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À Saint-Denis, cette crèche fantôme pour 60 enfants pourrait ne jamais ouvrir

Ecrit par Thierry Lauret – le vendredi 23 octobre 2026 à 05H59

Malgré un recours des riverains contre le permis de construire, la SAS des Racines et des Ailes n’a pas cru bon d'attendre le jugement du tribunal administratif pour bâtir sa crèche de 60 places à Saint-Denis. En raison de son accès par une petite impasse sans trottoirs ni parking, la crèche fantôme pourrait ne jamais obtenir l’autorisation d’ouvrir.

Le bâtiment flambant neuf de plus de 500 m² de surface plancher, construit sur une emprise totale de 800 m², donne sur la rue Léopold-Rambaud.

Sans doute est-ce cette route parmi les plus fréquentées de Saint-Denis, avec ses trois voies blindées de véhicules aux heures de pointe, qui a incité la SAS Des Racines et des Ailes à investir dans la construction d’une crèche de 60 places, avec des palmiers à l’intérieur du bâtiment d’un étage et un parking souterrain de seize places.

Rien ne s'est passé comme prévu. La société Des Racines et des Ailes, une entreprise du groupe Mediaustral, s’est heurtée à un problème : pour des raisons semble-t-il de sécurité liées au fort trafic routier, elle n’a pour l'heure pas été autorisée par la Région à utiliser son accès routier donnant sur la rue Léopold-Rambaud. Laquelle n’est en réalité qu’une dénomination secondaire de la RN 2 quand elle traverse cette partie du littoral de la ville de Saint-Denis.

Crèche Rambaud

Les porteurs de projet avaient prévu un second accès pour la crèche Rambaud, le nom donné à l’établissement, en passant par la ruelle des Hortensias voisine, en réalité une impasse de 80 mètres qui, comme son nom l’indique, ne paraissait pourtant pas la mieux indiquée pour gérer le flot de circulation généré par une crèche de 60 enfants et son personnel.

En toute logique, les riverains de la ruelle des Hortensias ont protesté contre la construction du bâtiment.

Des travaux bouclés sans attendre le jugement du tribunal

« Nous avons monté un collectif et nous avons pris un huissier pour faire constater qu’il n’y avait pas de panneau de permis de construire. Vous imaginez ce qu’il m’arriverait si je faisais la même chose ? Ces gens sont si riches qu’ils pensent pouvoir tout se permettre. Nous avons pris une avocate et nous avons porté plainte », s'offusque une habitante de la ruelle, qui explique avoir dû, tout comme sa voisine, casser son mur et raboter l’espace de sa cours pour permettre la construction d’une aire de retournement pour les véhicules.

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La dame, qui a interrompu avec le sourire son programme télévisé pour nous répondre, souligne que la quasi-totalité des habitants de la ruelle des Hortensias sont vent debout contre cette crèche fantôme.

Si le collectif a formé une requête devant le tribunal administratif de la Réunion demandant l’annulation du permis de construire accordé le 25 octobre 2021, la SAS Des Racines et des Ailes n’en a pas moins démarré (et même achevé depuis de longs mois) les travaux sans attendre le jugement des magistrats, malgré le risque économique que cela pouvait engendrer pour l’entreprise.

« Quand nous avons dit à la maire que nous allions porter plainte, elle a juste répondu que c’était notre droit. Comment a-t-on pu accorder un permis de construire pour cette crèche ? Pendant les travaux, il y avait six camions-toupie qui circulaient dans notre impasse et un générateur d’électricité qui faisait un bruit infernal depuis tôt le matin jusqu’à tard le soir », poursuit la dame du collectif.

Le rapporteur public accorde un sursis à la crèche Rambaud

Ce mercredi 21 octobre, le tribunal administratif a examiné en audience la requête du collectif des riverains contre la crèche fantôme. Le rapporteur public a, en premier lieu, établi que le recours était bien recevable, écartant ensuite deux moyens des requérants avant d’en retenir un, celui portant sur l’absence des conditions requises pour l’utilisation de la ruelle des Hortensias comme unique accès à la crèche Rambaud.

Relevant qu’un constat d’huissier montre que l’impasse ne dispose ni de trottoirs ni de places de parking, et que les riverains font valoir que le trafic généré par la crèche fera obstacle à l’accès des véhicules de secours à leur propre détriment, le rapporteur public a conclu à un sursis à statuer afin d’accorder un délai supplémentaire de six mois à l'entreprise et à la mairie pour trouver une solution et réviser le permis de construire.

crèche fantôme, Saint-Denis

Le jugement du tribunal devrait intervenir dans trois semaines, mais il n’est pas certain qu’il soit très clément envers les promoteurs de la crèche Rambaud. Le président de l’audience, qui aurait bien « voulu poser une question à la société », a visiblement peu apprécié que ni l’entreprise, ni son avocat, ne fassent l’effort de se présenter devant les magistrats pour prendre part aux débats.

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Reste à parvenir à une solution technique permettant l’accès des parents à la crèche en toute sécurité, tout en garantissant l’absence de chaos routier dans la ruelle des Hortensias, qui est déjà impactée par le flot de véhicules qui entrent et sortent de la rue Léopold-Rambaud via l'avenue Desbassyns.

L’enjeu est capital : si le permis de construire est annulé par le tribunal à l'issue du délai de six mois, la crèche fantôme pourrait ne jamais accueillir d’enfants.

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