Le Sénat supprime la pause de la réforme des retraites

Moins de deux semaines après l’adoption par les députés d’une suspension de la réforme des retraites jusqu’en 2028, le Sénat a décidé de supprimer cette mesure. Dominée par la droite, la chambre haute a balayé l’article 45 bis du budget de la Sécurité sociale, rétablissant ainsi la trajectoire initiale vers un âge légal à 64 ans.
Le compromis conclu à l’Assemblée nationale le 12 novembre, à la faveur d’un accord entre le gouvernement et les socialistes, n’a pas survécu à son passage au Sénat. L’article 45 bis du projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2026, qui prévoyait une suspension de la réforme des retraites de 2023 jusqu’en janvier 2028, a été supprimé dès son examen par la commission des affaires sociales. Celle-ci avait qualifié la mesure de « pur effet d’annonce », estimant qu’elle ne reposait sur aucune base solide.
Lire aussi : Réforme des retraites : le Sénat veut revenir sur les mesures votées par les députés
L’hémicycle a confirmé cette orientation le 25 novembre au soir : 190 sénateurs ont voté pour la suppression de l’article, contre 108 oppositions. Ce vote annule donc la mise en pause décidée par les députés et replace la réforme sur son rythme prévu initialement, avec un âge légal progressivement porté à 64 ans.
Une décision portée par la droite sénatoriale
La majorité de droite et du centre a mené l’offensive. Les Républicains ont voté pour la suppression quasiment à l’unanimité, tout comme les Indépendants. Les centristes ont majoritairement suivi, malgré quelques dissidences. Au sein de cette majorité, deux figures ont joué un rôle clé : Gérard Larcher, président du Sénat, qui a soutenu la ligne de fermeté de son camp, et Bruno Retailleau, chef des sénateurs LR, qui dénonce depuis plusieurs jours la suspension négociée à l’Assemblée. Pour lui, ce compromis constituait un « tribut » payé à la gauche et un recul injustifié sur une réforme présentée comme indispensable à l’équilibre du système.
Les groupes de gauche – socialistes, écologistes, radicaux – ainsi que les trois sénateurs du RN ont voté contre la suppression, défendant le maintien de la pause. Les communistes, eux, se sont abstenus, estimant qu’une suspension ne remettait pas en cause la réforme et ne répondait pas à leur revendication d’abrogation totale. Le groupe macroniste, enfin, s’est montré divisé, révélant l’embarras du camp présidentiel face à un compromis gouvernemental rejeté au Sénat.
Pour la droite, la suspension adoptée à l’Assemblée représentait une remise en cause trop profonde de l’architecture de la réforme votée en 2023. En supprimant l’article, elle reprend la main et rétablit la trajectoire qu’elle juge financièrement nécessaire.
Lire aussi : Un seul député Réunionnais a voté la suspension de la réforme des retraites
La disparition de la suspension remet le gouvernement face à une contradiction politique : négocier un apaisement à l’Assemblée, puis assumer que celui-ci soit annulé par le Sénat. Le texte devra maintenant être tranché en commission mixte paritaire, sauf nouveau rebondissement législatif.


