. Les femmes sont surreprésentées, représentant 63 % des personnes concernées, et 35 % des dossiers concernent des familles monoparentales. « Les familles monoparentales, dont le chef de famille est le plus souvent une femme, sont particulièrement vulnérables au surendettement. Elles constituent 35 % des ménages surendettés dans les DCOMZ€ contre 21 % en Métropole », précise le rapport. Le chômage, plus élevé qu’en Métropole, pèse aussi sur les capacités de remboursement : 36 % des ménages surendettés sont au chômage, contre 25 % en France hexagonale.
Les solutions apportées par les commissions de surendettement varient selon les situations, mais les mesures imposées (avec ou sans effacement de dettes) dominent. En 2024, 40 % des dossiers ont donné lieu à des mesures imposées sans effacement ou avec effacement partiel, et 33 % ont fait l’objet d’un rétablissement personnel, effaçant intégralement les dettes des débiteurs concernés. Le montant total des dettes effacées en 2024 atteint 24 millions d’euros, représentant en moyenne 18.431 euros par dossier.
L’augmentation du surendettement en Outre-mer s’explique aussi par l’évolution de l’endettement global des ménages concernés, qui a explosé de 30 % en un an, atteignant 96,5 millions d’euros. Le poids des crédits à la consommation y est pour beaucoup : « Depuis 2020, la part des dettes à la consommation progresse de presque 8 points pour atteindre 45 % en 2024 », constate l’IEDOM. L’endettement lié aux charges courantes (logement, énergie, communications) est également en forte hausse (+23 % sur un an).
Enfin, la conjoncture économique en 2024 a aggravé la situation financière de nombreux ménages. L’IEDOM évoque un ralentissement de l’emploi, une hausse des défaillances d’entreprises (+26,6 % en un an) et une forte progression des découverts bancaires (+19 %). « Le nombre d’incidents de remboursements des crédits aux particuliers progresse pour la troisième année consécutive (+7 %), en particulier à La Réunion (+9 %) et à Mayotte (+26 %) », pointe l’étude.
Face à cette situation, les dispositifs d’accompagnement et de prévention du surendettement doivent être renforcés pour éviter que davantage de ménages ne basculent dans une spirale financière difficile à surmonter.
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