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Le canal Saint-Etienne : ce patrimoine qui a fait la prospérité de Saint-Pierre

Ecrit par Prisca Bigot – le dimanche 17 août 2025 à 13H17

La construction du canal en 1821 a marqué un tournant dans l’histoire et le développement économique de Saint-Pierre. L’eau captée sur le bras de la Plaine et acheminée sur 17 km jusqu’à Grands Bois a transformé le paysage et changé le destin de la ville.

Au début du XIXᵉ siècle, le sud de l’île, et Saint-Pierre en particulier, ressemblent à une savane, explique Marcel Tipveau, guide conférencier pour le pôle valorisation du patrimoine de la ville. On y trouve une végétation herbeuse ponctuée de bosquets de bois d’olive, de bejoins ou de lataniers.

À cette époque, la culture de la canne à sucre est en plein essor. Mais pour être productive, elle nécessite une irrigation régulière, ce que les terres sèches de Saint-Pierre ne permettent pas encore.

L'idée de créer une dérivation de la rivière Saint-Etienne vient de trois grands propriétaires, Frappier de Montbenoit, Augustin Motais de Narbonne et Joseph Hoareau-Desruisseaux qui avaient des terrains qui longeaient les eaux du bras de la Plaine. Le gouverneur Pierre Milius est favorable au projet de créer un canal. Les travaux sont pris en charge par la colonie pour un coût d'environ 400.000 francs, une somme très importante pour l'époque, rappelle Marcel Tipveau.

Des esclaves venus de toute l'île

Le canal a été réalisé par des centaines d'esclaves. “Pas seulement ceux qui appartenaient à des grands propriétaires de Saint-Pierre, mais des esclaves qui venaient de toute l'ile parce que c'était un projet d'utilité publique”.

Victor Petit de la Rodhière dirige les travaux qui doivent prendre en compte le franchissement de plusieurs ravines via des aqueducs.

En 1827, le canal en pierre de taille est achevé. Sur ses 17 km, il irrigue désormais les terres agricoles jusqu’à Grands Bois. L’eau alimente aussi les usines et distilleries — une trentaine au XIXᵉ siècle —, jouxte le Domaine de Vallée et fait tourner la minoterie.

Les usages de l'eau sont dont multiples : elle fournit aussi de l'électricité, en faisant tourner la dynamo de la centrale de Saint-Pierre ; elle profite aux riverains qui bénéficient de prises directes ou alimente les lavoirs. Pour en préserver la qualité et éviter les abus, une “police du canal” est créée, avec deux gardiens armés effectuant des rondes quotidiennes pour interdire les prises illégales, la baignade ou l’abreuvement des animaux.

L'eau source de richesses

En quelques années, le rendement des surfaces agricoles fait un bon. Ces dernières passent ainsi de 549 hectares en 1827 à 11.000 hectares en 1859. Les retombées économiques sont importantes pour les grands propriétaires, qui construisent de somptueuses demeures en centre-ville, à l’image des familles De Kerveguen, Orée ou Choppy.

Avec les progrès techniques et la croissance démographique, le réseau d’eau se modernise. Le canal tombe peu à peu en désuétude, explique le guide conférencier. En 1969, la SABRAP (future SAPHIR) est créée, et en 1981, le canal est définitivement mis à sec.

En 1981, le canal est mis à sec. Cette histoire, le pôle valorisation du patrimoine de la ville de Saint-Pierre l'a immortalisée sur des panneaux là où les ouvrages d'art ont résisté au temps, au niveau de la prise d'eau et de la vanne à Bois d'Olives. Le site reste fréquenté : on y pique-nique, on profite de la nature, et certains y lavent encore leur voiture malgré les interdictions.

“C’est un lieu qui reste vivant, avec des ouvrages ayant traversé le temps, et qui mériterait d’être préservé pour encore de longues années”, souligne Marcel Tipveau.

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