Le billet d’humeur de Mohamed Aït-Aarab : "Desmond Tutu, un homme libre"

À chaque apparition de Desmond Tutu à la télévision, j’étais toujours ému par le sourire franc et le regard malicieux de l’archevêque du Cap. Son engagement dans la lutte anti-apartheid et pour la libération de Nelson Mandela est mondialement connu. C’est un homme de forte conviction qui est décédé ce dimanche 26 décembre.
Convictions qui pouvaient l’amener à affronter ses propres partisans. Sa présidence de la Commission “Vérité et Réconciliation” - chargée d’enquêter sur les violations des droits de l’homme commises durant la période de l’apartheid - a déconcerté nombre de ses amis de l’A.N.C. (African National Congress). Loin de s’inscrire dans une démarche revancharde, contraire à sa foi, Desmond Tutu prêche le pardon et l’amnistie, suscitant l’incompréhension, voire la colère de certains de ses fidèles.
Mais Desmond Tutu avait le sens de la formule pour désamorcer les plus virulentes critiques à son égard. En octobre 1984, aux pires heures du régime de Pietr Botha, Desmond Tutu s’adressait à ses compatriotes noirs en ces termes : « Soyez gentils avec les Blancs, ils ont besoin de vous pour redécouvrir leur humanité ».
Jamais là où on l’attendait, Desmond Tutu n’avait eu de cesse de dénoncer la corruption politique qui gangrénait l’Afrique du Sud post-apartheid et dont l’exemple caricatural fut la présidence ubuesque de Jacob Zuma.
Desmond Tutu était de tous les combats dès lors que la dignité humaine était bafouée. En juillet 2013, il dénonçait sans langue de bois les agressions dont étaient victimes les homosexuels, en Afrique du sud : « Je ne vénérerais pas un Dieu homophobe [...] Je refuserais d'aller dans un paradis homophobe. Non, je dirais, désolé, je préfère de loin aller de l'autre côté. Je suis aussi impliqué dans cette campagne que je l'étais contre l'apartheid. Pour moi, c'est du même niveau ».
Le dernier combat d’une longue vie d’engagement, de foi et de convictions fut celui pour le droit de mourir dans la dignité. « Les gens mourants ont le contrôle de leur vie, alors pourquoi devrait-on leur refuser le contrôle de leur mort ? », écrivait-il en 2016.
En une période où tant de nos femmes et hommes politiques ont des convictions à géométrie variable, il est plus que nécessaire d’honorer la mémoire de Mgr Desmond Tutu.


